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Santé Publié

Maroc : Le burn-out, un tabou qui peine à sortir de l’ombre

Malgré la persistance des symptômes, les personnes atteintes d'épuisement professionnel sont très peu nombreuses à oser demander l’aide d’un thérapeute, tiraillées entre culpabilité et perfectionnisme.

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Au Maroc, l’épuisement professionnel demeure confiné aux tabous, comme c’est généralement le cas des troubles relatifs à la santé mentale. / Ph. Catherine Labombarde

Quarante ans qu’il est identifié mais toujours pas de reconnaissance. Alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé lundi que le burn-out, ou syndrome d’épuisement professionnel, venait de faire son entrée dans la nouvelle Classification internationale des maladies, l’agence onusienne a finalement apporté hier une rectification : le burn-out était en fait déjà dans la classification précédente sous le chapitre «Facteurs influençant l’état de santé», indique le site Futura Sciences.

«L’inclusion dans ce chapitre signifie précisément que le burn-out n’est pas conceptualisé comme une condition médicale mais plutôt comme un phénomène lié au travail», a rectifié un porte-parole de l’OMS dans une note aux médias. Le burn-out passe, en réalité, de la catégorie «facteur influençant l’état de santé» à celle de «phénomène lié au travail», mais sans entrer dans la liste des «maladies», rapporte l’agence France-Presse (AFP). Celle-ci précise que «le burn-out n’est plus considéré comme un simple facteur, mais [qu’]il est reconnu comme une entité».

Cette rétrogradation permet toutefois d’espérer une reconnaissance prochaine de l’épuisement professionnel comme maladie. Il est décrit comme «un syndrome (...) résultant d’un stress chronique au travail qui n’a pas été géré avec succès» et qui se caractérise par trois éléments : «un sentiment d’épuisement», «du cynisme ou des sentiments négativistes liés à son travail» et «une efficacité professionnelle réduite».

Les travailleurs hospitaliers particulièrement concernés au Maroc

Au Maroc, l’épuisement professionnel demeure confiné aux tabous, comme c’est généralement le cas des troubles relatifs à la santé mentale, observe Ayman Elmajdouli, psychologue du travail au CHU de Marrakech et régulièrement confronté à des cas de burn-out, en l’occurrence dans le milieu hospitalier. «Les personnes qui sont très sollicitées émotionnellement, comme c’est le cas dans le secteur hospitalier, sont particulièrement exposées à un risque de burn-out», remarque-t-il.

En 2013, les résultats d’une enquête sur le syndrome d’épuisement professionnel chez les personnels d’anesthésie réanimation de quatre hôpitaux universitaires marocains, indiquaient que les «scores élevés d’épuisement émotionnel, de dépersonnalisation et bas d’accomplissement personnel étaient observés respectivement chez 48%, 21% et 43% des personnes interrogées, correspondant à un score élevé d’épuisement professionnel de 70% dans la population des soignants». L’enquête précisait que les médecins résidents et les infirmiers étaient les plus exposés. En cause, «l’organisation défaillante des services, la crainte de l’erreur médicale ainsi que le salaire non satisfaisant».

Ayman Elmajdouli dénombre trois dimensions du surmenage :

«Il y a d’abord une perte d’énergie, physique et mentale, et la frustration de se sentir impuissant face à une situation problématique.»

Ayman Elmajdouli 

Les psychiatres parlent également d’anhédonie, un symptôme médical qui se définit par «l’incapacité d’un sujet à ressentir des émotions positives lors de situations de vie pourtant considérées antérieurement comme plaisantes». A cela s’ajoute la dépersonnalisation, qui concerne les relations interpersonnelles. «On constate chez le sujet une perte d’empathie, une froideur émotionnelle, une irritabilité et une tendance à la culpabilisation. Les relations interpersonnelles deviennent alors défectueuses pour lui»,poursuit Ayman Elmajdouli.

Burn-out et dépression, plusieurs symptômes partagés

A un stade très avancé, on parle aussi d’une «déshumanisation dans la relation à l’autre qui peut conduire à des agressions verbales et physiques». Enfin, troisième composante : la dimension de «l’accomplissement personnel», terme auquel l’OMS préfère celui d’«efficacité professionnelle». Le psychologue de préciser : «On remarque une dévalorisation du travail. La personne revoit son système de valeurs, estime que son travail n’est pas intéressant et cultive un sentiment d’incompétence et de dévalorisation.»

«Ces trois dimensions sont essentielles pour reconnaître le burn-out en tant que pathologie.»

Ayman Elmajdouli

Pourtant, le praticien remarque que les salariés sont peu nombreux à pousser la porte de son cabinet. «Beaucoup ne conçoivent pas qu’à un moment donné, ils doivent arrêter. Ils se disent qu’ils sont capables d’aller jusqu’au bout malgré les symptômes d’épuisement qui vont parfois jusqu’à les envahir totalement. Les notions de culpabilité et de perfectionnisme sont très présentes», jusqu’à conduire à la dépression, avec laquelle le surmenage partage plusieurs symptômes. «Si les symptômes sont liés au travail, alors on parle d’épuisement professionnel. La dimension professionnelle est la principale caractéristique du burn-out sur un plan clinique», souligne le psychologue.

Le registre de l’OMS précise en effet que le burn-out «fait spécifiquement référence à des phénomènes relatifs au contexte professionnel et ne doit pas être utilisé pour décrire des expériences dans d’autres domaines de la vie».

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