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Culture Publié

Diaspo #107 : Nadia Dala, l’écriture pour recréer le sens commun

Native d’Anvers, Nadia Dala se consacre entièrement à l’enseignement et à l’écriture aujourd’hui. Par ailleurs, elle est journaliste indépendante après avoir évolué dans différents supports en Belgique et enseigné aux Etats-Unis. Portrait.

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Nadia Dala, enseignante, chercheuse, écrivaine et journaliste / Ph. DR.

Né en Flandre à Anvers, Nadia Dala a passé la majorité de son enfance en internat avec sa sœur, Farida. Sa mère, Belge flamande qui a travaillé comme secrétaire et son père, immigré de la première génération et issu de Berkane, ont décidé de se séparer peu de temps plus tard. De la seconde union de son père, elle a deux demi-frères, Younes et Yazid.

Mais c’est de cette enfance peu heureuse que Nadia Dala a puisé sa détermination à s’attacher à ses rêves, à tenir à ses ambitions et à ne jamais perdre espoir en la vie. «Mon père n’a pas eu l’occasion de faire des études, vu qu’il a perdu ses parents à un jeune âge. Il a donc travaillé dans plusieurs secteurs manuels, notamment au port d’Anvers, mais il était fiers de voir ses filles faire des études poussées», nous confie-t-elle.

En effet après ses études primaires et secondaires, Nadia Dala a obtenu sa licence en philologie orientale et histoire du monde arabe à l’Université catholique de Louvain. Elle a ensuite passé une année en Egypte, où elle a effectué des recherches et un stage au sein du journal Middle East Times.

Cette expérience lui apprend davantage sur le monde arabe et les cultures musulmanes. «Mon père était fier de voir que l’une de ses filles est devenue journaliste, il lisait mes articles et il était très content», se souvient l’écrivaine et chercheuse.

Une icône de la télévision publique belge

Ce premier pas dans la presse lui a également ouvert les portes vers le journalisme professionnel, puisqu’à son retour en Belgique, Nadia Dala a intégré la rédaction du quotidien belge néerlandophone De Morgen à Bruxelles. Elle rejoint ensuite De Standaard, puis travaille pour la télévision belge nationale.

Au sein de la VRT, elle est d’abord reporter pour le Journal télévisé et se confirme rapidement comme une figure de la chaîne, qui la charge rapidement de l’animation d’émissions culturelles au sein de Canvas et la nomme coordinatrice de la politique diversité à la VRT pour l’intégration des jeunes issus de l’immigration aux équipes du groupe télévisuel.

Nadia Dala / Ph. deburen.euNadia Dala / Ph. deburen.eu

Nadia Dala travaille aussi derrière la caméra et fait des documentaires, s’intéressant notamment aux femmes musulmanes. «J’y ai fait des interview avec quatre femmes différentes les unes des autres, mais se reconnaissant toutes dans l’Islam, des conservatrices aux libérales en passant par les modernistes, afin de montrer que l’on pouvait être religieuses ou croyantes de différentes manières», se rappelle-t-elle.

Parallèlement, Nadia Dala a façonné sa signature dans le monde de la littérature et des livres. A partir de la seconde moitié des années 1990, elle joint ses talents d’écriture à l’investigation journalistique, consacrant ainsi un livre à la Décennie noire en Algérie intitulé «Allah pleure pour Alger».

«Je venais juste de terminer mes études et j’ai coécrit ce livre pour donner des éléments de compréhension sur l’émergence du GIA, des idéologies politiques violentes et le fondamentalisme qui prend en otage des populations civiles», nous explique la chercheuse. Celle-ci bénéficie de bourses d’études pour développer ses recherches et voyage notamment en Tunisie et aux Etats-Unis.

Un pied dans la recherche académique

Tout en continuant à s’intéresser aux femmes, à la question du voile et à l’Islam, Nadia Dala publie son second ouvrage en 2005, intitulé «Quand les voiles tombent» et regroupant dix portraits. «Depuis le temps, j’en avais déjà marre des débats qui ont commencé à se polariser et où il fallait être catégoriquement pour ou contre le voile, alors que la question n’est pas là», souligne-t-elle.

