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Culture Publié

Maroc : Les spectacles de rap censurés à cause de la chanson «3acha cha3b» ?

Prévu à M’diq, un spectacle invitant plusieurs rappeurs ne s’est finalement pas tenu. Alors que les organisateurs soupçonnent que la chanson «3acha cha3b» qui remet en avant le rap contestataire soit derrière cette annulation, la direction du théâtre hôte de l’événement nie tout lien.

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Affiche de la soirée rap annulée

Le récent succès de la chanson «3acha cha3b» de Weld L’Griya, Lz3er et le rappeur arrêté Gnawi, semble tétaniser certains responsables. La décision d’annuler un concert de rap, prévu le 10 novembre dernier à M’diq, a en effet suscité la controverse. Oussam Azami, vice-président de l’Association Jeunesse du future pour les arts à M’diq, organisatrice du spectacle, déclare à Yabiladi qu’à l’occasion de la première année après la création de cette structure, l’événement devait se tenir au théâtre Lalla Aïcha, avec plusieurs rappeurs et groupes à l’affiche, tels que Sif Lssane (H-Kayne), Loco Lghadab et Ali Ssamid, entre autres.

Une censure difficilement assumée

Selon Oussama Azami, l’ONG a effectué toutes les démarches administratives en amont, a tenu une rencontre avec la direction provinciale du ministère de la Culture et a supervisé l’organisation, 18 jours plus tôt. En revanche, «une communication téléphonique du directeur du théâtre, Ali El Bouhali, [lui] a notifié l’annulation du spectacle, quelques jours avant sa tenue».

Le vice-président de l’association explique à Yabiladi que le responsable «dit avoir reçu une circulaire de la direction provinciale, selon laquelle toute organisation de rassemblement de jeunes de plus de 100 personnes doit être suspendue». «M. El Bouhali nous a signifié que cette décision a été prise à la suite de la polémique autour de ‘3acha cha3b’ et des critiques acerbes qu’elle véhicule à l’égard des autorités», affirme encore Oussama Azami.

«Nous n’avons reçu aucune notification préalable d’interdiction de la part des autorités concernées». «Lorsque nous avons demandé un écrit officiel à ce sujet, soulignant expressément les raisons du gel, nous avons eu comme réponse des arguments en déphasage avec les déclarations du directeur», insiste Oussama Azami.

Officiellement, «le concert a coïncidé avec des travaux d’entretien, en préparation au Festival national de théâtre». «Or, Ali El Bouhali nous a déclaré oralement que le rap créait actuellement une controverse et que nous pouvions faire une demande pour un prochain concert en 2020, à condition que notre événement n’ait aucun rapport avec ce genre musical», nous confie encore Oussama Azami.

En attendant, son association ne peut que déplorer une censure qui ne dit pas son nom et qui, par ailleurs, «a causé de lourdes pertes» à sa jeune structure, entre «les frais alloués aux réservations d’hôtel, de transport, de billets d’avion pour certains artistes, en plus de diverses dépenses».

«Lorsque nous avons questionné la direction régionale du ministère de la Culture sur une telle mesure, son responsable nous a expliqué qu’en donnant son accord à la tenue du spectacle, il pensait que c’était une soirée artistique de variété et non pas de rap.»

Oussama Azami

La direction du festival nie toute initiative individuelle d’interdiction

Pour sa part, le directeur du théâtre Lalla Aïcha nie toute responsabilité dans l’interdiction de l’événement. Contacté par Yabiladi, il soutient qu’il s’agit d’une consigne de la direction régionale, confirmant par ailleurs la fermeture du lieu, du 9 au 14 novembre, pour travaux en préparation à de la prochaine édition du Festival national de théâtre, qui se tient du 15 au 22 novembre courant.

Dans un autre registre, Ali El Bouhali estime que la capacité du théâtre, 280 places, «fait que ce dernier ne peut pas accueillir un grand spectacle de la dimension du concert annulé». Il soutient également avoir adressé un écrit à l’association, lui signifiant que l’annulation «ne constitue pas une exclusion de l’association du théatre».

Mais de son côté, Oussama Azami affirme à Yabiladi que son association «n’a reçu cette réponse écrite que le 14 novembre, soit quatre jours après la date initiale du spectacle annulé». Ali El Bouhali, quant à lui, rétorque ne pas avoir été «informé au préalable du programme complet de la soirée, mais [il savait] seulement qu’il s’agissait d’une série de concerts de rap». Par ailleurs, il défend avoir «travaillé auparavant avec l’association dans le cadre de diverses activités constructives», mais considère que «le rap n’est pas un art capable de véhiculer un message significatif» (sic).

Quelques jours après cette interdiction, le porte-parole du gouvernement, Hassan Abyaba, a déclaré jeudi 14 novembre ne pas avoir d’éléments suffisants sur une éventuelle interdiction des événements autour du rap dans le pays. Restant ambiguë sur cette question posée en conférence de presse, il s’est contenté de commenter le procès du rappeur Gnawi en soulignant que «personne ne peut être au-dessus des lois».

Quelques jours après la sortie de «3acha cha3b», le procès de Gnawi s’est ouvert pour «insultes à un corps constitué». La Direction générale de la sûreté nationale s’est en effet portée partie civile, lui reprochant d’avoir attaqué verbalement des agents de la police, dans une vidéo publiée en octobre dernier, une semaine avant la chanson. Mais pour ses défenseurs, l’artiste aurait payé les frais du succès de ce morceau, classé à la tête des tendances YouTube Maroc peu après sa mise en ligne. 

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