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Grand Angle

Maroc : Des cités universitaires fermées aux étudiants médecins grévistes ?

En ce mois de juin, les réservations sont ouvertes aux étudiants qui bénéficient déjà d’un hébergement dans les cités universitaires. Mais les étudiants en médecine se sont fait notifier qu’ils ne pourront pas y avoir droit s’ils ne passent pas les examens de fin d’année, ce qu’ils considèrent comme un énième chantage pour casser leur mouvement.

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Cité universitaire Souissi I au campus Al Irfane de Rabat / Ph. DR.
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Depuis hier soir, des informations circulent sur l’éventuelle expulsion d’étudiants médecins de leurs logements dans les cités universitaires. S’ils n’ont pas été chassés pour le reste de l’année universitaire courante qui touche à sa fin, ils savent qu’ils ne pourront pas renouveler leur réinscription pour réserver leur hébergement d’ici septembre.

Cette annonce crée d’ores et déjà un tollé du côté des concernés, qui crient à l’intimidation, au chantage et à «une tentative malsaine de casser le mouvement de boycott». Depuis le 10 juin, le grève des examens enregistre en effet un taux de 100% dans toutes les universités publiques du pays.

Les moqqadems tenteraient de convaincre les étudiants

«Dans plusieurs villes d’origine des étudiants, les moqqadem et les cheikh contactent ces derniers et leurs proches pour leur dire qu’ils devraient regagner leurs salles d’examens dans les facultés, au risque d’avoir des ennuis, en plus du ministère de tutelle qui nous menace ouvertement d’année blanche», dénonce Ayoub Aboubiji, porte-parole de la Commission nationale des étudiants en médecine au Maroc.

Contacté ce vendredi par Yabiladi, ce dernier affirme aussi que si les concernés n’ont plus le droit de réserver leur hébergement pour l’année prochaine, «cela veut dire qu’ils sont virés de la cité universitaire sans raison valable».

«Les parents des étudiants restent solidaires avec leurs enfants, nous affirme cependant le porte-parole. Ceux parmi eux qui vivent dans les villes hébergeant des cités et des facultés de médecine proposent d’emblée d’héberger ceux venus de loin, au cas où cette décision serait maintenue». Dans l’absolu, Ayoub Aboubiji n’éloigne pas la possibilité de saisir la justice, au cas où toutes les voie de recours auprès des universités et des cités n’auraient pas porté leurs fruits pour faire annuler cette mesure.

Celle-ci suscite la colère parmi les étudiants, notamment Ayoub : «Ces étudiants sont admis à la cité universitaire sur la base de leurs notes et de leur travail sérieux, comment se fait-il que pour des objectifs du gouvernement, ils soient dépourvus de leur droit au logement et menacés de rester à la rue alors qu’ils ont encore des années d’études qui les attendent ? C’est cela que l’exécutif propose comme sortie de crise, dans le respect de la liberté de manifester qui nous est reconnue par la loi ?»

«Nous nous targuons d’une constitution démocratique qui protège la dignité de tous, alors que le gouvernement menace de nous mettre à la rue. Nous ne pouvons qu’être surpris des attitudes de nos responsables dans leur traitement de cette crise.»

Ayoub Aboubiji

Les étudiants et le gouvernement à couteaux tirés

«Dans nos communiqués, nous insistons toujours sur le fait d’être ouverts à toute forme de médiation. Nous avons proposé des solutions mais autant nous interagissons avec les médiateurs qui se proposent, autant nous restons confrontés à l’inaction totale du gouvernement», regrette encore Ayoub, précisant que les réponses des ministres de tutelle ne sont pas convaincantes jusque-là.

Et d’ajouter : «Même lorsque ce dernier dit avoir répondu à 14 de nos 16 revendications, nous ne considérons pas des propositions aux termes très vagues et sans dates d’échéances comme des solutions concrètes, d’autant plus qu’elles ont été suivies d’une escalade de la part de l’exécutif qui accuse des parties d’attiser la fronde en notre sein.»

Ce ne sont pas les premières pressions du genre que les étudiants disent subir, surtout depuis le début de la semaine et du boycott des examens. Dans ce sens, Ayoub Aboubiji souligne que la menace de redoublement représente «une effraction flagrante à la loi 01.00 portant organisation de l’enseignement supérieur».

«En vertu de celle-ci justement, le redoublement émane d’une décision pédagogique au sein de la faculté et de l’université avec un Conseil constitué de commissions et d’enseignants qui connaissent le niveau de chaque étudiant et où ces derniers sont démocratiquement représentés», explique-t-il.

«Le gouvernement dépasse toutes ces prérogatives pour étouffer nos revendications en prétextant notamment que nous serions tous politisés, alors que le boycott s’est déroulé sans violence et sans aucune confrontation, en défense du service public et du principe de l’égalité des chances.»

Ayoub Aboubiji

Depuis lundi, «les étudiants ne peuvent plus s’approcher des facultés car ils se sentent en danger», dénonce Ayoub qui fait état d’enceintes «assiégées par les forces de l’ordre et leurs véhicules», accessibles uniquement aux parents qui peuvent y aller.

«Nous souhaitons que ce problème trouve une solution au niveau central mais depuis notre réunion du 29 mai, nous n’avons plus eu de contact direct avec les ministères de tutelle», conclut-il en appelant une nouvelle fois le gouvernement à rapprocher ses opinions des revendications des étudiants.

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