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Santé Publié

L’homéopathie encore en marge des médecines alternatives au Maroc

A contrario de la phytothérapie, l’homéopathie est encore peu démocratisée au Maroc. Fondée à la fin du XVIIIe siècle, elle ne fait toujours l’objet d’aucune étude ayant pu valider scientifiquement son efficacité.

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Photo d'illustration. / DR

Le gouvernement français a décrété la fin d’un débat qui courait depuis des mois : l’homéopathie ne sera plus remboursée par la sécurité sociale d’ici à un an et demi, a statué l’exécutif, marchant ainsi dans le sillage de la Haute autorité de santé (HAS) qui avait conclu à l’absence d’efficacité avérée de ces produits pharmaceutiques, rapporte l’Agence France-Presse. Au Maroc, la question du remboursement ou non de l’homéopathie ne se pose pas, tant cette médecine alternative semble encore en marge des circuits thérapeutiques. 

Il faut dire que malgré 180 ans de recherche, aucune étude n’a pu démontrer rigoureusement son efficacité, indique Le Monde. «Plusieurs dizaines d’années d’efforts de recherche n’ont jamais permis de montrer solidement que ces traitements ont un effet supérieur à un placebo, c’est-à-dire à un faux médicament qui n’agit que parce que la personne pense qu’on la traite», souligne-t-on de même source. Fondée à la fin du XVIIIe siècle par le médecin allemand Samuel Hahnemann, l’homéopathie a été introduite au Maroc pendant le protectorat, dans les années 1930, indique Hayat El Bouziani, auteure d’une thèse intitulée «Homéopathie au Maroc. Etude auprès des médecins et des pharmaciens d’officine à Rabat» (2016).

«A l’opposé de la psychiatrie»

D’après les résultats d’un questionnaire soumis à 72 médecins et pharmaciens d’officine, l’homéopathie n’est utilisée par la population marocaine qu’à hauteur de 1%, «tout en observant dans les dernières années une augmentation de la demande d’utilisation d’homéopathie selon la majorité des praticiens interrogés (72,5%)». La plupart des répondants (78,6%) ont déclaré que leurs patients ne connaissaient pas cette pratique thérapeutique. Il ressort également que 77,8% sont favorables à la prescription d’un traitement homéopathique à leur patient «du fait de l’absence d’effets secondaires et d’interactions médicamenteuses», mais 22,2% estiment au contraire que l’homéopathie ne peut être prescrite, pointant du doigt notamment un effet placebo et l’absence de fondements scientifiques attestant de son efficacité. L’étude montre encore que l’homéopathie est quasi absente au sein des hôpitaux marocains (88,6% des répondants).

Selon les données communiquées à notre rédaction par les laboratoires pharmaceutiques Bottu, distributeur exclusif de médicaments homéopathiques des laboratoires Boiron sur le marché marocain, le Maroc est classé deuxième en Afrique, après la Tunisie, en matière de consommation de médicaments homéopathiques, qui enregistre une évolution moyenne annuelle de 16% dans le royaume.

«L’homéopathie ne peut pas guérir toutes les maladies, surtout lorsqu’il est question de pathologies très lourdes d’ordre cardiovasculaire par exemple, mais elle a sa place dans le cadre d’une approche quotidienne», estime le Dr Hassan Chouta, médecin généraliste et homéopathe, contacté par notre rédaction. «Elle est efficace dans certains cas à condition que le praticien homéopathe pose le bon diagnostic, prescrive le bon traitement et extraie le bon phénotype du patient», c’est-à-dire ses caractéristiques anatomiques ou morphologiques propres, entre autres. «L’homéopathie, c’est à peu près l’opposé de la psychiatrie : la psychiatrie fait de la psychosomatique, tandis que l’homéopathie fait de la somatopsychique», résume le Dr Hassan Chouta. En d’autres termes, la psychiatrie se concentre sur l’influence de l’esprit sur le corps, tandis que l’homéopathie est plus relative à l’influence du corps et des processus biochimiques sur l’esprit.

Une hypothèse scientifique illusoire ?

Encore faut-il savoir comment est mise au point l’homéopathie. «L’homéopathie (…) est, à l’origine, une théorie qui postule qu’il faut ''soigner le mal par le mal''. Selon Samuel Hahnemann, le médecin fondateur de cette pratique, si certaines plantes donnent les symptômes d’une maladie à des patients sains, ils doivent également pouvoir soigner ceux qui ont ces mêmes symptômes à cause d’une véritable maladie. Mais pour éviter qu’ils ne soient vraiment nocifs pour les patients, Samuel Hahnemann décide de diluer ses préparations. Pour qu’elles conservent tout de même une efficacité, il suppose qu’il faut ''dynamiser'' ces préparations, c’est-à-dire, les secouer», indique Le Figaro.

Par exemple, «une dilution de ''12CH'' signifie que le produit a été dilué 12 fois, selon la méthode de dilution centésimale hahnemannienne (CH). (…) Plus le ''CH'' est élevé, plus le produit est dilué. Un produit à 12CH signifie en effet que l’opération a été répétée 12 fois», précise la même source.

«En principe oui il y a du sucre, mais c’est une dissolution, un message électromagnétique, électrochimique, c’est-à-dire que le produit n’existe pas. Le fait de diluer un produit dans des concentrations infinitésimales peut avoir un effet sur le plan organique ou psychique, en fonction de la dilution», soutient le Dr Hassan Chouta. «On parle également d’un message qui peut être porté par l’eau. Lorsque vous faites passer un produit en dilution, il peut être porteur d’un message qui va faire en sorte de provoquer l’inverse de l’effet pathogène», ajoute-t-il.

En fait, l’homéopathe marocain relaie en substance la théorie dite de «la mémoire de l’eau», qui fut à l’origine d’une vaste controverse scientifique à la fin du XXe siècle. En juin 1998, l’équipe du chercheur et médecin immunologue français Jacques Benveniste publie dans la revue scientifique Nature une étude soutenant que l’eau garde une «mémoire» des composés avec lesquels elle a été en contact, et valide ainsi les principes de l’homéopathie. Aussitôt publiée, l’étude et son auteur reçoivent une volée de bois vert de la communauté scientifique, qui dénonce un protocole expérimental controversé et soupçonne Jacques Benveniste de conflits d’intérêts. En juillet 1998, soit un mois après la publication de l’étude, des scientifiques publient, également dans la revue Nature, un papier titré «''High dilution'' experiments a delusion» («''Haute dilution'' expériences d’une illusion») et concluent que cette expérience n’est pas reproductible. Vingt ans plus tard, cette hypothèse ne fait toujours l’objet d’aucune validation scientifique.

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