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Environnement Publié

Maroc : Zéro Mika mais toujours autant de plastiques sur les plages ?

Bien plus que les déchets en plastique abandonnés directement sur les plages, les cours d'eau charient une quantité d’ordures qui sont ensuite déversées dans les mers et les océans.

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Des vagues de déchets s'échouent sur le littoral de la République dominicaine. / Ph. maxisciences

Le ramadan et ses ftours organisés sur les plages n’ont pas le monopole de la pollution, en mer en l’occurrence. «Certes, les déchets qui sont abandonnés sur les plages sont un facteur polluant, mais c’est vraiment infime par rapport à ce qui est emporté par les rivières et les oueds. En cas de fortes pluies, les ordures qui y sont jetées, notamment dans les douars proches des côtes, sont emportées par les cours d’eau qui se jettent dans les mers et les océans», nous explique Christophe Rebecchini, fondateur de l’ONG Surfrider, basée à Agadir, qui milite pour la protection des océans et des littoraux.

Dans le monde, huit fleuves d’Asie et deux fleuves d’Afrique déversent environ 90% du plastique qui se retrouve dans les océans. «Dans les mers, le plastique s’accumule et se dégrade sous forme de microparticules quasi invisibles, contaminant les animaux marins qui confondent ces déchets avec le zooplancton», explique la revue National Geographic. Parmi les nombreuses illustrations de ce désastre écologique, l’invasion par des tonnes de plastique des plages réputées paradisiaques de l’île de Saint-Domingue, l’année dernière en République dominicaine. «La grande majorité des déchets a été rejetée par le fleuve Ozama», expliquait l’un des bénévoles d’une opération de nettoyage. Le fleuve se jette ensuite dans la mer des Caraïbes.

Réseaux clandestins

Au Maroc, un début de prise de conscience a été permis à la faveur de l’opération «Zéro Mika». Près de trois ans après l’entrée en vigueur, le 1er juillet 2016, de la loi n°77-15 interdisant la fabrication, l’importation, l’exportation, la commercialisation et l’utilisation des sacs en plastique, cette vaste campagne de sensibilisation peut se targuer d’avoir apporté les effets escomptés. «On observe un changement de comportement auprès des citoyens. Les gens commencent peu à peu à prendre de nouvelles habitudes, notamment dans les grandes villes et les grandes surfaces. Ils sont de plus en plus nombreux à ramener eux-mêmes leurs propres sacs en toile», se réjouissait Lotfi Chraibi, président de l’Association marocaine pour un environnement durable (AMED). «D’autres ramènent carrément leurs grands paniers, comme il était de coutume de le faire autrefois», s'est-il encore réjoui.

En juillet 2018, à l’occasion d’une rencontre sur l’avancement de la mise en œuvre de la loi 77-15, Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie, de l’investissement, du commerce et de l’économie numérique, avait toutefois reconnu la persistance de dépôts clandestins de fabrication de sacs en plastique… quand ces derniers ne sont pas importés. Mercredi 29 mai 2019, les éléments de la Douane de la Direction régionale de l’Oriental ont ainsi intercepté, au poste de Barrio Chino, à Nador, 7 tonnes de sacs en plastique. Les éléments de la Douane ont découvert cette quantité de sacs cachée dans des ballots supposés contenir des vêtements et chaussures usagés en provenance de Melilla.

Vers une interdiction des produits jetables en Europe d’ici 2021

Deux jours plus tard, le ministère de l’Industrie procédait également à la suspension des autorisations d’approvisionnement en polyéthylène pour sept entreprises industrielles opérant à Casablanca. Une décision qui intervient conformément à la loi n° 77-15, après que sept sociétés eurent alimenté, en polyéthylène, des ateliers clandestins de fabrication de sacs plastiques interdits. Situés à Had Soualem et Mohammedia, ils avaient été démantelés en décembre 2018.

En Europe, l’arsenal législatif en matière de lutte contre le plastique a aussi été étoffé. En décembre 2018, le Parlement et le Conseil européens étaient parvenus à un accord pour interdire huit familles de produits jetables d’ici 2021 : couverts, assiettes, pailles, contenants alimentaires et gobelets en polystyrène expansé, touillettes, cotons-tiges et tiges pour ballons. Une mesure qui devrait permettre aux océans et aux plages de s’alléger un peu et de reconstituer une partie de leur écosystème. Et pour cause, ces catégories de produits jetables représentent 70% des déchets qui s’y échouent. Le Maroc, qui avait devancé plusieurs pays européens sur l'interdiction des sacs en plastique, embrayera-t-il sur l'interdiction des produits jetables en plastique ?

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