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PLF 2020 : Des économistes marocains font part de leur déception

Alors que le gouvernement a présenté lundi son PLF devant les deux Chambres du Parlement, les économistes ne sont pas des plus enthousiastes. Certains se disent déçus des petites mesures fiscales du texte présenté aux parlementaires alors que d’autres mettent en garde contre l’endettement sans création de richesse et d’emploi. Analyses.

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Le chef du gouvernement Saadeddine El Othmani et le ministre de l’Economie, des finances et de la réforme de l'administration, Mohamed Benchaaboun. / Ph. DR

Lundi, en séance plénière commune des deux Chambres du Parlement, le ministre de l’Economie, des finances et de la réforme de l'administration, Mohamed Benchaaboun a présenté aux élus et conseillers les grandes lignes du Projet de loi de finances 2020. Le ministre a mis l’accent sur l’attention particulière accordée aux secteurs sociaux, aux entreprises et aux équilibres macroéconomiques.

Mais alors que les élus se pencheront sur le texte en première lecture à la Chambre des représentants, plusieurs économistes ont partagé avec Yabiladi leurs analyses. Abdelkhalek Touhami, économiste et professeur titulaire de l'Enseignement supérieur, remarque qu’il y a «beaucoup de petites mesures» dans ce texte. Reconnaissant que «le poids des derniers discours de Sa Majesté le roi ressort dans ce PLF», l’économiste estime que «l’exécutif a été presque obligé de prendre en considération les secteurs sociaux plus que les années précédentes».

PLF 2020 et les «mesurettes» qui déçoivent

Toutefois, pour les autres mesures, Abdelkhalek Touhami regrette que «c’est globalement la même chose». «Le gouvernement va chercher à avoir des équilibres macro-économiques en essayant de réduire le déficit, recourir à la privatisation, contrôler ses dépenses et garder l’investissement à un niveau acceptable. C’est presque du copier-coller par rapport aux autres années», nous déclare-t-il.

Le professeur universitaire regrette ne pas retrouver «la réforme de la fiscalité que nous attendions après les Assises». «Nous n’avons pas encore entamé la vraie réforme fiscale au Maroc. Le Maroc n’est-il pas capable ou n’est-il pas prêt ? Je ne sais pas, mais nous sommes toujours dans les mesurettes, car lorsqu’on change la fiscalité de 0,75 à 0,5% ou on fait déplacer un taux de TVA de 20 à 10%, cela reste à la marge tout comme la réforme de l’IS», regrette-t-il.

«Je ne crois pas que ces mesures vont aider à collecter beaucoup de recettes pour l’Etat. L’impact de ces réformes ne va pas vraiment être significatif, car ce n’est pas une grande réforme.»

Abdelkhalek Touhami

Mais il reconnait tout de même une mesure importante ; celle en rapport avec le fond de soutien pour garantir des crédits aux jeunes entrepreneurs.

S’endetter sans créer de l'emploi et de la richesse, c’est mal !

Pour sa part, l’économiste Mohamed Cherki se montre tout aussi réticent. «Sur le plan macroéconomique, le Maroc s’en sort bien. Cela veut dire que si nous arrivons à une croissance de 3,7% l’année prochaine, avec une bonne récolte et un prix de baril de 60 à 67 dollars, on pourrait réduire le déficit budgétaire et de la balance de paiement, ce qui est bien», reconnait-il. 

Il est aussi satisfait de la part des secteurs sociaux, bien qu’il considère qu’avec un budget de 91 milliards de dirhams consacré à ces secteurs, «il y a un autre problème qui se pose». «Jusqu’à aujourd’hui, le budget n’a pas suffisamment permis des mécanismes pour relancer à la fois la croissance économique en dehors de l’agriculture et le pouvoir d’achat des ménages», nous explique-t-il. Mohamed Chiker rappelle aussi que les augmentations salariales dans le cadre du dialogue social ne concernent pas tous les Marocains, qui «pourraient même voir leur pouvoir d’achat se réduire».

Mais, lorsqu’il est question de recettes, «privatiser et réduire les dépenses, c’est bien mais la dette va continuer d’augmenter», avertit-il.

«Cela veut dire que les générations futures vont payer pour leurs parents. Et même si des pays comme les Etats-Unis et le Japon le font, on doit parallèlement créer de l’emploi et de la richesse pour pourvoir, à terme, régler ces dettes. On ne peut pas s’endetter avec une croissance à 2,7%.»

Mohamed Chiker

Et d’insister sur la question de «l’efficacité de l’investissement» pour évaluer le budget octroyé à l’investissement public, qui augmente cette année de 3 milliards pour atteindre 198 milliards de dirhams.

Accompagner et inciter les jeunes entrepreneurs

De son côté, l’économiste et professeur Mohamed Chiguer ne déroge pas à sa précédente analyse publiée par Yabiladi. «La Loi de finances vient traduire une vision, une stratégie et mettre en application un plan triennal ou quinquennal et c’est une manière d’exécuter cette stratégie, nous rappelle-t-il. Mais le Maroc n’a ni plan, ni stratégie ni vision, car la loi se ramène à des choses beaucoup plus techniques.»

«Ce PLF sert seulement à dire au FMI qu’on maîtrise nos équilibres, aux partenaires sociaux que les salaires ont bel et bien augmenté. On cherche à satisfaire tout le monde et ça s’arrête là. Il fait partie de la gestion courante sans modèle de développement.»

Mohamed Chiguer

L’économiste soulève notamment un souci s’agissant du fond destiné aux jeunes entrepreneurs. «Le souci de ces entreprises ne se rapporte pas au financement : C’est une question d’accompagnement et de survie dans une période critique qui dure plus ou moins trois ans», rappelle-t-il.

Même son de cloche chez Rachid Aourraz, économiste et membre du Moroccan Institute for Policy Analysis (MIPA). Pour lui, «le PLF s’inscrit dans la continuité» et bien qu’il mette l’accent sur les secteurs sociaux, il y voit aussi de «l’austérité pour certains secteurs».

Rachid Aourraz insiste aussi sur le fond destiné aux jeunes entrepreneurs en insistant sur «l’engagement des banques pour le financement surtout pour l’entrepreneuriat des jeunes» et en suggérant notamment la mise en œuvre de «vraies mesures incitatives» pour encourager davantage cette population.

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