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Société Publié

Maroc : La communauté sénégalaise dénonce «le crime raciste de trop»

Cinq jours après l’assassinat du Sénégalais Mouhemad Thiam à Errahma (Casablanca), le corps du jeune homme a été rapatrié. Mercredi soir, sa famille en deuil a accueilli sa dépouille à l’aéroport de Dakar. Ce «crime raciste de trop» est dénoncé par la communauté sénégalaise du Maroc, dont le frère du défunt.

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Mohemad Thiam (devant) vivait au quartier Errahma de Casablanca / Ph. DR.

Mercredi en fin de soirée, un cortège funèbre a traversé le tarmac de l’aéroport de Dakar, où le corps de Mouhemad Thiam a été rapatrié depuis le Maroc, cinq jours après son assassinat. En effet, le Sénégalais de 29 ans a été pris à partie par quatre Marocains, vendredi soir, en rentrant chez lui vers 23h après une visite d’amis.

«Les quatre mis en cause sont poursuivis pour meurtre et complicité. Nous espérons que justice sera faite», déclare à Yabiladi Djibril Badji, frère du défunt ayant vécu avec lui à Errahma. Le temps est au deuil et à la tristesse, mais la colère des Sénégalais installés au Maroc reste forte, surtout que les agressions les visants sont nombreuses.

«Trois des mis en cause ont tout le temps croisé notre chemin dans le quartier. Parfois, ils nous ont menacés avec des couteaux, en nous faisant des gestes de la main pour nous dire de faire attention», nous affirme Djibril Badji Thiam dans ce sens. «Le jour de l’assassinat, la même scène s’est répétée et le soir-même, mon frère a été tué», confie-t-il.

Éviter la médiatisation du crime

Le meurtre a ravivé les tensions entre la police marocaine et la communauté sénégalaise. En effet, les autorités ont tenté de maîtriser les protestations des ressortissants, notamment en évitant la tenue de sit-in, comme nous l’a précédemment déclaré une source associative sur les lieux. De son côté, Djibril Badji Thiam confirme.

«Le soir des faits, la police a recueilli mon témoignage et à la fin, elle m'a demandé de parler aux membres de la communauté qui manifestent, pour arrêter les rassemblements si nous voulons que le dossier soit correctement suivi. Ainsi, notre manifestation de samedi n’a pas pu se tenir, face à l’importante présence policière.»

Djibril Badji

Par ailleurs, le frère de la victime regrette «l’inaction de la part de la majeure partie des riverains». «Le surlendemain, ce sont les membres de l’association des résidents sénégalais au Maroc qui ont pris en charge tous les frais pour organiser un hommage et une cérémonie de prières», nous explique-t-il.

Selon lui, les services consulaires sénégalais auraient traité la situation «à peu près de la même manière». «Afin d’apaiser les choses, ils ont pris en charge le rapatriement de la dépouille de mon frère, mais je n’ai pas pu l’accompagner car je n’avais pas de quoi payer mon billet d’avion ; le consulat ne l’a pas fait», regrette-t-il, indiquant avoir fini par obtenir un laisser-passer pour partir vendredi, après s’être «débrouillé» pour acheter son billet lui-même.

Membre de la communauté sénégalaise au Maroc et vivant également au quartier Errahma, Fallou Seye dénonce de son côté «un crime raciste de trop, passé sous silence, lorsqu’on sait que plusieurs Sénégalais ont été tués au Maroc». Ami des frères Thiam, il reproche également à l’Etat sénégalais de ne pas les avoir protégés.

«Par conséquent, la communauté sénégalaise du quartier a décidé de créer une association au lendemain de la mort de Thiam, afin de mieux veiller elle-même sur la sécurité des frères vivant sur place», nous affirme-t-il.

Un silence sur lequel la presse s’aligne

Journaliste sénégalais vivant au Maroc, Khadim Mbaye s’est rendu sur les lieux de l’assassinat le soir-même. Il souligne à Yabiladi que «la colère de la communauté sénégalaise s’explique aussi par le silence de la presse sur un crime lâche, qui n’est pas le premier du genre». Par ailleurs, il dénonce un deux-poids, deux-mesures dans le traitement d’affaires de meurtres ou d’agression d’étrangers dans le pays.

«Dans le cas du citoyen New yorkais pris pour un Subsaharien, plusieurs supports ont relayé l’histoire et son dénouement, des émissions radio en ont parlé, plusieurs personnes ont exprimé leur indignation», fait-il remarquer. «De même, une agression ou un assassinat visant un Marocain au Sénégal ou dans un autre pays subsaharien est traitée au Maroc, mais lorsqu’il s’agit du meurtre d’un ressortissant subsaharien et sénégalais notamment, au Maroc, très peu de journalistes locaux font le relais», dénonce-t-il.

«Dans le cas de Mouhemad Thiam et d’autres avant lui, la presse en a très peu parlé. C’est comme si les Sénégalais du Maroc ne comptaient pas.»

Khadim Mbaye

Le journaliste sénégalais ne décolère pas en repensant à l’échange qu’il a eu avec un confrère marocain autour du drame, où il entend qu’«il ne faut pas en faire une affaire politique» (sic). «Je trouve cela honteux ; cette négligence encourage quelque part les attaques visant les Subsahariens, alors que nous sommes des pays frères avec des liens économique, politiques et culturels forts où la solidarité ne suit pas souvent», conclut Khadim Mbaye.

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