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Terrorisme Publié

L’IRM cérébral de jihadistes marocains permet de mieux comprendre la radicalisation

Pour mieux comprendre le cheminement des pensées chez les jihadistes radicalisés, un groupe de chercheurs à Barcelone a examiné le cerveau d’Espagnols originaires du Maroc. Leur enquête conclut que l’extrémisme violent dans le cas des groupes islamistes peut être lié à l’exclusion sociale.

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Scanner du cerveau de trois participants à l'enquête d'Artis internaitonal. / Ph. Nafees Hamid et Clara Pretus

Afin de cerner le fonctionnement logique du cerveau des individus qui ont été endoctrinés à l’islamisme et au jihadisme, un groupe de chercheurs à Barcelone a effectué une série d’examens cérébraux sur un nombre de ressortissants espagnols originaires du Maroc et radicalisés.

«Les neurosciences du terrorisme : comment nous avons convaincu un groupe de radicaux de se laisser scanner le cerveau» est l’intitulé de cette recherche qui a été effectuée pour le compte de l’institut de recherche pluridisciplinaire Artis International. Il ressort de ses conclusions que l’extrémisme violent est un «phénomène social» principalement lié aux valeurs du sacré.

Pour arriver à cette affirmation, l’enquête du groupe de chercheurs a été menée à Barcelone auprès de plus de 535 jeunes hommes, dont 38 se sont déclarés prêts à se livrer à des actes de violence pour défendre des causes jihadistes.

Les participants marocains, qui ont accepté de se faire scanner le cerveau, ont été interrogés sur la création d’«un califat mondial, régi par des dispositions rigoristes de la charia et se menant un djihad armé», ont révélé les auteurs de cette enquête qui a été relayée par The Conversation.

Exclusion et valeurs sacrées

L’enquête explique que pour étudier le fonctionnement de leurs cerveaux, les participants originaires du Maroc ont été invités à participer à un jeu vidéo dans lequel trois autres jeunes joueurs espagnols (virtuels) passent une balle aux participants. Ces derniers ont ensuite été répartis en deux groupes. Pour l’un, le jeu continue normalement, tandis que pour l’autre, les personnages virtuels arrêtent de passer la balle pour leur donner un sentiment d’exclusion sociale.

En seconde étape de l’expérience, un débriefing a été effectué autour de sujets rattachés aux valeurs sacrées et non sacrées. Par ailleurs, toutes les phases de cette expérience ont été accompagnées d’un scanner des cerveaux.

En analysant les cerveaux des deux groupes, exclus et non exclus, les chercheurs ont mesuré «leur volonté de se battre et de mourir pour leurs valeurs sacrées», telles que l’interdiction des caricatures de prophètes et l’interdiction du mariage homosexuel, ainsi que d’autres valeurs «non sacrées mais importantes», notamment le port du niqab et l’enseignement de l’islam dans les écoles.

Les résultats de ces examens cérébraux suggèrent que les participants marocains des deux groupes ont montré une plus grande volonté de se battre et de mourir pour des valeurs sacrées plutôt que non sacrées. Les tests ont montré aussi que la défense des valeurs sacrées «activait le gyrus frontal inférieur gauche (IFG) – une zone associée aux activités mentales».

Contrairement aux participants qui n’ont pas été socialement exclus, ceux ayant eu ce ressentiment ont exprimé davantage leur envie de se battre et de mourir pour leurs valeurs importantes mais non sacrées.

Le degré de radicalisation dépend du degré d’exclusion sociale 

De ce fait, l’enquête a conclu que «l’exclusion sociale a rapproché les valeurs non sacrées de la place qu’occupent les valeurs sacrées dans la pensée des jihadistes», révélant que la détermination à participer à des actes de violence s’accroît en fonction du degré d’exclusion.

Outre les tests menés à Barcelone sur les radicaux marocains, le même groupe de chercheurs a effectué une enquête similaire sur de jeunes hommes originaires du Pakistan. Leurs données ont révélé que ces derniers étaient plus fortement radicalisés que les participants marocains, car plus exclus socialement.

Cette étude a ainsi révélé que le phénomène de radicalisation n’était pas nécessairement lié à des facteurs sociaux, environnementaux ou économiques et que le sentiment d’exclusion sociale pouvait, en plus de facteurs l’accompagnant, conduire à la radicalisation.

Pour une lutte contre la radicalisation plus efficiente, les chercheurs ont recommandé que ce phénomène social soit «combattu dans une approche sociale également, par le biais d’une gouvernance inclusive, de l’entourage proche et des médias».

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