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Société Publié

Maroc : Un collectif féministe réclame la dépénalisation des relations sexuelles hors mariage

Fouzia Assouli, présidente d’honneur de la FLDDF, entre autres, plaide en faveur d’une réforme du code pénal et de sa philosophie qu’elle juge encore très conservatrice et discriminatoire à l’égard des femmes.

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Photo d'illustration. / DR

Un collectif de plus de vingt ONG féministes marocaines ont réclamé, hier lors d’une conférence de presse à Rabat, la dépénalisation des relations sexuelles hors mariage, arguant qu’elles sont «une réalité de la société marocaine», indique l’agence de presse espagnole EFE. Une revendication formulée dans le cadre de la présentation des recommandations du collectif «Printemps de la dignité», alors que la Chambre des représentants examine actuellement la réforme du code pénal.

«Il ne faut pas criminaliser les relations consensuelles entre adultes, ou sinon une grande partie de la société marocaine serait en prison. La loi doit être réaliste et compatible avec les changements socioculturels que connaît le pays», a défendu Khadija Rougani, avocate au barreau de Fès et représentante du collectif. La militante a rappelé, chiffres du ministère de la Santé à l’appui, que «de nombreuses jeunes femmes ont des relations sexuelles très jeunes avant de se marier».

Dans un rapport publié en 2011, le ministère de la Santé indiquait que 88,7% des femmes âgées de 15 à 19 ans étaient célibataires, contre 59% pour la tranche d’âge 20-24 ans, 40% pour la tranche d’âge 25-29 ans et 10% pour la tranche d’âge 45-49 ans. Plus récemment, en 2018, l’enquête nationale sur la population et la santé familiale (ENPSF), réalisé par le ministère de la Santé, soulignait également que l’âge moyen au premier mariage était de 31,9 ans chez les hommes contre 25,5 ans chez les femmes, «enregistrant une nette différence entre les deux milieux urbain et rural».

Un flou juridique

«C’est une revendication que nous réclamons depuis très longtemps au nom du respect des libertés individuelles. Il n’y a aucune raison que la loi s’interfère entre individus adultes et consentants. Le Code pénal doit être fondamentalement revu ; toute sa philosophie conservatrice, contre les droits humains, doit être revue», soutient Fouzia Assouli, présidente de la Fondation euro-méditerranéenne des femmes (FEMF) et présidente d’honneur de la Fédération de la ligue démocratique des droits des femmes (FLDDF), contactée par Yabiladi.

La responsable associative juge «anormal que des relations entre adultes soient criminalisées» et dénonce un «flou juridique qui entretient l’amalgame entre prostitution et relations sexuelles hors mariage». Elle s’épanche : «Souvent, des femmes sont arrêtées et condamnées pour prostitution et racolage. C’est donc encore beaucoup plus grave, aussi bien sur un plan éducatif et pédagogique que sur un plan juridique.» 

Une loi plus sévère à l’égard des femmes ?

Fouzia Assouli s’inquiète par ailleurs de l’impact de la criminalisation des relations sexuelles «entre adultes consentants», insiste-t-elle. «Des jeunes filles et garçons ont été traumatisés de se voir demander par des policiers, alors qu’ils étaient dans l’espace public, quels genres de relations ils entretenaient entre eux, pourquoi ils étaient tous les deux… Certaines femmes ont même passé 24 heures au commissariat, voire 48 heures, et on leur a fait comprendre que si elles voulaient sortir, elles devaient reconnaître avoir eu des relations sexuelles. Or quand elles disent ça, elles prennent deux mois avec sursis», fustige la présidente d’honneur de la FLDDF.

De son côté, Ouafa Bentahila, avocate au barreau de Rabat, déplore que la loi criminalisant les rapports sexuels hors mariage «s’applique plus souvent aux femmes qu’aux hommes», nous dit-elle. «Y compris en cas de viol. Et lorsque le juge estime qu’il n’y a pas eu viol, alors la femme est jugée pour relations sexuelles hors mariage et l’homme, lui, s’en tire sans rien. Les femmes souffrent de cette loi, mais aussi du poids de la société», déplore-t-elle.

Ouafa Bentahila rappelle également qu’il est encore très difficile pour les femmes, en cas de naissance hors mariage, de faire des tests ADN de paternité. «Dans tous les cas, ce sont toujours et avant tout les femmes qui subissent les conséquences de cette loi», conclut-elle.

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