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Société Publié

Maroc : Le Minority Rights Group International s’inquiète du déclin des populations nomades

L’ONG internationale de défense des minorités ethniques pointe du doigt le changement climatique qui affecte le mode de vie des populations nomades, alimentant ainsi les conflits avec les populations sédentaires locales.

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Image d'illustration. / DR

Le Minority Rights Group International (MRG), une ONG de défense des minorités ethniques, religieuses et linguistiques et des droits des indigènes, a récemment publié l’édition 2019 de son rapport annuel intitulé «Tendances des minorités et des peuples autochtones». L’édition 2019 met l’accent sur l’impact du changement climatique sur les minorités et les peuples autochtones, du fait de la discrimination et de l’exclusion auxquelles ils sont confrontés partout dans le monde, et qui les exposent particulièrement à ses conséquences.

«Si la crise climatique n’épargne aucun pays ni aucune communauté, ses impacts sociaux accentuent les inégalités des populations les plus marginalisées. Les minorités et les peuples autochtones sont les premiers à en ressentir les conséquences, avant de nombreuses autres communautés», s’inquiète l’ONG.

Le changement climatique affecte le mode de vie des nomades

Le rapport illustre plusieurs cas de figure recensés en Afrique, en Europe, en Amérique, en Asie et Océanie et dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. Au Maroc, l’ONG fait état d’une «recrudescence des tensions entre pasteurs nomades et communautés sédentaires sur la terre et l’eau», dans un chapitre éponyme consacré à cette problématique.

D’après les estimations officielles, le nombre total de nomades présents au Maroc a considérablement diminué, passant d’environ 68 500 en 2004 à 25 300 en 2014. «Un nombre croissant d’entre eux s’est parallèlement déplacé dans la région du Souss à la recherche de terres», souligne Nourredine Bessadi, enseignant-chercheur à l’université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou, en Algérie, consulté par l’ONG. Et d’ajouter : «Ces groupes s’installent désormais plus longtemps, parfois sur des terres agricoles appartenant à des communautés à prédominance amazighe de la région. Une situation qui a conduit à des affrontements parfois meurtriers, d’autant que certains groupes de nomades seraient armés.»

Une description qui fait écho aux violents affrontements qui avaient éclaté, en mai 2018, entre les éleveurs nomades venus du sud du Maroc et des paysans du Douar Oulad Zekri (commune rurale El Gouraani, province de Safi), sans toutefois faire de blessés des deux côtés. 

Les populations nomades doivent également faire face aux pénuries d’eau ou au manque d’accès au pâturage, ajoute l’ONG dans son rapport. A titre d’exemple, la province de Guelmim, soumise aux aléas climatiques, s’est profondément transformée entre 2014 et 2015. Alors qu’en 2014 les précipitations avaient atteint 350 mm en moyenne dans cette province habituellement très marquée par l’aridité, les précipitations étaient passées sous le seuil des 50 mm journaliers l’année suivante. Les pâturages se sont effacés au profit d’une sécheresse extrême et les éleveurs n’ont pas pu continuer à entretenir leurs bêtes, contraints de les vendre à perte.

Une discrimination qui remonte à la période coloniale

Les pressions exercées par la baisse des pluies, conjuguée à une hausse des températures, «ont déjà contribué à l’érosion des communautés nomades traditionnelles, de nombreuses familles ayant été forcées de s’installer dans des zones urbaines pour survivre. Dans le même temps, pour ceux qui restent, les relations avec les communautés sédentaires sont devenues de plus en plus tendues», s’inquiète l’ONG.

Le Minority Rights Group International souligne également que si des groupes de nomades se sont installés dans la région du Souss pendant des décennies, «il s’agissait généralement de périodes bien définies du cycle de migration saisonnière qui se limitaient en grande partie à des zones spécifiques de pâturage».

Pour tenter d’enrayer ces conflits, un projet de décret sur la création, le développement et la gestion des zones pastorales a été approuvé par le Conseil du gouvernement au Maroc en avril 2018. Ce projet s’inscrit dans la mise en œuvre des dispositions de la Loi 113.13 sur la transhumance pastorale, la gestion et l’aménagement des espaces pastoraux. Il vise officiellement à mettre en place un cadre pour la gestion et le développement des zones pastorales afin d’assurer leur sécurité et leur durabilité. Une disposition qui ne convainc pas certains habitants du Souss, qu’ils considèrent «comme une simple extension des lois discriminatoires remontant à l’ère coloniale et une réponse inadéquate au besoin urgent de gérer le conflit entre résidents locaux et groupes de nomades».

Il faut dire que la colonisation française a transformé une sédentarisation volontaire et opportuniste en une contrainte. Les Français ont en effet amené avec eux de nouveaux moyens de transport, expliquait Robert Capot-Rey dans sa «Note sur la sédentarisation des nomades au Sahara», parue en 1961 dans les Annales de géographie. La fin des caravanes transsahariennes a porté un coup très dur aux groupements nomades, dont les Aït Atta, par exemple, faisaient partie. La colonisation installa un Etat central entravant les déplacements nomades par ses règlementations, ses nouvelles frontières. Elle imposa également un nouveau pouvoir politique qui combattit et divisa les différentes tribus des confédérations nomades.

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