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Société Publié

Visa Schengen : Allongement des délais d'attente, jackpot pour les intermédiaires

Alors que les délais de prises de rendez-vous pour déposer un visa pour la France s’allongent, l’exaspération de beaucoup de Marocains a renforcé le marché parallèle au profit des d'intermédiaires. Yabiladi a été en contact avec l'un d'entre-eux.

Temps de lecture: 4'
Photo d'illustration. / Ph. Moritz Siebert - Flickr

Postuler pour obtenir un visa d’un pays européen est un parcours du combattant. Entre les documents à réunir, les réservations à effectuer et l’assurance voyage à souscrire, décrocher un rendez-vous le plus tôt possible reste un luxe que beaucoup de Marocains ne peuvent se permettre, notamment depuis décembre 2018, date à partir de laquelle les délais de prise de rendez-vous se sont considérablement allongés pour les séjours touristiques.

Désormais, il faut attendre jusqu’à février voire mars 2020 pour un rendez-vous sur la plateforme de TLS Contact. Un délai insoutenable pour de nombreux Marocains qui n'ont d'autres choix que de céder aux solutions alternatives en passant par des intermédiaires. 

Loubna* est l’une d’entre eux. Basée dans une ville du Nord du royaume, son numéro et ses coordonnées sur Facebook tournent au sein d'un réseau de connaissances. Sa mission ? Trouver un rendez-vous dans les jours qui suivent pour déposer une demande de visa, notamment pour la France.

«Appelez-moi mademoiselle Loubna*», nous répond-t-elle, après lui avoir communiqué le «mot de passe» pour qu'elle s’assure qu’il ne s’agit pas d’un concurrent voulant lui dérober sa «formule magique» ou quelqu’un souhaitant la démasquer. Elle nous promet de «voir les dates les plus proches» dont elle dispose et demande à ce qu’on la recontacte via WhatsApp.

Après lui avoir présenté nos besoins et les raisons de la demande de visa, elle finit par nous dévoiler son modus operandi. «Les personnes qui tombent sur des rendez-vous en mars ou en avril ne savent pas bien chercher et ne veillent pas 24h/24 sur les sites pour trouver ue date plus proche. Je suis du genre à faire la chasse aux rendez-vous jusqu’à trouver le bon», explique-t-elle.

Une gestion complète du dossier à 2 200 dirhams

Notre demande devant se faire à Casablanca, Loubna* nous promet de nous «trouver un rendez-vous en décembre», sachant qu’il n’y a pas de rendez-vous disponible avant février 2020. «Je suis consciente que le client ne peut pas attendre trois mois pour trouver un rendez-vous», assure-t-elle.

«Lorsque tous les rendez-vous sont pris, il y a forcément des annulations. C’est à ce moment que je réserve pour mes clients. Tout ce dont j’ai besoin, c’est leur accord pour la date.»

Loubna*, intermédiaire

Pour le cas d’un Marocain ayant déjà obtenu auparavant un visa de France, Loubna* facture un rendez-vous en décembre, soit dans un mois, à 500 dirhams. Un paiement que le client doit effectuer soit par «virement sur [son] compte bancaire, ou par un autre moyen».

Quant au cas d’un Marocain ayant déjà eu le visa d’un autre pays, comme l’Espagne, et voulant postuler pour un nouveau visa pour la France, la démarche n’est pas la même. «C’est un rendez-vous que j’achète directement au consulat», nous révèle-t-elle de manière directe. «Le premier rendez-vous n’est pas disponible en ligne car la France verrouille pour certaines villes. C’est possible à Fès mais pas à Casablanca», précise l’intermédiaire. Elle dit aussi devoir «acheter directement à un prix variable qui monte avec la demande». «Le mois dernier, j’ai pris un rendez-vous à 1 200 dirhams pour un client à Meknès. Ça peut aller jusqu’à 1 500 dirhams, alors que pour des rendez-vous pour l’Espagne en novembre ou décembre, le prix peut atteindre 3 000 dirhams», ajoute-t-elle.

La prise de rendez-vous n’est pas la seule «expertise» de cette dame. Elle propose aussi des «packs complets pour la gestion du dossier». Selon un document Excel qu’elle a nous a envoyé, le prix pour le dossier complet se chiffre à 2 200 dirhams avec l'option assurance voyage annuelle. Il est de 1 000 dirhams pour les personnes qui postulent pour la première fois, quel que soit leur statut, et de 500 dirhams si le postulant a déjà eu auparavant un visa délivré par la France. L’intermédiaire propose aussi des réservations d’hôtel à 200 dirhams et même des réservations d’avion.

Haltes aux intermédiaires !

Dans son argumentaire, Loubna* promet un «suivi des clients du début jusqu’à la fin avec une garantie d'obtention de 100%». «Les modalités de paiement sont de 50% pour l'ouverture de dossier et 50% après l'obtention du visa», indique-t-on dans le même document. L’assurance voyage, également proposée par l’intermédiaire, varie pour sa part entre 650 dirhams pour un an et 450 dirhams couvrant six mois.

«J’ai des clients de Casablanca, Rabat, Meknès et les autres villes. En réalité, je ne cherche pas les clients, c’est eux qui viennent à moi», assure notre interlocutrice. «Peu de gens peuvent vous rendre ce service avec autant de transparence et d’honnêteté», conclut-elle de manière confiante.

Mais elle ne manque pas de brouiller les pistes lorsqu’on lui demande si elle travaille ou si elle dispose de connaissances au seins de TLS Contact, la société sous-traitante des dépôts de dossier pour la France. «Je ne travaille pas pour TLS mais dans une compagnie indispensable pour décrocher un rendez-vous pour TLS», se contente-t-elle de répondre.

Yabiladi a tenté de joindre la direction de la société TLS Contact et plusieurs consulats de France au Maroc, à l’instar de celui de Tanger et de Casablanca, pour s'enquérir des mesures mises en place pour prévenir ce genre de pratiques, en vain.

Sur son site toutefois, l’entreprise met en garde contre les intermédiaires, affirmant que «le consulat général déconseille formellement aux demandeurs d’avoir recours à tout intermédiaire prétendant offrir des facilités non prévues par la réglementation française». «En effet, il n’existe aucune autre voie que celle décrite sur le portail France-visas pour obtenir un visa, les autres propositions ne visant qu’à obtenir indument une rémunération pour des services que les intermédiaires auto-proclamés ne sont pas en mesure de fournir», précise-t-on.

* Prénom d'emprunt

Article modifié le 2019.11.19 à 16h09

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