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Santé Publié

Maroc : Malgré des avancées, la mortalité néonatale inquiète toujours

Le recul du recours au lait maternel explique notamment le taux de mortalité néonatale, selon la députée et sage-femme Touria Faraj. En cause, de mauvaises informations qui circulent sur le lait maternel, favorisant ainsi le recours au lait artificiel.

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Photo d'illustration. / DR

C’est un constat récemment formulé par l’UNICEF : le taux de mortalité des enfants a drastiquement baissé ces trente dernières années. Dans un rapport publié mardi 15 octobre, le Fonds des Nations unies pour l’enfance indiquait en effet que le nombre de décès d’enfants âgés de moins de cinq ans en 2018 s’élevait à 15 000.

D’autres données font état également d’une forte baisse du taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans (pour 1 000 naissances vivantes) : il était de 79 en 1990, contre 49 en 2000 et 22 en 2018. En termes de mortalité infantile (pour 1 000 naissances vivantes), ce taux était de 62 en 1990 contre 19 en 2018. Par sexe, le taux de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans en 2018, pour 1 000 naissances vivantes, était de 25 pour les garçons contre 20 pour les filles. Le Maroc a ainsi atteint l’un des trois objectifs relatifs à la santé – réduire la mortalité infantile – parmi les huit qui composent les «Objectifs du Millénaire pour le développement» (OMD).

Pourtant, 75% de ces décès surviennent le premier mois après la naissance, selon l’UNICEF Maroc. Parmi les causes, la réduction de l’allaitement maternel, observe Touria Faraj, sage-femme de formation, députée (PAM) et membre de l’alliance parlementaire pour la réduction de la mortalité et la santé reproductive. Contactée par notre rédaction, elle explique que «le recours à l’allaitement maternel a beaucoup diminué ces dernières années, à cause de la désinformation, qui fait circuler notamment l’idée que le lait artificiel permettrait aux enfants de mieux se développer et grandir, a contrario du lait maternel», nous dit-elle.

L’allaitement maternel délaissé ?

En 2015, à l’occasion de la semaine mondiale de l’allaitement maternel, du 1er au 7 août, l’UNICEF s’inquiétait en effet du fait que cette pratique «naturelle et protectrice» ne soit pas encore totalement adoptée. Selon l’agence onusienne, seulement 38% des enfants dans le monde étaient exclusivement allaités au sein pendant leurs six premiers mois. Un chiffre «inchangé depuis près de deux décennies».

Au Maroc, la situation est plus inquiétante encore : selon le ministère de la Santé, l’allaitement maternel exclusif durant les six premiers mois est pratiqué par seulement 27,8% des femmes et la mise au sein précoce, dans la demi-heure qui suit l’accouchement, n’est adoptée que par 26,8% des femmes.

«Or l’allaitement artificiel peut engendrer un risque d’infections, de surdosage ou de digestion. L’allaitement maternel est primordial pour qu’un nourrisson soit en bonne santé», estime Touria Faraj. La sage-femme énumère également d’autres causes, comme «le fait que les femmes ne soient pas suffisamment préparées à être mères, notamment au niveau de l’hygiène et de l’alimentation».

Le difficile accès des femmes à la santé, surtout dans les régions rurales, explique également le taux de mortalité néonatale. «Le problème dans ce cas-là, c’est qu’on passe à côté de maladies congénitales, sans compter les accouchements à domicile pratiqués par des personnes pas forcément compétentes qui ne sont pas en mesure de diagnostiquer d’éventuelles malformations», ajoute Touria Faraj.  

Il faut dire aussi que les régions rurales souffrent d’une pénurie de médecins. Alors qu’il est le troisième pourvoyeur hors-Union européenne de médecins pour la France, selon le Conseil national de l’ordre des médecins français (CNOM), le Maroc peine en effet à pallier le manque de praticiens et d’infirmiers, surtout dans les campagnes. «Le Maroc est l’un des 57 pays souffrant d’une pénurie aiguë en professionnels de santé avec un ratio de 1,86 pour 1 000 habitants», rappelait à cet égard le Conseil économique, social et environnemental (CESE) dans un rapport sur «les soins de santé de base».

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