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Société Publié

Maroc : La pollution sonore, fléau des grandes villes

Nombreux sont les habitants des grandes villes à se plaindre des nuisances sonores, y compris la nuit. Chantiers, klaxons, tapage nocturne… Les riverains se sentent démunis pour faire cesser ces excès sonores.

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Chantier de trémie à Casablanca. / DR

Ç’aurait pu être la 11e plaie de notre série sur les maux qui rongent Casablanca : la pollution sonore. Chantiers qui n’en finissent pas, tintamarre de klaxons, tapage nocturne, haut-parleurs qui crachent à tout-va… Les sources de pollution sonore sont légion dans les grandes villes, tout particulièrement dans la capitale économique. Sur la page Facebook «Save Casablanca», nombreux sont les internautes à se plaindre des chantiers effectués en pleine nuit, à coups de tronçonneuse ou de trax.

L’arsenal législatif est pourtant sans équivoque : l’article 47 de la loi relative à la protection et à la mise en valeur de l’environnement dispose que «les bruits et les vibrations sonores, quelles qu’en soient l’origine et la nature, susceptibles de causer une gêne pour le voisinage, de nuire à la santé de l’homme ou de porter atteinte à l’environnement en général, notamment lors de l’exercice des activités de production, de services, de mise en marche de machines et de matériels et d’utilisation d’alarmes et des haut-parleurs, doivent être supprimés ou réduits conformément aux dispositions législatives et réglementaires prises en application de la présente loi». Et d’ajouter : «Ces dispositions fixent les valeurs limites sonores admises, les cas et les conditions où toute vibration ou bruit est interdit ainsi que les systèmes de mesure et les moyens de contrôle.»

Le travail dominical, une nécessité ?

Comme le souligne La Vie éco, le temps de travail sur les chantiers ne déroge pas aux 44 heures hebdomadaires fixées par le code du travail. «Dans la pratique, il est permis aux ouvriers de travailler de 7h jusqu’à 20h, avec 2 heures de pause et le samedi jusqu’à midi», souligne la même source. Comment diable se fait-il que des ouvriers soient encore à l’œuvre en pleine nuit ? «Pour gagner du temps, justifie Mohamed El Kortbi, gérant du Laboratoire des matériaux et génie civil. En cas de travaux sur les grandes artères, il y a moins de circulation le dimanche. Parfois, ce sont les ouvriers eux-mêmes qui demandent à travailler plutôt que de chômer.»

«Tous les chantiers de Casablanca sont obligés de travailler jour et nuit parce qu’ils sont en retard. Et encore, même avec un tel rythme, sur le chantier de la Marina, ils n’ont pas terminé. Il peut y avoir des imprévus, des intempéries, des entreprises incompétences qui ne parviennent pas à terminer le chantier et qui, par conséquent, doublent, voire triplent la cadence», abonde Rachid Haouch, vice-président du Conseil national des architectes. «Cette notion de chantier et nuisance dans le chantier n’a jamais été prise en compte juridiquement parlant», ajoute-t-il.

Le label HQE (haute qualité environnementale), qui certifie que la conception ou la rénovation de bâtiment et de villes a limité le plus possible leurs impacts sur l’environnement, relève du bon vouloir du maître d’ouvrage, rappelle Rachid Haouch. «Sur ce genre de chantier, tout est réglementé : la protection des riverains, le respect des horaires de fermeture et d’ouverture, le maintien de la propreté des voies, la protection des nappes…» 

Des chantiers pas contrôlés

Au vu des 150 000 véhicules qui foulent chaque jour les pieds des Twin Center, l’argument du travail dominical peut sembler recevable. Mais l’agacement des riverains l’est tout autant. «Ce n’est par contrainte : c’est de la pagaille, c’est tout», tranche Ahmed Hamid Chitachni, chercheur en anthropologie et coadministrateur de la page Facebook «Save Casablanca», balayant l’argument d’un quelconque gain de temps. «Les chantiers sont tellement mal organisés… Les chefs de chantier font en fonction des arrivages, des approvisionnements, des fournitures. Il travaille quand on lui dit de travailler, peu importe l’heure. Ce n’est nullement dans un objectif de respect des délais», estime-t-il.

Ahmed Hamid Chitachni pointe du doigt notamment le «non contrôle administratif au sein des chantiers». «Les autorités locales interviennent de façon sporadique, en fonction des plaintes des riverains», précise-t-il, reconnaissant qu’en cas de plainte, celles-ci sont «réceptives». Mais surtout, le chercheur insiste sur la nécessité d’appliquer la loi.

«Nous disposons d’un arsenal juridique adapté, il suffit de l’appliquer de façon stricte et à bon escient.»

Ahmed Hamid Chitachni

Dans un autre registre, que dire encore des klaxons et du tapage nocturne ? «Ce sont des nuisances sonores qui doivent être régies par les autorités, qui se doivent d’intervenir. Encore faut-il qu’elles en aient les moyens, pointe Ahmed Hamid Chitachni. Quant aux klaxons, c’est une question d’éducation, de civisme, un travail sur le long terme… On ne peut pas mettre un policier derrière chaque conducteur pour voir qui klaxonne à tort et à travers. Ce qu’il faut avant tout, c’est de la sensibilisation.»

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