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Société Publié

Zineb El Rhazoui, Betty Lachgar, … tirs islamophobes à balles réelles [Edito]

La fachosphère française a tellement de succès, qu’elle recrute même des militantes des libertés individuelles au Maroc.

Temps de lecture: 4'
Betty Lachgar et Zineb El Rhazoui / Archive - DR

Les amis marocains de Zineb El Rhazoui ne doivent plus vraiment reconnaître l’étrange militante qu’elle est devenue aujourd’hui. Celle qui disait se battre pour les droits humains au Maroc et notamment les libertés individuelles au sein du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI) est, de toute évidence, opposée aux principes même de droits humains et de l’Etat de droit en France.

Ainsi, celle qui dénonçait la répression (à coup de tonfa) de manifestants par la police au Maroc, réclame aujourd’hui des tirs à balles réelles sur des jeunes de quartiers en France, sans aucune autre forme de procès. Si les droits humains étaient un calice, Zineb El Rhazoui, à force de reniements, ne peut représenter que la lie qui gît au fond. Celle qui n’hésitait pas à attaquer Driss El Yazami, alors président du Conseil national des droits de l’Homme, pour son rôle de «caution au régime du roi Mohammed VI», fait désormais la promotion en France des méthodes des années de plomb du Maroc sous le roi Hassan II. Les victimes des tirs à balles réelles et leurs familles dans le royaume apprécieront le double discours de Zineb d’une rive à l’autre. (Voir notre documentaire sur les émeutes de Casablanca en 1981, et celui de la grève générale à Fès en 1990)

Islamophobe et illibérale dans le sang ? 

En toute décontraction, celle qui sert désormais de caution à l’extrême droite préconise donc de shooter «les jeunes racailles» dans un pays qui a connu un nombre considérable de mutilations chez les Gilets jaunes, provoquées par les tirs de LBD des forces de l’ordre. Le sang-froid que la chroniqueuse affiche tient probablement au mépris qu’elle témoigne vis-à-vis des Français des banlieues, ou pour employer le vocabulaire de ses nouveaux amis identitaires : les Français de branche ou de papiers. Zineb El Rhazoui insiste, en effet, sur le fait d'être Française de sang puisque sa grand-mère maternelle est Française de souche.

Voulant se laver du stigmate de l’immigrée, la diplômée de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) confond immigration et nationalité. Elle oublie qu’aux yeux de l’Etat français, elle est autant immigrée que Hassan Chalgoumi ou Mohamed Sifaoui, puisque tous les trois sont nés à l’étranger. Difficile de savoir si cette volonté de se distinguer est la conséquence d’un amour contrarié pour l’héritage féodal marocain (smiyet bak ?) ou d’un coup de foudre pour les identitaires misogynes qu’elle croise chez Ring, son éditeur d’extrême droite.

Chacun appréciera les valeurs républicaines qui coulent dans le sang de Zineb El Rhazoui, notamment celle d’égalité, mais aussi celle de liberté. Zineb ne cesse d’écumer les plateaux télé pour marteler son modèle illibéral et régenter la vie des citoyens français. Ainsi, le voile et plus généralement l’islam sont devenus ses obsessions : une simple recherche de son nom sur YouTube est, en ce sens, éloquente. Mais au moins a-t-elle la décence de ne pas signer son islamophobie en tant que musulmane. Il en est tout autre de son acolyte, co-fondatrice du MALI.

Musulmane athée sociologiquement islamophobe

Ibtissam Lachgar, surnommée Betty, marche sur les pas de Zineb à son époque marocaine. Militante des libertés individuelles, son combat le plus récent était contre l’arrestation et la condamnation de la journaliste Hajar Raïssouni pour «avortement illégal» et «relation sexuelle hors mariage». A l’instar de nombreuses militantes féministes et défenseurs des droits humains, Betty Lachgar a défendu le droit à l’avortement de Hajar. Un activisme qui lui a valu d’odieuses attaques d’Ahmed Raïssouni, président de l’Union internationale des oulémas musulmans, basée au Qatar ; et comble de l’ironie, l’oncle de Hajar. 

Mais l’argumentaire pro-choix de Betty Lachgar semble s’arrêter aux frontières du Maroc. En France, elle devient très vite contre le choix des femmes à disposer de leur corps et se vêtir en fonction de leur souhait tout en respectant les lois. En réaction à la tribune d’Omar et Hélène Sy contre l’islamophobie et en plein débat sur l’interdiction du voile dans l’espace public, la présidente du MALI a cosigné une tribune de 101 musulman(e)s de France contre le voile.

Reformulons : Une Marocaine vivant au Maroc qui se déclare athée signe une pétition de musulman(e)s de France. Il n’y a rien qui va dans cette phrase… à l’image de l’hystérie du débat sur le voile en France. En cosignant cette tribune avec des islamophobes notoires dans l’Hexagone, Betty Lachgar marque contre son camp au Maroc. Elle donne ainsi des munitions aux islamistes ainsi qu’aux sécuritaires qui pourront facilement présenter le combat pour les libertés individuelles à Rabat comme un cheval de Troie des islamophobes racistes de Paris.

Que nous reste-t-il donc après l’incurie des positions libérales à géométrie variable des cofondatrices du MALI ? Si le combat pour les droits humains et les libertés individuelles au Maroc n’est qu’un tremplin pour aller flirter avec l’extrême-droite française et réclamer la fin de l’Etat de droit en tirant à balles réelles sur des jeunes, comment les militants sincères peuvent-ils éviter d’être associés à cette faillite des valeurs progressistes ? Dénoncer fermement ces trahisons afin de ne plus laisser ces militantes profiter de l’aura du combat féministe au Maroc pour enfoncer les droits et libertés des citoyens en France. Et méditer ensuite cette citation reprise par Voltaire et qui résume l’impasse dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui grâce à Zineb et Betty : «Mon Dieu, gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis je m’en charge !»

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