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Economie Publié

Ra’ed, un programme qui inscrit le leadership au coeur du développement au Maroc [Interview]

A Casablanca, le programme Ra’ed tient, depuis jeudi et jusqu’à samedi, sa deuxième biennale. Porté par la Fondation HEM, ce projet repense le leadership comme levier de développement au Maroc. Cette rencontre permettra d’élargir l’ancrage territorial de l’initiative. Directeur de la fondation et d’Economia, Driss Ksikes nous en parle.

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Driss Ksikes, directeur de la Fondation HEM / Economia / Ph. FDM

Quel bilan faites-vous du programme Ra’ed depuis son lancement ?

Sur le plan quantitatif, nous avons aujourd’hui 112 lauréats de Ra’ed, mais la dynamique qu’il permet va au-delà des chiffres. C’est d’abord une communauté permanente, qui grandit de manière exponentielle, surtout que la biennale de Ra’ed réunit des bénéficiaires et d’autres qui ne le sont pas, ce qui permet d’élargir les espaces et les interactions.

Nous avons lancé Ra’ed en 2015 comme le résultat d’une recherche. Nous n’avons pas importé un concept, mais nous avons pris le parti de réfléchir sur ce qui fait sens dans notre contexte et à partir de notre terrain, ce qui nous a permis de façonner le programme tel qu’il est aujourd’hui. C’est pour nous une grande fierté, car cette démarche matérialise ce que signifie un centre de recherche appliquée, qui trouve son prolongement dans des actions réelles.

Une autre chose importante est que ce programme est fort d’un partenariat vertueux avec la Fondation Heinrich Böll, qui nous a accompagnés depuis la conception grâce à un savoir-faire, tout en s’alignant sur notre charte et notre vision. Aussi, Ra’ed est conçu de manière à créer ses propres leaders, dans une dynamique horizontale. Nous avons des lauréats qui font partie désormais du comité d’orientation, d’autres qui deviennent des animateurs d’ateliers…

Quelles nouveautés se sont greffées au programme ?

Le programme est conçu en grande partie par l’enseignant-chercheur Hammad Sqalli. Il se construit sur l’apprentissage d’attitudes. En d’autres termes, les bénéficiaires apprennent à mieux savoir ce qu’ils sont en tant que leaders, comment être des leaders transformationnels, changer des situations, influencer des équipes… Il revêt plusieurs dimensions pour mieux interagir et évoluer dans notre environnement.

Cérémonie de lancement de la deuxième biennale de Ra’ed, le 14 novembre 2019 à Casablanca / Ph. YabiladiCérémonie de lancement de la deuxième biennale de Ra’ed, le 14 novembre 2019 à Casablanca / Ph. Yabiladi

Dans ce sens, les ateliers sont des temps forts. Par exemple, à travers le thème de la sensibilisation au genre, les jeunes participants masculins en sont ressortis changés. D’une année à l’autre, nous les accompagnons en apportant de nouveaux sujets de réflexion qui les aident à développer une vision d’ensemble pour mieux appréhender leurs projets.

Avant la participation de l’association Les Citoyens à notre dynamique, nous recevions une moyenne de 300 demandes pour en sélectionner 16 seulement. A partir de cette année, nous faisons des appels à projet régionaux, pour sélectionner cette fois-ci 16 dossiers dans chacune des quatre grandes régions (nord, sud, est, centre), grâce à nos partenaires (Oujda, Marrakech, Casablanca…) qui nous soutiennent dans les ateliers, en plus de leur accompagnement spécifique sur les projets.

Que deviennent les bénéficiaires à l’issue du programme ?

Lorsque les participants intègrent d’abord Ra’ed, ils sont très jeunes, en dernière année de leurs études ou avec un maximum de trois ans d’expérience professionnelle. Ils sont porteurs de projets que nous sélectionnons, qu’ils présentent devant un jury. Des ateliers sont ensuite conçus pour travailler avec eux sur leurs compétences de leadership, mais aussi sur leurs projets.

Cette expérience leur donne un coup d’accélérateur pour leurs projets qui voient le jour. Ils sont souvent développés dans une vision d’entrepreneuriat social lié aux régions d’origine des bénéficiaires, qui travaillent essentiellement sur des programmes originaux de renforcement économique local.

Grâce à Ra’ed, ces entrepreneurs rencontrent d’autres bénéficiaires, qui peuvent leur faire connaître de nouveaux réseaux professionnels, éventuellement des partenaires et des investisseurs. Ils se rencontrent chaque année pour faire le point sur l’évolution de leurs initiatives.

D’ailleurs, les projets que Ra’ed accompagne prouvent leur efficacité à créer des emplois stables dans des régions défavorisées, soit dans le cadre de projet de recyclage bénéficiant aux femmes, soit dans le cadre de projet de réhabilitation du patrimoine végétal local, entre autres exemples de réussite.

Quelles sont vos ambitions en tant que pilote du programme après cette deuxième biennale ?

Nous allons organiser des restitutions et produire des publications, en sortant bien sûr avec des propositions concrètes, à l’issue de ces deux journées de travail. Le leadership est inscrit dans nos programmes de recherches, notamment au niveau de la Chaire coordonnée par Hammad Sqalli sur les dynamiques organisationnelles et leur complexité, à laquelle appartiennent également Yasmina El Kadiri et Saïd Abu Sheleih. En son sein, le leadership est une question nodale, donc Economia publiera aussi un research notes qui fait le point sur le leadership en Afrique, car notre ambition est de nous inscrire aussi dans une dimension continentale.

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