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L’Aïd el-Fitr et la fin du ramadan relatés par les médias français au début du XXe siècle

Dans la France des années 1930, la fête de la fin du ramadan, ou l’Aïd el-Fitr, était annoncée à coups de canons dans les villes. Avant la disparition de cette tradition, les festivités du mois comme la célébration de sa fin étaient notamment relayées dans la presse de manière large.

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La grande prière du 27ème jour du ramadan dans la ville de Béjaïa début du XXe siècle. / Source : @kabyl06 via Twitter

Alors que de nombreux musulmans à travers le monde fêtent ou se préparent à fêter la fin de ramadan, la presse internationale consacre, selon les supports, une couverture médiatique pour accompagner cette célébration, notamment en relayant les vœux de responsables politiques à la communauté musulmane, en retransmettant une partie de la prière de l’Aïd depuis les grandes capitales ou encore en évoquant les spécialités culinaires de cette fête en fonction des régions.

Dans les années 1930, la presse française s’intéressait notamment aux traditions qui accompagnaient la fin du ramadan dans le pays. Le Petit journal, quotidien cependant conservateur, faisait partie de ces supports qui décrivaient les festivités, comme dans son édition du 6 janvier 1935 numérisée sur Retronews. «Un coup de canon dans les villes, le chant du marabout dans les campagnes annonceront ce soir que la période d’abstinence s’achève», écrivait le journal.

France Culture expliquait que cette année-là, le support s’intéressait notamment au jeûne dans le cercle polaire comptant 23 heures d’ensoleillement. Citant la Mosquée de Paris, il expliquait que le Coran permettait de «prendre une moyenne car le ramadan n’est pas une épreuve inhumaine».

Une approche pédagogique pour mieux connaître les rites de l’Aïd

D’après les archives de journaux disponibles à la Bibliothèque nationale française (BNF), le traitement médiatique de l’Aïd à cette époque-là était plutôt explicatif et descriptif. Il relatait le déroulement de cette fête dans certains pays musulmans, notamment ceux qui furent colonisés par la France, comme l’Algérie, ou encore les traditions perpétuées par les populations musulmanes vivant dans l’Hexagone, non sans une pointe d’orientalisme. Le traitement passait également par une couverture des festivités à la Mosquée de Paris, comme le fit Paris Soir en 1936 en décrivant gâteaux et autres douceurs partagées à l’occasion.

La presse française s’intéressa également au déroulement de l’Aïd et du ramadan de l’autre côté de la Méditerranée. Ainsi, l’édition du 16 août 1936 de l’hebdomadaire féminin La femme de France y consacra un papier depuis la Tunisie et notamment dans la région de Tozeur, où la rupture du jeûne se faisait autour de tables dressées en plein air après l’appel du muezzin.

La journaliste Claire Charles-Géniaux y décrivait notamment l’ambiance des longues journées de jeûne où il était difficile de trouver un magistrat ou un fonctionnaire en plein service. «Le ramadan correspond à notre carême mais il en diffère totalement», développa l’écrivaine.

«Alors que chez nous le carême était et est encore pour quelques chrétiens rigoristes une saison de pénitence accompagnée de jeûnes, de prédications, de bonnes œuvres et d’abstinence de toutes gourmandises et de tous plaisirs, le ramadan partage la journée en deux parts bien strictes», expliqua-t-elle encore en évoquant la période de jeûne et d’iftar en fin de journée. Elle cita notamment un musulman rencontré en Tunisie : «Ce qui me prive le plus, c’est de ne pas fumer.»

«Lorsqu’il a lieu en hiver, pendant les jours courts de l’année, le jeûne est moins long et moins pénible que pendant l’été ; car même par la plus excessive chaleur, il est interdit de boire une goutte d’eau.»

Claire Charles-Géniaux dans La femme de France

Quant au Figaro, il décrivit certains mets habituellement partagés durant l’Aïd, tout en rendant compte de l’ambiance conviviale et de l’esprit de partage qui régnaient sur cette fête. Jeanne Puech, qui signait sous Jehan d’Ivray, mariée à un Egyptien, écrivait ses chroniques à ce sujet depuis Le Caire en 1906, notant une «fête générale» où le peuple avait «part de toutes les joies».

Les premiers reportages radiophoniques transmettant les ambiances de l’Aïd

Si les évocations du ramadan étaient de plus en plus nombreuses depuis les années 1930, les archives disponibles sur Retronews firent découvrir notamment des articles consacrés à cette période de fêtes au XIXe siècle.

Ce fut le cas dans l’édition du 11 février 1897 du Petit parisien, qui décrivait «le Carême des mahométans» en expliquant qu’il faisait partie des piliers de l’islam, passages coraniques à l’appui rappelant une conversation avec le Prophète Mohammed. Plus tard, la radio permit de transmettre ces ambiances en son.

«Dans les archives radiophoniques, la toute première évocation du ramadan remonte à 1938, avec un sujet sur le mois de jeûne en Tunisie», rappela France Culture dans ce sens, notant qu’en 1946, un reportage sonore de trois minutes raconta la fin du ramadan à la Mosquée de Paris, au son de percussions traditionnelles et de chants religieux.

«Malgré la piètre qualité du son» ce document permettait de replonger dans l’ambiance de la fin de ramadan à travers «un traitement bienveillant de l’islam par les médias à l’époque», nota la radio en permettant de réécouter le reportage qui se terminais par les vœux du journaliste Claude Darget à la communauté musulmane établie dans la capitale française.

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