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Société Publié

Le Maroc a encore du chemin pour mettre en œuvre la Convention des droits des enfants

A quelques mois du trentième anniversaire de la Convention des droits des enfants (CIDE), le temps est aux bilans au niveau de chaque pays signataire. Dans ce cadre, le tissu associatif marocain interpelle le gouvernement sur le respect des échéances quant à ses engagements internationaux en la matière, soulignant le retard de la mise en œuvre des plans d’action.

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Photo d'illustration / Ph. DR.

Le 21 juin 1993, le Maroc a ratifié la Convention internationale relative aux droits des enfants (CIDE) après l’avoir signée trois ans plus tôt, en émettant des réserves à l’égard de l’article 14 du texte, sur la liberté de conscience et de culte des enfants. Une réserve qui a été levée en 2006 conformément aux principes constitutionnels du pays, bien que la mise en œuvre du texte reste globalement un véritable chantier.

A l’approche du trentième anniversaire de la CIDE et à la veille de l’anniversaire de sa ratification par le royaume, plusieurs ONG sous la bannière de la Plateforme CDE regrettent le rythme lent de la mise en place de plans d’action, notamment la Politique publique intégrée de protection de l’enfance au Maroc (PPIPEM) pour 2015-2020.

Ce collectif constitué d’associations comme Insaf, Bayti, Solidarité féminine, 100% Mamans et SOS village d’enfants, entre autres, prévient quant à l’efficacité des réponses politiques à la vulnérabilité des enfants au vu des «lacunes» persistantes. Elle pointe du doigt également le manque d’engagement du gouvernement vis-à-vis du respect des recommandations de l’Examen périodique universel.

Souad Ettaoussi, spécialiste des questions des femmes et des enfants au sein de l’association Tahaddi pour l’égalité et la citoyenneté et directrice de l’Institution Tahar Sebti, est justement inquiète des failles auxquelles se confronte la mise en œuvre de plans et de stratégies nationales de protection de l’enfance. «Nous essayons tant bien que mal de gérer notre image sur le plan international mais au niveau local, nous savons bien que nous sommes loin d’opérationnaliser n’importe quel plan ou stratégie», nous explique-t-elle.

«Les textes de loi changent, mais il n’en est rien concernant la partie opérationnelle. Ce qui fait qu’aux fil des années, le contraste s’accentue de plus en plus entre ce que nous présentons à l’ONU et ce que nous mettons concrètement en œuvre.»

Souad Ettaoussi

Une volonté qui ne suit pas les actions

A l’image des associations rappelant au gouvernement ses obligations, Souad Ettaoussi reproche à celui-ci de ne pas mettre dans sa volonté «les moyens logistiques, humains et financiers permettant l’applicabilité de lois dont il se targue d’avoir adoptées». En d’autres termes, elle déplore «une démission du gouvernement en tant que gardien des services, notamment ceux qui garantissent l’évolution saine des enfants».

En 2011, le texte suprême a constitutionnalisé la protection de l’enfance dans son article 32. «La constitution a été réformée il y a huit ans, mais beaucoup d’articles qui devaient être renforcés par des lois organiques ne sont pas activés», indique la militante à ce propos, en décrivant un système national d’évaluation «catastrophique». Dans ce sens, elle reproche notamment aux médias de masse de ne pas accompagner l’évolution des discours et des actions en matière de protection de l’enfance.

Un autre frein sur le terrain qu’évoquent nombre d’associations, à l’image d’Insaf, est celui du statut des assistantes sociales, censées être un premier interlocuteur dans la prise en charge des enfants. En effet, si elles ne sont pas liées à un poste de la fonction publique, de la police ou de la gendarmerie, la loi ne reconnaît pas l’exercice de leur métier. Par conséquent, leurs rapports face à certains juges ou certaines administrations bénéficient de peu de crédit.

Ces assistantes sociales sont de moins en moins présentes dans les unités de protection de l’enfance aussi, faute de «logistique et de moyens pour en faire un levier de développement humain et non pas un espace où on aide les enfants à vivre avec leurs problèmes sans les résoudre avec eux», constate Souad Ettaoussi.

«Ces expériences ont prouvé, en grande partie, leur échec dans l’intégration des bénéficiaires au tissu économique et social et malgré les propositions et plaidoyers de la société civile, le gouvernement refuse d’opter pour une autre politique que ces centres-là.»

Souad Ettaoussi

Une éducation nationale défavorable à l’épanouissement de l’enfance

Directrice de l’Institut Tahar Sebti qui propose un modèle d’éducation inclusif et basé sur la participation des enfants à la gestion de leur établissement, Souad Ettaoussi considère que l’école marocaine «n’est pas encore outillée pour faire des citoyens autonomes et avertis». Elle déplore surtout que le milieu scolaire soit en grande partie un espace qui étouffe l’énergie créative des enfants, voire un espace de répréhension.

«Je serai curieuse de voir les résultats d’enquêtes nationales de nos institutions sur la violence contre les enfants, les nouveaux phénomènes auxquels nous sommes confrontés comme le suicide, la situation des plus petits dans les lieux fermés, ou combien de pensionnaires ces dernières années ont pu quitter des structures en réussissant grâce à ces dernières à intégrer leur environnement socio-économique», indique la militante.

Pour l’éducatrice, «tant que nos établissements d’enseignement se comportent encore avec les enfants comme des élèves et sont dans une démarche de ''remplir une fonction'' et non pas d’aider les enfants à renforcer leur intelligence ainsi que leurs capacités intellectuelles ou cognitives, nous ne pouvons pas prétendre à leur protection et à leur développement dans un cadre sain». Elle déplore ainsi une école qui «chosifie les enfants à travers une méthode d’enseignement qui repose sur la mémorisation et qui les réduit à une note en fin d’année sans les intégrer dans une approche de projets».

Pour une meilleure protection des enfants en conformité avec les engagements internationaux du Maroc, Souad Ettaoussi préconise en somme de capitaliser sur l’éducation. «Le système d’éducation et le milieu scolaire en tant que deuxième institution après la famille et le lieu du lien social doit y participer, ce qui nécessite une démarche pédagogique multidisciplinaire tenant compte de plusieurs compétences (orthophoniste, éducateur, psychologue, assistant social), ce qui ne fait pas encore partie des politiques publiques de l’éducation», conclut-elle.

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