«A partir de là, cet ouvrage a tenté de montrer toute la diversité sous ce voile, toutes les interprétations possibles et l’importance de devoir comprendre ce que cela peut représenter pour chacun et d’abord pour les musulmanes qui le portent ou non, parce qu’il n’existe pas uniquement le choix de se ranger dans du noir ou blanc», explique Nadia Dala.

Tout au long de son parcours, notamment à la télévision, la journaliste et écrivaine reçoit de nombreux courriers de la part d’étudiants en journalisme, intéressés de partager leurs travaux et écrits avec elle. Ainsi, elle est invitée à l’école de journalisme Thomas More, où elle enseigne encore aujourd’hui.

«Pour mes étudiants, j’ai écrit un autre livre que j’ai entièrement consacré à la communication interculturelle, publié en 2010 et que j’utilisais au début comme syllabus pour mon cours.»

Nadia Dala, écrivaine et chercheuse

Nadia Dala / Ph. DR.Nadia Dala / Ph. DR.

Dans cet établissement, Nadia Dala donne en effet des cours de Média et diversité. Ils bénéficient d’un grand succès, non seulement auprès des étudiants journalistes mais aussi auprès de ceux de la communication, «venus à chaque fois par centaines». La chercheuse a également donné des cours d’international reporting à l’Université de Georgetown aux Etats-Unis.

Une colère salvatrice contre la reproduction de discours dépassés

S’étant depuis longtemps saisies des questions liées à l’immigration en Belgique, à l’intégration et au monde arabe, Nadia Dala porte aujourd’hui un regard critique sur la qualité des débats qui agitent actuellement l’Europe, en rapport avec ces questions.

«Je pense que nous n’avons plus de débats de fond. C’est l’une des raisons pour lesquelles je n’y participe plus sur la scène publique. Nous reproduisons les même clichés et les mêmes stéréotypes d’il y a vingt ans.»

Nadia Dala, journaliste et écrivaine

Ainsi, Nadia Dala constate que «nous ne sommes pas suffisamment présents pour les jeunes et pour arrêter cette appropriation par des groupuscules, notamment en Belgique, parallèlement à un conservatisme de droite grandissant». Pour elle, ce sont les défaillances d’«un encadrement pour éduquer les jeunes au vivre-ensemble» qui fait défaut.

Au cœur de ces débats dans le contexte belge, Nadia Dala tance les politiques pour leur «manque de courage» à sortir des «populismes de gauche ou de droite». De ce fait, elle opte pour un engagement différent auprès des jeunes, notamment à travers l’enseignement et la transmission.

«Je suis apolitique, donc ma contribution se fait surtout à travers des articles que j’écrits pour des plateformes éducatives de jeunes, notamment News Decoder, afin de les informer en considérant qu’ils sont assez intelligents pour prendre les bonnes décisions.»

Nadia Dala, journaliste et écrivaine

Nadia Dala / Ph. DR.Nadia Dala / Ph. DR.

Dans un autre registre, la chercheuse donne des cours de yoga réparateur auprès de personnes souffrant de traumatismes physiques ou mentaux, afin de transmettre une nouvelle manière de «travailler sur soi». «J’ai beaucoup voyagé et vécu dans différents pays, ce qui m’a fait connaître des réalités tout aussi différentes les unes que les autres», nous explique-t-elle.

«Etant également issue de l’immigration et d’une famille fracturée, j’ai vécu des épreuves où j’ai dû garder la tête froide pour affronter le regard des autres. Par la nature de mon expérience journalistique, j’ai appris que pour avancer, il est nécessaire d’avoir un regard analytique sur les choses tout en étant dans l’apaisement», confie-t-elle.

Actuellement, Nadia Dala travaille sur le projet d’un roman, lié aux débats qui agitent actuellement la Belgique.

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