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Environnement Publié

Maroc : La surveillance de la qualité de l’air, parent pauvre des politiques environnementales ?

Les moyens mis à disposition pour la surveillance de l’air sont jugés très insuffisants par les acteurs de la société civile. La population n’est ni informée ni suffisamment sensibilisée, sur ce fléau.

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Exemple typique de la pollution de l'air à Casablanca engendré par le transport. / DR

La surveillance de la qualité de l’air est-elle mise au ban des priorités gouvernementales ? Le Programme national de la qualité de l’air 2017-2030, adopté en juillet 2017 par le Comité national de suivi et de contrôle de la qualité de l’air, était pourtant prometteur : il prévoyait notamment le renforcement et l’extension du réseau national de surveillance de la qualité de l’air ; la réduction des rejets atmosphériques générés par les secteurs du transport et de l’industrie ; le renforcement du cadre réglementaire en la matière ; le renforcement de la communication et de la sensibilisation.

Deux ans plus tard, les recommandations peinent à passer du papier au terrain. «Les moyens mis à disposition pour la surveillance de l’air sont, honnêtement, très, très insuffisants», juge Abderrahim Ksiri, coordinateur national de l’Alliance marocaine pour le climat et le développement durable (AMCDD). A l’horizon 2030, le programme prévoit de pourvoir toutes les grandes agglomérations de plus de 200 000 habitants en stations fixes de mesure de la qualité de l’air, dans l’objectif de porter le nombre de ces stations de 29 à 101.

«Il ne s’agit pas simplement d’installer des stations : encore faut-il mettre en œuvre une politique qui prenne en compte l’aménagement du territoire et profite de l’installation de ces stations pour informer la population, et orienter les choix des habitants vers les moyens de transport les plus économes et les plus propres.»

Abderrahim Ksiri

Une population pas assez sensibilisée

«La population n’est pas suffisamment informée et sensibilisée», insiste ce dernier. Une observation que partage Saïd Sebti, professeur de chimie et président de l’association Maroc Sciences et Développement durable : «il faut informer la population ; il ne suffit pas d’installer des stations et de faire des contrôles dont on garde les résultats au placard et qu’on réserve à quelques initiés.»

A ce manque de sensibilisation s’ajoute, selon Abderrahim Ksiri, l’extension interminable des villes, en l’occurrence Casablanca. La métropole gagne en effet chaque jour deux hectares en moyenne sur son environnement proche. Elle devrait atteindre 40 000 ha en 2030, selon l’Agence urbaine. «Cette extension éloigne les bassins d’habitation des bassins industriels, ce qui contribue ainsi à augmenter les distances et fait primer l’utilisation des moyens de transport individuels. Dans ce cas, la pollution de l’air ne peut que s’aggraver», regrette le coordinateur de l’AMCDD.

Casablanca étouffe

A Casablanca, ce sont surtout les particules fines (PM10), sorte de poussière, qui sont recensées dans l’air. Elles sont issues de combustions qui ne sont pas totales et génèrent des imbrûlés. D’après les cartes interactives mises à jour quotidiennement par Maroc Météo, elles se concentrent surtout dans l’arrondissement industriel de Hay Mohammadi. Si aucune mesure n’a été prise pour envisager de déplacer ces usines, la délégation du ministère délégué chargé de l’Environnement à Casablanca avait insisté, en juin 2017, auprès de notre rédaction, sur d’autres dispositions engagées :

«Le nouveau plan d’aménagement de Casablanca n’autorise plus les industries de première catégorie à s’implanter à l’intérieur du Grand Casablanca. La première catégorie regroupe les industries qui présentent le plus d'inconvénients en termes de danger, de nuisances et d'insalubrité.»

Et d’ajouter que ce plan d’aménagement «interdit également toute extension des unités de première catégorie existantes. Seuls sont autorisés les travaux de modernisation et de mise à niveau environnementale et énergétique».

«D’après les visites que nous menons sur le terrain, les multinationales implantées au Maroc s’inscrivent plus ou moins dans cette démarche. En revanche, pour les petites et moyennes entreprises, ce n’est pas encore ça – sans compter tout le secteur informel, souligne Saïd Sebti. Les alternatives existent sur le papier, maintenant, il faut former suffisamment de personnel pour faire des inspections sur place et effectuer un suivi régulier et rigoureux des recommandations.»

En attendant, la société civile prend le taureau par les cornes : dimanche 13 octobre prochain aura lieu la Journée sans voiture à Casablanca et Mohammedia, pour sensibiliser les habitants aux dangers de la pollution de l’air.

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