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Société Publié

Diaspo #108 : Zoubida Barik, avocate en Espagne depuis 10 ans

Née à Rabat, Zoubida Barik est avocate en exercice depuis plus de dix ans en Espagne. Son parcours est celui d’une combattante qui, armée de détermination, n’a reculé devant rien pour exercer le métier dont elle a longtemps rêvé. Aujourd’hui, elle est en effet reconnue dans le royaume ibérique.

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Zoubida Barik a quitté le Maroc en 1994, initialement pour des études doctorales en Espagne / Ph. DR.

Native de Rabat, Zoubida Barik a effectué sa scolarité à Salé, avant d’obtenir sa licence en droit à l’Université Mohammed V en 1994. La même année, elle décide de poursuivre directement ses études doctorales qui la mènent ainsi en Espagne, bien qu’elle ait envisagé de le faire d’abord en Belgique. Faute d’inscription dans les délais, elle se retrouve à la Faculté de droit de Madrid.

«Au début, je me sentais comme étrangère dans le pays», se souvient-elle. «A un moment et vu la barrière de la langue, j’ai pensé que j’avais pris la pire décision de ma vie en venant à Madrid», nous confie l’avocate, spécialisée désormais en migration, en droit de la famille et du travail.

Pour assurer sa régularité à la faculté, Zoubida Barik s’inscrit à l’Ecole nationale des langues de Madrid. Le jour, elle apprend ainsi à perfectionner son espagnol et suit ses leçons de droit en cours du soir. «Un jour, tu finiras par y arriver», lui affirme alors l’un de ses enseignants qui lui a exprimé sa confiance en elle pour améliorer son expression orale et écrite. L’échange est court mais la renforce dans sa détermination, nous raconte-t-elle.

Des difficultés vues comme un challenge 

La barrière de la langue n’a pas été le seul obstacle auquel l’avocate s’est confrontée durant sa vie de jeune étudiante. «Afin de respecter le régime halal, je me suis trouvée dans la contrainte de me nourrir principalement des pommes de terre chaque jour, ce qui m’a provoqué une anémie, parallèlement aux problèmes de logement pour étudiants», se rappelle la juriste de formation.

Quatre ans après son arrivée à Madrid, Zoubida Barik épouse un camarade de la faculté, en 1998. Le jeune couple partage ainsi son quotidien entre les études et la vie conjugale. A cette période, une lettre du ministère espagnol de l’Education lui a notifié l’impératif de devoir désormais avoir une équivalence pour sa licence obtenue au Maroc, ce qui l’oblige à suivre une dizaine de modules en l’espace de trois ans avant de pouvoir accéder une nouvelle fois au cycle doctoral.

En plus d’aider sa famille depuis l’Espagne et de ses études, Zoubida Barik a également travaillé dans une bibliothèque pour l’intégration des immigrés. Elle y a donné des cours dans diverses disciplines. Entre temps, elle obtient son équivalence en 2008.

«Honnêtement, c’était une expérience fatigante, car je suis devenue mère de deux enfants, ce qui a restreint mes disponibilités pour assister à des conférences. J’ai donc surtout emprunté des livres à la bibliothèque universitaire et les prises de notes de mes camarades, mais j’y suis arrivée.»

Zoubida Barik, avocate marocaine installée en Espagne

L’année d’obtention de diplôme coïncide avec le pic de crise économique qui a secoué l’Espagne. Par conséquent, Zoubida Barik est confrontée à un nouvel obstacle qui est celui de l’accès à l’emploi. «J’avais l’intention de travailler avec le gouvernement et de postuler pour des concours dans ce sens, mais cela ne s’est pas réalisé», souligne-t-elle.

Avocate à la cour, contre vents et marrées

La diplômée obtient la carte professionnelle d’avocat reconnue par l’Etat. Grâce au sésame et malgré les sacrifices financiers que cela a impliqué, Zoubida Barik loue un petit local à Getafe (sud de Madrid), à partir de 2009. Elle y met en place son cabinet.

Mais là encore, elle n’a pas été au bout des imprévus. Un jour, elle est invitée par des collègues à une audience dans le cadre d’un procès antiterroriste. A l’entrée du tribunal, elle s’est vue interdite d’accès par décision du juge, à cause de son voile. «J’étais choquée, et l’affaire a fait scandale dans les médias locaux», se rappelle encore Zoubida Barik.

L’avocate marocaine a porté plainte contre le juge, mais restée sans suite. «Cet événement a eu un impact négatif sur ma carrière», déplore Me Barik. Mais la Marocaine ne se laissera pas abattre. Peu de temps après cette mésaventure, elle se voit proposer un poste au service de documentation d’un tribunal de la région.

Aujourd’hui, elle se saisit d’affaires liées au droit de la famille, du travail et de la migration, principalement auprès des ressortissants marocains en Espagne, à qui elle propose aussi du conseil juridique gratuit.

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