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Société Publié

Ismail Ingrioui ou quand le travail de guide devient une passion et une tradition familiale

Ismail Ingrioui est né et a grandi dans les montagnes de l'Atlas, près d'Azilal, où il rêvait de conquérir le monde. Il est aujourd'hui un guide touristique enthousiaste parcourant le Maroc depusi plusieurs années avec des groupes de touristes et a remporté, en octobre, un prix à Londres pour son travail. Portrait.

Temps de lecture: 3'
Ismail Ingrioui a décroché en octobre le troisième prix de la Wanderlust World Guide Awards. / Ph. DR

Ismail Ingrioui a grandi en pensant que les montagnes entourant sa ville natale étaient les frontières de son petit monde. En prenant de l'âge, il a fini par se rendre compte que son village, près d'Azilal, n'était qu’une partie du monde et qu'il y avait beaucoup à découvrir au-delà de ces montagnes.

Admiratif de son frère aîné, alors guide, Ismail finit par devenir un connaisseur des montagnes qui entouraient sa ville natale. Mais il avait des engagements vis-à-vis de sa famille, notamment aider son père, à la retraite. Pendant cinq années consécutives, il devait élever, nourrir et garder le troupeau de moutons familial.

Toutefois, l'éducation et l’école ont toujours occupé une grande place dans sa vie. «Quand j'étais jeune, mes parents ont pris la décision de déménager à côté de l'école la plus proche, afin de s'assurer que nous puissions recevoir l'éducation que nous méritions», se remémore-t-il auprès de Yabiladi.

Du petit village à la grande ville

Après avoir terminé ses études secondaires, il était temps pour le jeune homme de quitter sa ville natale pour la première fois et de poursuivre ses études supérieures dans une grande ville. Souhaitant devenir enseignant et revenir un jour au village pour aider les plus jeunes, Ismail Ingrioui s’est alors inscrit à l’université de Marrakech pour étudier la littérature anglaise.

Mais vivre dans une grande ville n'était pas une tâche facile. «C’était un véritable défi», nous confie-t-il, en rappelant que ses études à Marrakech lui avaient d’abord appris à compter sur lui-même. «Je dis toujours aux gens que j'ai survécu pendant cette période à l'université (…) mon budget était limité et je devais travailler pour payer mon loyer et mes dépenses», explique-t-il avec fierté.

En effet, en plus de ses études, Ismail Ingrioui travaillait comme ouvrier dans des chantiers pour «sept dollars (une soixantaine de dirhams, ndlr) par jour». Pendant ses années universitaires, il avait été conseillé par son frère aîné pour décider de son avenir. Une fois ses études terminées en 2009, il a suivi les conseils de son aîné, en devenant guide après avoir échoué son examen pour devenir enseignant.

«Je voulais devenir professeur, mais vu que je ne pouvais pas passer l'examen, je devais changer. Mon frère était déjà guide touristique et il m'a orienté dans cette direction (…) Il est toujours bon d'avoir un modèle, un membre de la famille à suivre.»

Ismail Ingrioui

Et c'est ainsi que le jeune homme a postulé pour une école de guides à Marrakech et l'a rejoint pendant un an. Son ancien diplôme l'a aidé à exceller dans ses études de tourisme. Sa maîtrise de la langue anglaise l’aide aussi à décrocher un emploi juste après avoir quitté l'école.

Guide touristique ou le voyage vers la découverte de soi

«C’était une nouvelle étape de ma vie», explique Ismail Ingrioui, qui a entamé une nouvelle carrière, passant de guide de montagne à des voyages à vélo puis aux visites guidées. «Mon premier travail était principalement lié à la randonnée. Au cours des quatre premières années de ma carrière, j'ai gravi le mont Toubkal environ 24 fois. Je le faisais trois fois par semaine, même pendant le ramadan», se souvient-il avec enthousiasme.

«Après l'alpinisme, je suis allé faire du vélo dans les montagnes de l'Atlas. Je l’ai fait pendant un an avant de rejoindre une société qui organisent des tours culturels», précise-t-il.

Bien que ce fût un défi au début, il adorait accompagner les touristes lors de voyages sur les routes, visiter plusieurs régions du pays et en apprendre davantage sur son pays et son environnement. Pour le guide, ce travail est un «processus d’apprentissage sans fin», un parcours qui lui a permis de se construire une personnalité accueillante et positive.

«Le secteur du tourisme m'a permis de connaître mon pays et d'en devenir l'ambassadeur auprès des visiteurs (…), mais cela m'a aussi appris à rester positif», déclare-t-il.

Pour le Marocain, cependant, être guide n'est pas toujours amusant et excitant. Il s'agit de «faire face à des situations», parfois difficiles, que tout le monde souhaite éviter.

Travaillant dans le tourisme depuis près de dix ans, cet homme de 32 ans a été capable de développer plusieurs techniques et outils qui lui ont permis de figurer parmi les personnalités récompensées par les Wanderlust World Guide Awards en octobre dernier.

Ismail Ingrioui, qui travaille actuellement en freelance, a reçu, avec un collègue à lui, le troisième prix après avoir été sélectionné parmi 4 000 candidats venus du monde entier. Il a reçu son prix à Londres le 2 octobre et a été félicité par les juges pour être un guide «extrêmement empathique, compétent et compatissant». 

Toujours aussi généreux, Ismail Ingrioui confie à Yabiladi une promesse : aider les jeunes guides marocains à bénéficier de son savoir-faire et de l'expérience accumulée pendant toutes ces années. Il envisage d'utiliser les médias sociaux comme plate-forme pour les jeunes qui souhaitent se lancer dans le secteur du tourisme.

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