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Politique   Publié

Mustapha Benhassioua, d’une demande d’asile à la prison pour «détournement d’avion»

Après avoir passé huit ans en prison à la suite des événements sociaux de Casablanca en 1981, Mustapha Benhassioua, décide d'émigrer en Suisse et de demander l'asile politique. Mais il sera rapatrié au Maroc, incarcéré pour tentative de détournement d'un avion et condamné à 20 ans de prison ferme.

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Mustapha Benhassioua a été condamné, dans les années 1990, à 20 ans de prison ferme pour «tentative de détournement d’un avion et de détention de ses passagers à bord». / Ph. Youssef Dahmani - Yabiladi

Le 20 juin 1981, la grève générale à laquelle appellent les syndicats pour protester contre les prix élevés se transforme en soulèvement dans les rues de Casablanca. L'armée intervient alors en commençant à tirer à balles réelles sur les manifestants. Des dizaines de personnes sont tuées, alors que celles détenues seront accusées de troubles à l'ordre public et seront condamnées à plusieurs années d'emprisonnement.

Mustapha Benhassioua faisait partie des personnes arrêtées. Il n’avait que 17 ans lorsqu’il sera condamné à huit ans de prison et incarcéré dans la prison d'Aghbila à Casablanca.

Le Casablancais profitera de son temps en prison pour étudier. En 1989, il quitte la prison et intègre l'université Hassan II à Ben Msik afin de poursuivre ses études supérieures. Toutefois, il se retrouve «harcelé par les services de renseignements marocains», nous confie-t-il. Il décide ainsi de «vivre à l'étranger» et se rend en Italie puis en Suisse pour demander l'asile politique.

Une demande d’asile politique qui se transformera en expulsion

Ainsi, c’est en 1992 qu’il déposera une demande d’asile politique. «J’ai été transféré du poste-frontière vers un centre pour les réfugiés», nous raconte-t-il. Mais seulement 48h après avoir rempli le formulaire de sa demande, il sera déporté vers le Maroc. «Les renseignements marocains sont intervenus et j’ai été renvoyé au Maroc, de force, à bord d’un avion reliant la Suisse au royaume, avec la complicité des autorités suisses», dénonce-t-il.

 

Lors du vol retour vers le Maroc, l'un des membres de l'équipage lui demande pourquoi il a été expulsé. Une altercation s’en suivra entre les deux hommes, se souvient le quinquagénaire. Dès l’atterrissage de l’avion à l'aéroport Mohammed V de Casablanca, Mustapha Benhassioua est surpris par un «important dispositif sécuritaire» au niveau de l’aéroport ; il comprendra très vite que cet accueil lui est spécialement réservé. Il est ainsi immédiatement interpellé et mis en examen pour «tentative de détournement d’un avion et de détention de ses passagers à bord».

La justice le reconnait coupable ; il écope d’une peine de 20 ans de prison. Il passera 16 ans en détention dans différentes prisons du royaume. Comme durant sa première détention, il passe l’essentiel de son temps à étudier, en décrochant plusieurs diplômes. Il prendra même part à des rencontres littéraires en dehors des établissements pénitentiaires. Plusieurs de ses poèmes seront publiés dans les pages de journaux marocains.

Un oublié de l’IER ?

En novembre 2007, Mustapha Benhassioua bénéficie d'une grâce royale exceptionnelle. Il tente alors de frapper aux portes des institutions compétentes et enquêtant sur les violations flagrantes des droits de l'Homme, mais en vain.

«A ce jour, je demande toujours à l'IER (Instance Equité et réconciliation, ndlr) de prendre en considération mes deux dossiers», nous déclare-t-il, désespéré. Il s’agit notamment du dossier de son arrestation après les événements sociaux de 1981 et celui de son expulsion forcée de Suisse et de sa condamnation.

«J’ai adressé plusieurs demandes aux autorités concernées, notamment au Conseil national des droits de l'Homme et au comité de suivi de la mise en œuvre des recommandations de l’IER pour examiner mes deux dossiers. Je n’ai jamais été indemnisées et je n’ai jamais bénéficié de réparation du préjudice matériel et moral avec intégration sociale», ajoute-t-il avec amertume.

Mustapha Benhassioua nous précise aussi que son dossier avait été classé comme étant parvenu hors délais. Un classement sans suite qui intervient, selon lui, alors que le comité de suivi de la mise en œuvre des recommandations de l’IER affirme que «ce délai reste ouvert pour les personnes qui n'ont pas soumis leur candidature à temps en raison d’une force majeure, comme par exemple le fait d’être incarcéré en prison» ; ce qui est justement son cas.  

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