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Environnement Publié

Le Maroc a-t-il appris des leçons du séisme d'Al Hoceima en 2004 ?

Après la surprise des secousses recensées ce week-end dans la province de Midelt, vient la question de la gestion des tremblements de terre. Des améliorations pourraient notamment être apportées en termes de coordination des secours.

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Photo d'illustration. / DR

Moments de frayeur dans la région de Midelt suite aux deux secousses telluriques de magnitude de 5,3 et 5,1 sur l’échelle de Richter, recensées dimanche 17 novembre. S'il y a eu plus de peur que de mal, ce séisme interroge quant à la problématique de la gestion des catastrophes naturelles. D’après les autorités locales, aucune maison ne s’est effondrée mais plusieurs habitations ont été sévèrement endommagées ; en témoigne des images des murs et plafonds fissurés partagées sur les réseaux sociaux.

Pour comprendre l'importance du phénomène naturel, il faut rappeler qu'un tremblement de terre est le résultat de la fracturation des roches en profondeur : «Cette fracturation est due à une grande accumulation d’énergie qui se libère, en créant ou en faisant rejouer des failles, au moment où le seuil de rupture mécanique des roches est atteint.»

Contacté par Yabiladi, Nasser Jabbour, responsable de l’Institut national de géophysique (ING), explique que nous sommes «sur une plaque africaine qui avance tout doucement vers le Nord, vers la plaque eurasiatique, dans sa partie occidentale. Le Maroc se rapproche de l’Ibérie de 4 à 5 mm par an en moyenne au niveau du détroit de Gibraltar. Avec le temps, ce rapprochement a accumulé des contraintes tectoniques importantes au niveau des failles. Lorsqu’il y a un déplacement au niveau d’une faille, les roches se fissurent : c’est cela qui provoque le tremblement de terre».

«A partir de la faille, des ondes sismiques se propagent tous azimuts, et sont ainsi ressenties différemment en fonction de notre éloignement. Les séismes qui ne sont pas ressentis ont une magnitude inférieure à 3 sur l’échelle de Richter, tandis que ceux ressentis ont une magnitude supérieure à 3.»

Nasser Jabbour

Dans la région de Midelt, les niveaux de vulnérabilité varient en fonction de la résistance des constructions et de la nature des sols, explique le responsable de l'ING. «Si on est sur un sol rocheux ou ferme, les constructions seront plus résistantes que sur un sol meuble (terre légère qui se divise facilement, ndlr), sur lequel il est préférable d'éviter de construire.»

Une trentaine d’alertes émises en moyenne

C’est peut-être en termes de coordination des secours que des améliorations pourraient être apportées, puisque l’alerte n’est pas donnée directement à une échelle provinciale, mais passe d’abord par son administration centrale à Rabat. «Nous envoyons d’abord une alerte à l’administration centrale de la Protection civile à Rabat, puis celle-ci envoie l’alerte à ses relais dans la province concernée», indique Nasser Jabbour, qui précise qu’au total, l’Institut national de géophysique envoie une trentaine d’alertes aux différentes autorités concernées.

Les autres parties alertées par l’Institut sont les autorités provinciales où le foyer sismique a été recensé, mais aussi les provinces voisines ; les Forces armées royales ; la Gendarmerie royale ; le ministère de l’Intérieur et de l’Equipement, en l’occurrence l’Office national des chemins de fer (ONCF) et la direction chargée de la gestion des barrages, dans le cas où les secousses auraient été enregistrées à proximité des voies ferrées ou d’un barrage.

Les informations qui sont transmises par l’ING concernent les coordonnées géographiques exactes du foyer sismique, le nom de la commune et de la province et, surtout, la magnitude. «Il y a une coordination centrale, locale et régionale. Les informations parviennent jusqu’à la cellule locale de gestion de crise, composée de plusieurs membres de départements ministériels et placée sous la présidence du gouverneur de la province touchée. C’est le gouverneur qui va gérer les interventions de secours et l’inspection technique des bâtiments touchés», souligne également Nasser Jabbour.

Dans le cas de personnes évacuées de leurs domiciles, des moyens d’hébergement temporaires sont distribués par les autorités provinciales. «A Midelt, des tentes ont été distribuées temporairement en attendant que les maisons touchées soient inspectées pour savoir si les habitants vont pouvoir regagner leurs maisons, suivant le degré de dommages», explique le responsable de l'ING.

La rapidité de l’intervention des secours est capitale dans ce genre d’évènements. Pour rappel, en 2004, la lenteur des secours après le tremblement de terre d’Al Hoceïma (571 morts et 405 blessés) avait suscité la colère au sein de la population. Des manifestations de protestation avaient été organisées pour fustiger la lenteur des aides apportées à la région frappée par le séisme. Environ 5 000 personnes s’étaient retrouvées sans-abri.

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