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Politique Publié

Le travail d'influence d'Israël dans les villages reculés du Maroc pour soutenir sa «légitimité»

Un journal israélien a publié un article évoquant les aides envoyées par des Israéliens à des villages amazighs isolés dans les montagnes de l'Atlas. Le média soutient l'existence d'Amazighs qui «croient au droit d'Israël à exister sur la terre de Palestine» et qui «expriment leur volonté de nouer des relations amicales avec l'État hébreu».

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Un village au Maroc. / Photo d'illustration

C’est l’histoire d’un étudiant marocain nommé Mohamed, qui poursuit ses études à l’Université Moulay Slimane de Béni Mellal. Vendredi dernier, le journal Times of Israel a consacré un article à son histoire, insistant sur l’aide qu’il reçoit de la part de Martha Rettig, une guide touristique à la retraite, israélo-américaine. Des subventions qui sont destinées à l’aider à poursuivre son cursus et à subvenir aux besoins de son village. Le média hébreu prend soin de ne pas citer le nom du douar niché dans le Haut-Atlas, par souci de «protéger la vie privée» des villageois.

Mohamed n'a jamais rencontré Martha Rettig en personne. La première conversation entre les deux s'est faite à travers une page Facebook dédiée aux groupes autochtones du pays et en Afrique du Nord. Des populations qui «luttent pour obtenir l’indépendance culturelle ou politique de leurs régions autonomes», précise Times of Israel qui note que la page accueille des «Kurdes, des Arméniens et des Amazighs».

La «marginalisation des Amazighs par les Arabes»

La même source a confirmé que la guide touristique israélienne avait envoyé plusieurs milliers de dollars à Mohamed. Ce dernier «utilise cet argent pour acheter de la nourriture, des chaussures et des vêtements à distribuer aux plus nécessiteux de son village natal, et il en consacre une partie pour achever ses études».

Martha Rettig justifie l'envoi d'argent à l'étudiant marocain par le partage commun «d'un certain nombre de valeurs avec des habitants de pays que pourtant beaucoup considèrent comme hostiles à Israël». «Je suis un fervente partisane d'Israël et j'échange beaucoup sur les forums et réseaux sociaux. J'ai trouvé cette personne au nom arabe qui parle du sionisme et que les Juifs sont les vrais habitants de la terre d'Israël (Palestine)», raconte l’Israélo-américaine.

Car, selon le journal, il existe aujourd'hui au Maroc un «petit mais puissant mouvement» qui veut faire revivre la langue et la culture amazighes, vieille de 5000 ans. «Dans ce mouvement, de nombreuses personnes sont associées à l'État d'Israël et aux Juifs et croient qu’ils ont combattu et gagné pour vivre de manière indépendante dans leur patrie ancestrale», précise-t-on.

De plus, pour Martha Rettig, «l'ancienne histoire juive du peuple amazigh et le conflit actuel avec la majorité arabe pourraient renforcer les relations entre les Amazighs et les Juifs». Dans sa déclaration au journal elle évoque la «marginalisation des Amazighs, qui constituent plus de 60% des citoyens des 36 millions d'habitants du Maroc, par des Arabes qui gouvernent le pays». Elle ajoute de manière caricaturale que «les Arabes vivent dans les zones côtières dotées d'infrastructures modernes, tandis que les Amazighs vivent dans les montagnes où les conditions de vie sont difficiles».

Israël et le courant radical amazigh

Les idées relayées par cette ancienne guide touristique vont de pairs avec les opinions tenues auparavant par le courant radical du mouvement culturel amazigh, qui avait déjà fustigée la «marginalisation intentionnelle de la composante amazighe» au Maroc. Ce courant s'est manifesté, notamment dans les universités marocaines, en faveur d'Israël alors que certains de ses figures les plus célèbres ont déjà visité Israël à l'invitation de centres de recherche du pays hébreu.

Une étude publiée par le Centre Moshe Dayan en août 2010 avait évoqué le soutien d'Israël au mouvement radical au sein du mouvement amazigh au Maroc et son rôle de «passerelle vers la normalisation avec Israël dans un environnement sociétal et politique qui refuse d'établir des relations» avec Tel Aviv.

L'étude avait considéré que le fait de parrainer des acteurs amazighs au Maroc fait partie de la politique étrangère d'Israël dans la région pour combattre les forces qualifiées d'hostiles par opposition aux forces considérées comme «modérées». «D'un point de vue israélien, ses relations avec Rabat sont un prolongement de sa politique avec son environnement. Ainsi, soutenir des acteurs non-Arabes au Moyen-Orient vise à trouver un équilibre avec la pression d'États arabes radicaux et hostiles», avait estimé le Centre Moshe Dayan.

Il ne s'agit évidemment pas de l'ensemble des militants du mouvement culturel amazigh, mais d'une partie de la nouvelle génération de militants qui vont jusqu’à critiquer la présence arabe à Tamazgha (Afrique du Nord), ainsi que de l'intérêt porté aux questions du Moyen-Orient, y compris la question palestinienne.

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