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Société Publié

Maroc – France : Les Enfants de Zellidja au chevet de Sidi Boubker

Au sein des Marocains vivant en France, plusieurs sont issus du village de Sidi Boubker, emblème historique de l’activité minière des années 1920 à 1980. Aujourd’hui, l’association Les Enfants de Zellidja et de l’Oriental (ENZO) les rassemble autour d’initiatives sociales et économiques bénéficiant à leur région d’origine.

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Le village de Zellidja Sidi Boukber / Ph. DR.

Ce mois de septembre marque le lancement d’un projet d’envergure pour Les Enfants de Zellidja. Issus de Sidi Boubker (Oriental) et principalement émigrés en France, ils lancent une initiative socio-économique au bénéfice de vingt femmes, essentiellement veuves et célibataires, dans leur région d’origine, pour renforcer leur autonomie à travers le lancement de projets générateurs de revenu.

«L’amélioration des conditions socioéconomiques des femmes passe par la diversification de leurs activités», nous explique l’association Les Enfants de Zellidja et de l’Oriental (ENZO), qui envisage ainsi de faire bénéficier vingt femmes du «Projet d’Appui aux Femmes de Taghajrt (commune d’Aghbal / Ahfir) par l’élevage des caprins», afin d’améliorer leur condition sociale.

Ce projet est le pendant d’une première initiative en partenariat avec le Club marocain pour l’environnement et le développement (CMED), l’association des amis du Maroc et l’Association pour agir citoyen (APAC).

Investir pour lutter contre l’exode

Président d’honneur et responsable de projets à ENZO, Majid Chaadi explique à Yabiladi que ce projet inclut également la construction de chèvrerie, la prise en charge de l’alimentation, des soins vétérinaires et des frais de suivi sanitaire sur la première année du projet.

«Il s’agit d’appuyer ces activités d’abord pour la production laitière et de viande, mais, à terme, celle-ci inclura également la production fromagère destinée au commerce local comme à l’exportation, ou encore le développement de l’industrie des matières premières pour l’artisanat (peau, cuir, poil…)», ambitionne celui qui a été président d’ENZO.

En effet, les conditions climatiques semi-arides ainsi que les hauteurs de la région n’auront pas raison de la patience des habitants locaux en les poussant à l’exode, puisque «le cheptel caprin est caractérisé par son adaptation aux conditions climatiques du pays et se trouve concentré essentiellement dans les zones de montagne et de parcours dégradés, où il constitue une activité économique importante», nous explique l’association.

En filigrane, l’idée sera de «promouvoir la promotion des croisements des caprins locaux avec les races laitières étrangères pour l’amélioration de la production», ou encore «l’utilisation du fumier des chèvres comme fertilisant pour augmenter les récoltes». Par ce biais, ENZO envisage également d’améliorer l’encadrement technique de ces femmes, via «la création de groupements de l’Association nationale ovine et caprine».

«Ce projet bénéficiera tout autant à 50 hommes de l’entourage de ces 20 femmes, entre les pères, les frères ou les enfants et à cinq associations et coopératives féminines de l’Oriental, constituées de femmes se trouvant en situation de grande précarité», nous explique encore Majid Chaadi, soulignant que le budget de cette initiative est estimé à près de 8 000 euros.

Un investissement dans des projets qui évoluent

Celui-ci constitue également une continuité d’une première initiative qui a consisté à fournir aux femmes de la région des poules fermières pondeuses, pour la production d’œufs sans produits chimiques ou processus artificiel, destinée à leur propre consommation ainsi qu’au marché local, détaille Majid Chaadi.

Depuis, le président du CMED à Ahfir, Ahmed Boumediene, a pris le relais au niveau local pour développer cette initiative dans sa deuxième tranche, en partenariat avec l’APAC. «Il nous tient au courant de l’état de santé des poules et des chèvres, avec des rapports détaillés sur leur situation, sur les dépenses de leur alimentation ainsi que leur développement par les femmes bénéficiaires», souligne le président d’honneur d’ENZO.

Sa satisfaction de la situation d’investissement des femmes et de l’efficacité de l’intervention associative l’a poussé à réfléchir à la création d’un label de qualité biologique. En attendant, les femmes incluses à ce plan bénéficieront d’un accompagnement pour qu’elles soient encadrées sur des notions vétérinaires et paysannes pour mieux savoir s’occuper de leurs poules pondeuses ou de leur cheptel.

A terme, Majid Chaadi pense également à l’éventuelle mise d'ateliers pour leur inculquer des notions économiques qui devront les aider à mieux gérer elles-mêmes les revenus de cette activité.

Des initiatives sociales pour redonner vie à l’esprit de solidarité

Avant d’investir dans des projets générateurs de revenus de cette envergure, les initiatives d’ENZO se sont surtout axées sur le social, avec la création d’une boulangerie solidaire en 2015. Située près de l’ancien village minier de Zellidja, elle permet d’approvisionner les familles locales en pain et les enfants du village en pain au chocolat chaque matin, en plus de l’acheminement de fournitures scolaires, la supervision de programmes sociaux locaux ou encore la participation à d’autres pour lutter contre l’abandon scolaire.

Dans ce sens, l’APAC est un partenaire de poids aux côtés d’ENZO. Aujourd’hui, la présidente de l’ONG s’en félicite auprès de Yabiladi. Samira Bouhout Tayebi, également maire-adjointe de Clichy-Sous-Bois, nous explique en effet que «grâce à ces initiatives, le décrochage scolaire dans la région rurale de l’Oriental a été limité». Jusqu’à la zone rurale de Taourirt, cette ONG a suivi au moins 130 cas d’écoliers jusqu’au baccalauréat dont plusieurs ont réussi à suivre des études universitaires.

Par ailleurs, des fois avec ENZO et d’autres avec le CMED, l’APAC a réussi à mettre en place ou à améliorer les internats pour les filles, «à acheminer les branchements d’eau potables à des villages, à mettre en place des sanitaires dans les écoles, à convertir des lieux pour en faire des espaces où les femmes apprennent à lire et à écrire, à fournir des kits d’hygiène aux jeunes filles des internats et des écoles, en plus de vêtements pour les célébrations de l’Aïd», nous explique Samira Bouhout Tayebi.

Ainsi l’action associative pour le développement aura rassemblé des Marocains de France qui restent attachés à leur village d’origine, tellement que leur mode de fonctionnement est devenu un modèle dans la région. Il y a quelques mois, ils ont été sollicités par la municipalité de Jerada pour inspirer les décideurs de la ville dans des projets pouvant donner un nouveau souffle à cette autre ville minière qui se meurt depuis la fermeture officielle de ses puits de charbon.

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