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Culture Publié

«3ach a cha3b», le rap comme symbole d’un malaise social au Maroc

Censé comparaître ce dimanche devant le tribunal de première instance à Salé pour insultes envers des services de la police, le rappeur Gnawi sera finalement entendu demain lundi. Avec plus de 6 millions de vues pour le titre «3ach a cha3b», les soutiens au rappeur se mobilisent. 

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Le 29 octobre dernier, le trio de rappeurs Ould l’Griya, Lz3ar et Gnawi publiaient leur clip «3ach a cha3b», qui est monté en tête des tendances YouTube Maroc au bout de quelques heures. Le 1novembre, deux chanteurs ayant participé au morceau ont annoncé l’interpellation de Gnawi, qui devait comparaître ce dimanche au tribunal de première instance de Salé.

Vendredi dernier, des sources policières ont déclaré à Lakome2 que l’artiste n’est pas arrêté à cause de la chanson, mais d’une précédente vidéo où il a proféré des insultes contre des agents et des services de police. Cependant, la section de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) à Salé a indiqué à Yabiladi se saisir du dossier et apporter son soutien au rappeur, qu’elle considère arrêté en raison du morceau de rap précité.

Un succès moins attendu que la controverse

Ce dimanche, l’AMDH à Salé a été présente au moment où Gnawi devait comparaître. Mais son audience a finalement été reportée à lundi. Contacté ce dimanche par Yabiladi, le rappeur Lz3er nous confirme en effet que «la police dit lui reprocher des faits antérieurs à la chanson». «Sauf que de notre côté, nous avons été surpris d’apprendre qu’une brigade était venue au café où nous avons l’habitude de nous retrouver, Ould L’griya et moi à Fès», nous explique-t-il.

Selon lui, des agents «auraient demandé après [les deux chanteurs]», qui disent ignorer les raisons de ces démarches. «Par la suite, nous avons su que la police avait expliqué ne pas être à notre recherche. Quelque soit la véracité de ces affirmations, ils peuvent venir m’arrêter. Nous verrons comment évolueront les choses», nous déclare le rappeur.

Lz3er nous confie qu’il ne s’attendait pas à ce que la chanson «3ach a cha3b» suscite autant de réactions, encore moins qu’elle trouve un écho même à l’étranger.

«Nous sentions qu’elle allait faire parler, mais nous n’imaginions pas qu’elle ferait autant de buzz, au point de devenir la première dans les tendances YouTube Maroc et créer autant de controverses.»

Lz3er

«Nous avons mis en ligne cette chanson pour porter la voix d’un peuple en colère et c’est ce peuple qui en a fait son succès», explique le rappeur, qui affirme son intention de «faire d’autres sorties et continuer à mener une vie normale, puisque la police explique qu’elle n’est pas à [sa] recherche».

Un «cri du cœur» à retenir

Le succès de «3ach a cha3b» a de quoi surprendre par sa soudaineté, même si d’autres titres de Ould L’Griya ont connu des succès d’audience sur Youtube. Ex-membre du groupe L’Bassline à Fès également, le rappeur Hamza L’BS déclare à Yabiladi que ce titre résonne dans le contexte actuel comme «le cri du cœur d’une jeunesse laissée pour compte».

«Ould L’Griya fait incontestablement partie d’une nouvelle vague de rappeurs, depuis sa sortie de prison. Ces groupes reflètent beaucoup ce qu’ils sont, à travers leurs rimes et leurs textes, qui sont révélateurs à plus d’un titre», indique-t-il, en soulignant que «deux de ceux qu’on voit dans la vidéo de ‘3ach a cha3b’ portaient des messages plus conformistes, il y a quelques années». «Mais là, nous assistons à une forme de radicalisation même chez ces rappeurs, ce qui est révélateur en soi d’une catégorie de la population silencieuse mais qui aujourd’hui tient des propos acerbes envers la monarchie ou des conseillers du roi», ajoute-t-il.

En remontant les influences artistiques de cette tendance, Hamza L’BS nous rappelle qu’«au tout début du hip-hop, les artistes qui faisaient un rap conscient et underground à la fois jouaient avec les frontières floues de la loi en connaissance de cause. Ils avaient un certain niveau d’instruction sans être pour autant issus des classes privilégiées».

«Aujourd’hui, on peut ne pas être d’accord avec les prestations de ces nouveaux rappeurs d’un point de vue artistique, mais c’est un cri révélateur de la perception de la politique chez des personnes qui n’avaient pas des positions aussi tranchées.»

Hamza L’BS

En d’autres termes, Hamza L’BS constate qu’«au-delà des poursuites, nos responsables politiques et les autorités doivent tirer des leçons des messages que portent de telles chansons et du malaise que cela traduit chez une importante partie des jeunes».

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