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Le poison du copier-coller dans la presse marocaine [Edito]

Ctrl+C / Ctrl+V. Le journalisme au Maroc va-t-il se limiter en la maitrise du copier-coller ? Si rien n’est fait, plus aucun média n’investira dans le contenu original.

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Illustration. / Ph. DR

Imaginez la frustration d’un jeune journaliste qui publie son premier article, fruit d’un travail de plusieurs heures, voire plusieurs jours. A peine a-t-il le temps de savourer son premier papier signé, faisant office de baptême pour son entrée dans la famille des journalistes, qu’une flopée de sites d’information ont publié le même article –mot pour mot- dans la même journée. 

Le fléau du plagiat intégral ou partiel a évidemment toujours existé, mais le numérique et la multiplication des sites d’information a rendu la pratique aussi simple qu’un Ctrl+C / Ctrl+V. Nous sommes ainsi passés de quelques journalistes ou médias peu scrupuleux, à une sorte d’industrialisation du pillage. Au-delà de l’impact négatif sur le journaliste spolié de son travail, c’est l’investissement dans le contenu original qui est en péril. 

La menace n’est pas à penser comme un risque futur mais un virus qui a déjà pourri les pratiques journalistiques ces dix dernières années. Des sites d’information qui se ressemblent de plus en plus, des pans entiers de contenus journalistiques abandonnés car trop coûteux (enquêtes, reportages, documentaires, narration long format, ...), une prise de risque minimale, en somme un appauvrissement éditorial généralisé. Rares sont ceux qui continuent aujourd’hui à investir dans un travail journalistique coûteux, long, risqué, pour le voir pillé par d’autres sites peu scrupuleux. Et il s’avère illusoire de combattre cette automatisation du copier-coller via un recours systématique aux tribunaux débouchant sur de longues procédures dans l’espoir éventuel d’obtenir justice. Entre-temps, des dizaines de plagiats se seront produits avec autant de nouveaux sites.

Comment sortir de la spirale ?

Alors comment contrer cette pratique qui menace tout l’écosystème médiatique au moment où la technologie joue contre nous ? Peut-être en utilisant la facilité de la technologie pour remonter les cas de plagiats à l’instar de ce qui est fait via Google ou YouTube. La procédure est intéressante mais les répercussions sur les plagieurs restent limitées.

Permettez-moi de formuler une proposition au tout nouveau Conseil de la presse qui vient justement d’approuver un projet de code de déontologie pour la presse marocaine. Il pourrait assez aisément mettre en place une base de données où seront stockées toutes les notifications de plagiat envoyées par les médias ou journalistes. A charge aux services du Conseil de la presse d’étudier les réclamations et les valider comme cas de plagiat avéré si le non-respect de la propriété intellectuelle est établi. A partir d’un certain nombre de plagiats avérés, le nom du site (ou du journaliste) copieur rentre dans une liste rouge qui sera rendue publique.

La technique du «Name and shame» a évidemment ses vertus pour tout site d’information ayant une forte notoriété et voulant préserver sa réputation. Mais l’idée est d’aller encore plus loin puisque le Conseil national de la presse pourra également sanctionner les journalistes lors de la Commission d’attribution des cartes de presse puisque ne respectant pas le code de déontologie à de multiples reprises. De même, les sites ayant fait du plagiat leur base éditoriale, verront les subventions publiques à la presse s’évaporer.

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