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Société Publié

Maroc : A Tamesna, des chantiers mort-nés enterrent l’argent des réservataires

Il y a huit ans, une trentaine de personnes, des Marocains expatriée, vivant au Maroc et des étrangers, ont avancé des milliers de dirhams dans le cadre du projet Sekkala dans la ville nouvelle de Tamesna. Non seulement leurs appartements n’ont jamais vu le jour, mais l’entrepreneur chargé de l’ouvrage s’est retiré du pays, laissant ses clients sans livrable ni indemnisation.

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Le projet Sekkala à Tamesna est suspendu depuis le retrait du Portugais Lusopor, laissant les réservataires dans l'impasse.

En 2011 à Tamesna, une trentaine de personnes se sont regroupées pour avancer des sommes, dans le cadre de Sekkala, un projet immobilier du Portugais Lusopor, sous les auspices du groupe Al Omrane chargé de piloter l’édification de la ville nouvelle. Cependant, des immeubles qui devaient prendre forme n’ont jamais été livrés, notamment ceux des réservataires de Lusopor.

Après des prorogations de délais, un décès annoncé du gérant de l’entreprise lusitaine, des retards de livraison et peu de visibilité sur la suite de l’ouvrage, plusieurs ont perdu espoir de voir un jour leurs appartements finalisés, surtout après le retrait de l’entreprise du Maroc sans préavis. De ce fait, certains clients ont souhaité récupérer l’argent avancé, entre 100 000 et 600 000 DH chacun. Leur appel restera tel une bouteille jetée à la mer, à rebours même d’une décision de justice leur étant favorable.

Un flou entre Al Omrane et Lusopor

«Nous n’avons aucun contact avec la société qui a disparu dans la nature et aucune institution (ni le ministère de tutelle ni Al Omrane) ne répond à nos requêtes», regrette F.M., réservataire à hauteur de 100 000 DH dans le cadre du projet Sekkala. Si elle confirme à Yabiladi que plusieurs plaintes ont été déposées, les décisions de justice émises depuis n’ont pas pu être appliquées, «étant donné que Lusopor ne s’est jamais présentée au tribunal et a vidé son siège social au Maroc».

«J’ai versé 170 000 DH d’avance», nous affirme un autre réservataire du même projet. Il se souvient notamment que le livrable devait être rendu en 2011, «mais à la suite du décès du gérant de l’entreprise, l’échéance a été repoussée pour 2012, sans qu’elle ne soit respectée». «Même avant cela, on nous expliquait vaguement que le matériau importé mettait du temps à parvenir à Tamesna, que les banques rendaient les choses de plus en plus difficiles…», nous confie-t-il.

«Lorsque nous allons vers Al Omrane, on est confronté à une fuite en avant de ses responsables alors que c’est cette entreprise qui a fourni le terrain à Lusopor», confie-t-il. De quoi le client se pose des questions :

«Les propriétés sur lesquelles les travaux n’ont pas encore débuté ont été restitués à l’investisseur marocain, tandis que pour les autres, sur lesquelles nous avons mis notre argent, la situation est restée en suspens. Devons-nous en déduire qu’Al Omrane reprendre le reste des terres à très bas prix et en bénéficier plus tard?»

L'un des réservataires

En espérant trouver une issue à la situation, les réservataires ont envisagé différentes options pour solliciter les acteurs concernés avant de saisir la justice, sans jamais savoir comment récupérer leur dû. Ainsi, des courriers obtenus par Yabiladi ont été transmis à titre collectif au ministère de l’Habitat, à l’ambassadeur du Portugal au Maroc ainsi qu’à la Chambre portugaise de commerce dans le pays, en plus da la Wilaya de la région de Rabat.

F.M. nous affirme même avoir eu recours à la plateforme Chikaya.ma face à ces correspondances restées lettre morte, se confrontant encore une fois à une impasse.

Latifa Aït Amoudi, responsable juridique d’Al Omrane, explique à Yabiladi que suite au décès du gérant de Lusopor, les héritiers de ce derniers «n’ont plus été intéressés par l’investissement immobilier au Maroc». Ainsi, le chantier n’a pas été achevé «malgré les tentatives» du groupe marocain (nouveaux délais, facilités supplémentaires…), ajoute-t-elle. «Il a même été convenu, à un moment, de faire appel à un nouveau promoteur pour continuer l’ouvrage mais en vain», soutient-elle.

Al Omrane retarde-t-elle la restitution des avances ?

La responsable juridique d’Al Omrane indique que cette dernière a «dû recourir à un arbitrage, conformément à la convention avec Lusopor».

«Les audiences ont commencé il y a six mois et il a été décidé d’effectuer une expertise pour définir précisément l’état d’avancement des travaux qui permettra d’envisager la valeur des dédommagements à verser aux particuliers ou à l’entreprise [portugaise, ndlr].»

Latifa Aït Amoudi

Pour Latifa Aït Amoudi, cette expertise «permettra également de conclure si la qualité du bâtiment jusque-là mis sur pied est encore exploitable pour la continuité du chantier ou est-ce qu’elle nécessitera de raser le terrain».

Mais à la question de savoir ce qu’il en est pour celles et ceux parmi les réservataires qui ne souhaitent plus s’associer au projet, le processus semble plus complexe si l’on se tient à la lecture d’Al Omrane. «Dans ce cas-là, il faudra procéder à la conversion de la valeur des dépenses ayant été nécessaires pour les travaux effectués, soustraire les dédommagements que nous devons, de notre côté, à Lusopor pour préjudice à l’image de marque ainsi que ce que nous devons de notre côté au Portugais, et le reste sera restitué aux demandeurs», explique Latifa Aït Amoudi.

Celle-ci veut également rassurer sur le fait qu’«aucun de la trentaine de réservataires ne sera laissée». Toujours est-il que ce scénario semble se contredire avec la décision de justice, qui prévoit un remboursement à 100% aux réservataires qui se retirent. C’est en tout cas ce que réitère auprès de Yabiladi une source proche de ce dossier.

«L’une des réservataires, munie de son compromis de vente et ayant versé plus de 110 000 dirhams, a obtenu gain de cause mais faute de trouver à qui déclarer ce jugement, la décision n’est pas appliquée alors que les entrepreneurs doivent s’y tenir et convenir qui parmi eux doit avancer la somme en cas de retrait du partenaire étranger.»

Une source proche du dossier

Notre source indique par ailleurs que «le titre foncier de ce projet est saisi judiciairement à plusieurs reprises», mais que «les réservataires voulant se retirer sont lésées et doivent être indemnisés, qu’ils soient étrangers, Marocains résidant à l’étranger ou d’ici».

Pour notre interlocutrice, «si l’un des représentants de Lusopor dont la responsabilité est reconnue juridiquement retourne au Maroc et que les procédures nécessaires sont effectuées, il se peut qu’il fasse l’objet d’une arrestation sur la base de preuves quant à son lien avec le projet». Contacté au Portugal par Yabiladi à plusieurs reprises depuis la semaine dernière pour commenter l’affaire, Lusopor n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Par ailleurs, «si Al Omrane considère qu’il faut commencer par évaluer la valeur de l’ouvrage effectué avant de rembourser des réservataires, elle doit d’abord se tenir à la décision du juge approuvant un remboursement à 100%», ajoute encore notre source.

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