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Quand le Maroc se dotait d’une Assemblée consultative après son indépendance

De novembre 1956 à fin mai 1959,  l'Assemblée nationale consultative a servi d'école pour la classe politique marocaine. Une parenthèse dominée par l’Istiqlal, une influence qui a précipité sa chute.  

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Cinq mois après son indépendance, le 2 mars 1956, le Maroc se dotait d’une Assemblée nationale consultative. Une instance souhaitée par le roi Mohammed V et mise en place d’un commun accord entre la monarchie et les leaders du mouvement nationaliste alors que le pays n’avait pas encore de constitution.

Le 17 août 1956 fut promulgué au Bulletin officiel le Dahir portant création d’une Assemblée sans réellement de pouvoirs décisionnel et législatif. Malgré la désignation des 76 membres, cette expérience «a réuni en son sein des forces politiques, économiques, sociales et religieuses» écrit le Français Pierre Ebrard dans son livre «L'Assemblée nationale consultative marocaine» publié en 1962.

Ainsi, l’Istiqlal comptait 10 représentants ; 6 pour le Parti Démocratique de l’Indépendance de Mohamed Hassan Ouazzani ; 6 pour des personnalités sans appartenance politique ; 10 pour l’unique syndicat de l’époque l’Union Marocaine du Travail ; 18 pour les agriculteurs ; 9 pour les commerçants et les industriels et 15 sièges pour les ingénieurs dans l’industrie et l’agriculture, des médecins et pharmaciens, des oulémas et rabbins ainsi que 2 avocats. 

L’Istiqlal, force et faiblesse de cette première expérience

L’Istiqlal demeure ainsi la première force au sein de cette assemblée, avec environ 58 sièges sur 76. Et c’est tout naturellement que la présidence de cette assemblée est confiée à Mehdi Ben Barka alors encore membre de ce parti.

Le 12 novembre 1956, l’institution est officiellement inaugurée par Mohammed V.  Dans un discours, le roi émet quelques réserves sur la méthode suivie pour la sélection des députés. «Les critères qui ont guidé notre choix des membres sont, vous le savez, la compétence et l'expérience. Mais la méthode que nous avons utilisée pour leur désignation n'est pas faite pour nous satisfaire», a-t-il souligné.

Nonobstant ce caractère, l’Assemblée a servi d’école pour ses membres et indirectement pour les organisations qu’ils représentent des procédures parlementaires. Pour la première fois, les Marocains font connaissance avec le jeu des questions orales et écrites adressées aux ministres du gouvernement, ou de la présentation par le ministre des Finances, Abderrahim Bouabid, d’un exposé sur la situation économique du royaume, ou encore l’examen du budget. C’était inédit dans un pays nullement habitué aux pratiques démocratiques.

Après deux années d’apprentissage, le fonctionnement, jusque là «normal» de l’Assemblée, est lourdement affecté par la crise qui ébranle l’Istiqlal entre une aile conservatrice menée par Allal El Fassi et une autre de gauche avec Mehdi Ben Barka comme chef de file.

Les dissensions entre les deux courants se font plus marquées. En novembre 1958, le roi Mohammed V proroge, pour la dernière fois, le mandat de l’Assemblée pour six mois supplémentaires. L’heure de mettre un terme à la «parenthèse démocratique» s’approche. Fin mai 1958, elle est définitivement tournée. Six mois plus tard, la fracture entre les deux courants de l’Istiqlal est officiellement annoncée en novembre 1959 avec la création de l’Union nationale des forces populaires.

Il a fallu attendre le 17 mai 1963 pour que le Maroc organise des élections législatives remportées par le Front pour la Défense des Institutions Constitutionnelles, une nouvelle formation apparue deux mois auparavant sur l’échiquier politique.

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