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Société Publié

«Connaître le code de la route, c’est bien, avoir une culture de la sécurité routière, c’est mieux» [Interview]

Abdessadek Maafa, chef de la division communication et sensibilisation au sein du Comité national de prévention des accidents de la circulation (CNPAC), insiste sur la nécessité d’inculquer aux jeunes conducteurs, voire aux plus jeunes encore, une culture de la sécurité routière afin de favoriser les comportements préventifs.

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Photo d'illustration. / DR

La Stratégie nationale de la sécurité routière 2017-2026 table sur la réduction, à l’horizon 2026, de la mortalité routière de moitié par rapport à son niveau actuel, soit moins de 1 900 tués sur les routes en 2026, avec un objectif intermédiaire de ne pas dépasser 3000 tués en 2020. Des chiffres que le Comité national de prévention des accidents de la circulation (CNPAC) juge réalistes et atteignables. Il salue la tendance baissière, en 2018, du bilan provisoire des statistiques des accidents corporels de la circulation routière, d’après des données du Comité communiqués à notre rédaction. Cette baisse est de l’ordre de -0,4% pour les tués, soit l’équivalent de 14 morts de moins qu’en 2017.

Pourquoi les routes marocaines sont-elles si mortelles ?

Je n’aime pas dire que ce sont les routes qui sont mortelles. Après tout, qui est derrière ce fléau ? C’est bien l’humain. D’après les statistiques que nous avons et les études que nous menons sur le terrain, ainsi que celles qui sont réalisées à l’échelle internationale, le facteur humain en tant que facteur causal lors des accidents de la route dépasse les 90%. Lorsqu’on parle d’accidents mortels, il est systématiquement question de vitesse, en l’occurrence de vitesse non réglementaire.

Les causes sont donc étroitement liées au non-respect du code de la route et au non-port de la ceinture de sécurité. Car même si le port de la ceinture de sécurité n’empêche pas l’accident, il diminue de 50% le risque de mortalité. Chez les conducteurs de deux-roues, qui comptent parmi les usagers vulnérables, le non-port du casque, de surcroît homologué, est un facteur aggravant. Neuf fois sur dix, en cas d’accident, la tête heurte directement le sol.

Le gouvernement table sur une réduction de 50% du nombre de morts sur les routes à l’horizon 2026. Cet objectif vous paraît-il atteignable ?

Oui. La deuxième stratégie du Maroc, étalée sur dix ans, a établi un certain nombre d’objectifs qui, pour la première fois, sont chiffrés et s’appuient sur un certain nombre de principes et d’orientations stratégiques. Nous sommes sur la bonne voie, d’autant qu’on enregistre chaque année une diminution du nombre de morts sur les routes. Sans stratégie, on a parfois atteint des augmentations de 5 à 6% du nombre de tués. Il est donc important de continuer à mobiliser davantage l’ensemble des intervenants.

La sécurité routière, c’est l’affaire de tous : de l’Etat, du gouvernement, des médias et des ONG. De plus, nous attendons la création de l’Agence nationale de sécurité routière, qui sera fédératrice de l’ensemble des efforts qui sont déployés dans ce domaine.

Autre volet important : les jeunes conducteurs. Quelles améliorations peuvent être apportées dans le cadre de leur formation ? Les auto-écoles les sensibilisent-elles suffisamment aux dangers de la route ?

Il y a en effet tout un travail à faire en matière d’éducation routière, car l’obtention du permis de conduire, ce n’est qu’«un» permis. Il ne suffit pas de savoir évaluer l’état mécanique d’un véhicule et de comprendre la signification des panneaux de signalisation et les manœuvres de conduite ; il faut avoir une culture de la sécurité routière. N’importe quel conducteur, mais surtout les novices, doit apprendre à considérer la route à travers le prisme de la sécurité routière ; connaître le code de la route, c’est bien, avoir une culture de la sécurité routière, c’est mieux.

Au CNPAC, nous avons mis en place tout un programme de sensibilisation et d’information pour les jeunes conducteurs. Nous menons des séances de formation toute l’année au profit des auto-écoles dans le cadre de partenariats. Il y a également tout un travail à faire auprès des plus jeunes. Les enfants de moins de 14 ans représentent un axe stratégique de la sécurité routière. Nous avons d’ailleurs des plans de sensibilisation et d’informations dans les établissements scolaires et lors des colonies de vacances afin d’ancrer, véritablement, cette culture de la sécurité routière.

Les contrôles radars sont-ils suffisants selon vous ?

C’est le nombre de radars qui n’est pas suffisant, c’est pourquoi le Maroc va acquérir un nombre plus élevé de radars mobiles et fixes. Je pense qu’à travers cet outil de contrôle, on peut impacter directement le comportement des usagers de la route. Mais plus globalement, le contrôle routier ne concerne pas que la vitesse, même si c’est certes un facteur causal aggravant. En réalité, il concerne aussi le port du casque, la conduite sous influence – de l’alcool notamment –, les enfants de moins de dix ans au niveau des sièges et l’état mécanique des véhicules.

Le plus important, c’est la prise de conscience du citoyen marocain, qui est primordiale. Il faut l’exhorter à respecter les dispositions du code de la route, vulgariser davantage, corriger les attitudes négatives et récurrentes des usagers. Ce n’est qu’à travers cette mouvance dynamique que les choses changeront.

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