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Société Publié

Maroc : Seulement 6% des femmes violentées osent lever le silence

Les violences faites aux femmes sont multiples et visent plusieurs catégories socio-professionnelles. Au Maroc, elles sont plus de la moitié à avoir été victimes de violences et seule une minorité ose dénoncer leurs agresseurs.

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Photo d'illustration. / Ph.DR

Au Maroc, le taux de prévalence de la violence à l’égard des femmes est de 54,4% au niveau national. Les femmes les plus vulnérables sont celles âgées de 25 à 29 ans, qui représente à elles seules près de 60% des femmes violentées. Pire encore, l’omerta planant sur ces violences se reflète sur ces derniers chiffres présentés, ce mardi, par la ministre de la Famille, de la Solidarité, de l'Égalité et du Développement social, Bassima Hakkaoui.

En effet, si plus de la moitié des femmes interrogées pour cette deuxième enquête nationale sur la prévalence de la violence à l’égard des femmes affirment avoir été violentées, seules 6,6% d’entre elles avaient porté plainte contre leur agresseur. Bien que ces chiffres préliminaires soulignent que 28,2% de femmes se sont adressés à une personne ou à une institution.

L’une d’elles est la Fédération de la Ligue démocratique des droits des femmes (FLDF). Contactée par Yabiladi, Latifa Bouchoua, militante et présidente de l’association affirme que «cet indicateur est très négatif et demeure bien évidemment révélateur d’une situation grave». De plus, cette enquête menée plus de huit ans après celle publié en 2011 par le Haut-Commissariat au plan (HCP) «prouve dans son ensemble, que malgré les efforts alloués, la constante est maintenue et qu’il n’y pas eu de réelle avancées», souligne-t-elle.

Des chiffres toujours aussi alarmant 

Effectuée au niveau des 12 régions du royaume entre le mois de janvier et mars de l’année courante, cette enquête révèle aussi les violences dans le contexte conjugal présentent les taux de prévalence les plus élevés. Ainsi 54,4% des fiancées et 52,5% des femmes mariées ont été victimes de violence, indique l’Agence marocaine Maghreb Arabe Presse (MAP).

«Ces violences sont commises dans un espace fermé, il est difficile dans ces circonstances de prouver les faits devant un juge, à quoi il faut aussi ajouter toutes les autres pressions que subissent ces femmes, par la famille ou la société dans son ensemble.»

Latifa Bouchoua, présidente FLDF

L’étude révèle également concernant les violences dans les lieux publics, 12,4% des Marocaines âgées de 18 à 64 ans ont subi une violence, et que celles vivant dans le monde rural et particulièrement celles mariées sont plus exposés à ces violences. Les jeunes filles dans le milieu rural sont plus exposées à la violence dans le milieu de l’éducation, avec 25,5%, contre 21,6% des étudiantes en milieu urbain, indique la MAP.

Par ailleurs, les violences électroniques dont sont victimes les femmes sont elles aussi abordées dans l’enquête. Un peu plus de 13% des interrogées ont déclaré en avoir été victimes, les plus vulnérables sont les jeunes filles, note la même source. Des violences donc qui se traduise et se manifeste dans le domicile familial et ou en plein public et qui en plus d’une sensibilisation, nécessite un cadre juridique ferme.

«Bien que le tissu associatif tente d’être présent au quotidien pour ces femmes, il y a toujours cette pression au sein de notre société. Mais il faut aussi souligner que de plus en plus de victimes osent lever les tabous et les silences. C’est pour cela qu’il faut qu’on puisse mettre en place en cadre pour lutter contre ce phénomène.»

Latifa Bouchoua

Ce cadre est régit par la loi n° 103.13 portant sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes. En 2016, ce projet de loi était jugé insuffisant par la société civile. C’est le cas de Fatna Afid de l’association Femmes pour l’égalité et la démocratie qui souhaite un cadre plus répréhensif mais surtout plus de sensibilisation.  

«Des centres d’écoutes devraient être mis à disposition de ces femmes, surtout au niveaux des hôpitaux, pour qu’elles soient en mesure de rencontrer des professionnels qui peuvent comprendre leur situation et aussi les accompagner.»

Fatna Afid, AFED

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