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Archive Histoire   Publié

Biopic #29 : Gibran Khalil Gibran, précurseur de la New Wave littéraire arabe

Si la poésie et la littérature arabe modernes avaient un prophète, il s’appellerait Gibran Khalil Gibran. En effet, il fut un précurseur de la littérature moderne au moment où le Moyen-Orient se séparait peu à peu de son affiliation à l’Empire ottoman. Sa vie entre les Etats-Unis et le Liban inspira nombre d’auteurs qui se retrouvèrent autour de lui pour créer cette Nouvelle Vague.

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Gibran Khalil Gibran / Photomontage Mohamed El Majdouby - Yabiladi.com

Gibran Khalil Gibran fut l’un des poètes et écrivains arabes les plus importants et les plus célèbres du XXe siècle. Celui qui publia ses ouvrages en arabe et en anglais était en effet un précurseur de la renaissance littéraire arabe moderne, autant dans la poésie que dans les autres genres d’écriture. Il était aussi un grand plasticien, un peintre et un sculpteur distingué.

Cet écrivain et artiste naquit le 6 janvier 1883 à Bcharré, dans le nord du Liban actuel, au sein d’une famille chrétienne maronite. Le prêtre de son village l’initia aux sciences bibliques, jusqu’à sa migration avec sa famille vers les Etats-Unis, en juin 1895. Là-bas, il obtint la citoyenneté américaine, mais il revint au Liban à l’âge de 15 ans pour rejoindre une école maronite. En 1902, il repartit encore pour les Etats-Unis.

Grâce à ses enseignants, Gibran commença à se faire connaître comme un jeune artiste au talent prometteur. Il tint ses premières expositions et publia ses premiers livres, après avoir été illustrateurs de premières de couvertures. Il sortit peu à peu de l’anonymat et devint ainsi un grand auteur et créateur.

La «New Wave» arabe qui se démarqua des autres

18 ans plus tard, l’auteur était toujours au pays de l’Oncle Sam. Il s’entoura d’autres écrivains, poètes et intellectuels arabes, avec lesquels il créa la Ligue de la plume (Al Rabita Al Qalamiah) dans l’idée de constituer un courant nouveau dans la littérature arabe. Dans son livre «Les grands noms de la littérature arabe», Khaled Youssef rappela que l’assemblée constitutive de l’association se tint le 28 avril 1920. «Ses statuts furent mis en place par Mikhail Naimy et la présidence fut confiée à Gibran», écrivit le chercheur.

Cette Ligue incarna rapidement un renouveau dans l’écriture littéraire arabe en proposant un style particulièrement créatif, dans le fond comme dans la forme. Mohamed Al-Hawari l’expliqua dans «Auteur de la littérature arabe» avec ces mots : «La Ligue de la plume insuffla un nouvel esprit dans la poésie et l’écriture littéraire arabe. Elle était résolument opposée au classicisme et revendiquait une littérature plus proche de la vie quotidienne. L’expérience de l’écriture s’ouvrit alors à des horizons différents qui la distinguèrent singulièrement des anciens modèles établis.»

Ainsi, Gibran Khalil Gibran interagissait à travers l’écriture et se saisissait de toutes les problématiques de son temps. De quoi faire sortir hommes politiques et responsables religieux de leurs gonds, au temps où les carcans traditionnalistes dictaient nombre de règles de la vie publique. Dans son livre consacré à cet auteur, Iskandar Najjar expliqua en effet que les écrits de Gibran «agaçaient les autorités».

S’il revendiquait un nouveau courant littéraire, ses positions politiques étaient aussi influencées par son expérience personnelle vécue avec sa famille. En effet, lorsque le père de Gibran s’était endetté, il se mit au service d’un chef de guerre local désigné par les Ottomans. Sur fond de rumeurs concernant un détournement de fonds, il fut incarcéré et les biens de sa famille confisqués.

Ainsi commença la vie du poète, partagée entre l’actuel Liban et les Etats-Unis. Sa sœur ainée, Kamlé, migra en premier dans ce contexte. Le reste de la famille la rejoignit ensuite à Boston et l’écrivain vécut la majeure partie de sa vie dans le pays, où vécut des périodes douloureuses de décès entre celui de sa petite sœur, de sa mère et de son père, tandis que Kamlé tentait de subvenir aux besoins quotidiens en travaillant dans la couture et le textile.

Un écrivain qui s’opposa à l’extension des Ottomans

En cette période d’essoufflement de l’Empire ottoman, Gibran contestait de manière acerbe le joug des dirigeants turcs et la force de son verbe donna encore plus de valeur à ses écrits. Autant dire que ces derniers s’inscrivaient dans une qualité d’écriture aussi recherchée qu’accessible. L’originalité de son œuvre se confirma avec la sortie de son recueil de poèmes «Le Prophète» en 1923. Traduit plus tard en anglais, il se popularisa considérablement durant les années 1960. L’académicien George Nicolas El-Hage, lui, compara cette œuvre poétique à celle de William Blake.

Dans une lettre datée du 15 mars 1908, Gibran Khalil Gibran faisait part de ce qu’il pouvait payer comme prix pour ses idées :

«Les gens en Syrie me traitent d’infidèle et les écrivains égyptiens me critiquent en me présentant comme l’ennemi des lois ancestrales, des liens familiaux et des traditions.»

Gibran Khalil Gibran

Gibran était ainsi l’un des écrivains qui combattaient farouchement le suivisme arabe derrière l’Empire ottoman (1299 – 1923). En raison de son appartenance à la chrétienté, il tenait cependant à clarifier que sa position n’émanait pas d’un sentiment sectaire et hostile à l’islam, mais qu’il exprimait une opinion plus globale qui contestait la récupération politique de toutes les religions.

Il l’expliqua notamment dans une lettre ouverte intiulée «Message d’un poète chrétien aux musulmans» :

«Je déteste l’Empire ottoman parce que j’aime les Ottomans. Je déteste l’Empire ottoman parce que j’ai en moi la profonde amertume de voir des nations à la merci de l’hégémonie ottomane.Je déteste l’Empire ottoman parce que j’aime l’islam et sa grandeur. Parce que j’ai l’espoir que sa gloire revivra.Je n’aime pas les virus, mais le corps qu’ils ont infecté, pas la paralysie mais les parties affectées par cette paralysie.Je respecte le Coran, et je méprise tous ceux qui l’utilisent pour contrecarrer les efforts des musulmans voulant vivre autrement, comme je méprise ceux qui considèrent la Bible comme un moyen de gouverner les chrétiens.»

Gibran Khalil Gibran

A New York, Gibran décéda le 10 avril 1931 à l’âge de quarante-huit ans. Inhumé sur place, sa dépouille fut transféré l’année d’après au Liban.

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