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Hajar Raïssouni : Un collectif de journalistes lance une pétition pour le respect de la vie privée

Le traitement médiatique de l’affaire Hajar Raïssouni a suscité une vive polémique. En effet, certains médias ont publié des détails intimes et non pertinents pour l’information de l’opinion publique, en violation de la protection de la vie privée, du principe de la discrétion de l’examen médical, mais aussi des procédures de l’enquête.

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Couverture d’Akhbar Al Yaoum consacrée à l’affaire Hahar Raïssouni / DR

Devant le tribunal de première instance, de nombreux journalistes étaient présents, ce lundi, pour couvrir le procès de Hajar Raïssouni, journaliste à Akhbar Al Yaoum. Sur place, plusieurs ont manifesté leur soutien à leur consœur et appelé au respect de sa vie privée, fustigeant par ailleurs l’aspect diffamatoire que revêt la publication des éléments relatifs à son état de santé, sur fond de poursuites pour «débauche et avortement illégal».

Associations de défense des droits humains, organisations féministes, mais également journalistes, les soutiens de Hajar Raissouni considèrent que le principe de respect du droit à disposer de son corps, à protéger sa vie privée et son intimité a été violé à plusieurs égards. Il l’a tout autant été à travers un traitement intrusif de l’affaire, notamment par la large publication des détails du compte-rendu médical demandé par la justice.

Sami Elmoudni, président du Forum marocain des jeunes journalistes ayant pris part au sit-in, souligne sur place à Yabiladi que «si cette affaire concerne l’opinion publique, son suivi ainsi que son traitement par les médias doivent être effectués avec professionnalisme, dans le respect de l’éthique».

«En d’autres termes, les affaires privées et la vie personnelle de Hajar Raïssouni ne concernent qu’elle et nous, journalistes, devons nous y tenir, au regard de notre déontologie et du droit.»

Sami Elmoudni, président du Forum marocain des jeunes journalistes

Sur cette base, le journaliste estime que «la place de Hajar Raïssouni n’est pas en prison : elle n’a pas été arrêtée pour une malversation avérée ou pour avoir porté atteinte à la société d’une manière ou d’une autre».

De ce fait, Sami Elmoudni fustige la violation de la dignité de la jeune femme, la diffamation dont elle fait l’objet et les poursuites la visant, considérant que celles-ci «n’ont pas lieu d’être, au Maroc de 2019 où l’on continue malheureusement de poursuivre des citoyennes et des citoyens pour leurs choix de vie personnels».

Une pétition adressée au CNP

Journaliste au quotidien arabophone Akhbar Al Yaoum, Hamza Habhoub préconise, pour sa part, des initiatives œuvrant à fédérer le corps professionnel sur ces principes. Dans ce sens, il fait partie d’un groupe de journalistes qui ont pris l’initiative de lancer une pétition collective.

«L’objectif est de recueillir les signatures des professionnels des médias, avec l’ambition éadresser cet appel au Conseil national de la presse (CNP) pour faire respecter l’éthique et les usages déontologiques du métier, notamment dans le traitement de procès visant des journalistes sur la base de leurs affaires privées ou de lois utilisées à leur encontre avec une visée politique», explique Hamza Habhoub à Yabiladi.

Dans sa substance, cet appel met en en avant le respect de la présomption d’innocence, sur la base sur l’article 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, prévoyant que «toute personne accusée d’une infraction pénale est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie».

Il cite égalent le 17e article de ce texte, pour rappeler que «nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes illégales à son honneur et à sa réputation». «Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes», rappellent encore ces dispositions ratifiées par le Maroc. Par ailleurs, le document s’appuie sur les principes constitutionnels, dont l’article 27 sur le droit à la protection de la vie privée, notamment dans les médias, en plus de dispositions du Code de la presse et de l’édition.

«Par le lancement de cette pétition, nous souhaitons rappeler au CNP ses obligations pour veiller au respect de l’éthique de notre métier», nous déclare le journaliste. Jusqu’à maintenant, la pétition compte une centaine de signatures. «Je suis sûr que d’autres confrères y adhéreront et nous les appelons à s’unir autour des bons usages de notre métier», conclut Hamza Habhoub. 

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