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Economie Publié

Maroc : Le dynamisme de la croissance n’a pas réduit les inégalités, selon Oxfam

A quatre jours de l’ouverture des Assises de la fiscalité, l’ONG Oxfam dresse le bilan des inégalités au Maroc, alimentées de plein fouet par des privatisations à outrance, en l’occurrence dans les secteurs de l’éducation et de la santé.

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En 2018, trois milliardaires marocains les plus riches détenaient à eux seuls 4,5 milliards de dollars. / DR

Le fossé entre les plus riches et les plus pauvres continue de se creuser, et le Maroc n’échappe pas à cette tendance mondiale. Dans son rapport intitulé «Un Maroc égalitaire, une taxation juste», diffusé ce lundi 29 avril, à quatre jours de l’ouverture des Assises de la fiscalité, les 3 et 4 mai à Rabat, l’ONG Oxfam s’inquiète des inégalités prégnantes dans le royaume malgré le dynamisme de la croissance observée ces vingt dernières années.

Et son constat, lâché dès l’ouverture du rapport, est sans appel : «En fait, ni la croissance continue, ni la réduction de la pauvreté n’ont été accompagnées par une baisse des inégalités. Le Maroc reste le pays le plus inégalitaire du nord de l’Afrique et dans la moitié la plus inégalitaire des pays de la planète. En 2018, trois milliardaires marocains les plus riches détenaient à eux seuls 4,5 milliards de dollars, soit 44 milliards de dirhams. L’augmentation de leur fortune en un an représente autant que la consommation de 375 000 Marocain·e·s parmi les plus pauvres sur la même période.» D’après les estimations d’Oxfam, il faudrait 154 ans à une personne salariée au SMIG pour gagner ce que reçoit en un an l’un des milliardaires du Maroc.

Bien qu’inquiétante, la tonalité du rapport laisse entrevoir quelques avancées, notamment la réduction du taux de pauvreté, qui est passé de 15,3% en 2001 à 8,9% en 2007 et à 4,8% en 2014, selon les enquêtes menées par le Haut-Commissariat au Plan auprès des ménages. Oxfam note également que la population vivant sous le seuil de pauvreté est passée de 4 461 000 personnes en 2001 à 2 755 000 en 2007 et à 1 605 000 en 2014. «Alors que la pauvreté monétaire a quasiment été éradiquée en milieu urbain, près d’un rural sur dix est encore en situation de pauvreté», souligne toutefois l’ONG.

Privatisations à outrance et défaillances du marché du travail

Il faut dire que globalement, les améliorations peinent à se faire sentir. «Les dernières enquêtes de consommation des ménages disponibles montrent qu’il ne s’est pas produit d’amélioration dans la part dépensée pas les plus pauvres. Le tassement relatif des écarts de richesse, mesuré par les niveaux de consommation, serait principalement "venu du haut", à travers une certaine réduction de la part des dépenses des plus riches dans les dépenses totales», analyse le rapport.

«Ainsi, la part des dépenses des 5% les plus défavorisés dans les dépenses totales a stagné à 1,1% en 2007 et 2014. Dans le même temps, la part des dépenses des 5% les plus aisés a légèrement baissé, passant de 22,5% en 2007 à 21,1% en 2014. De la même façon, la part des dépenses des 10% les plus défavorisés, qui représentaient 2,6% des dépenses totales en 2007, en représentaient 2,7% en 2014. La part des dépenses des 10% les plus aisés dans les dépenses totales a quant à elle diminué, passant de 33,1% en 2007 à 31,9% en 2014», ajoute la même source.

Ces inégalités persistantes s’expliquent notamment par la privatisation, de plus en plus fréquente, du système éducatif et les défaillances du marché du travail.

«Un système éducatif et un marché du travail tous les deux défaillants impactent directement le creusement des inégalités au Maroc. Ce sont en effet les moteurs décisifs de réduction des écarts créés par les inégalités monétaires. Lorsqu’ils deviennent inopérants, ils conduisent à une forte reproduction sociale.»

Rapport Oxfam

L’ONG rappelle que le secteur de la santé est lui aussi un vivier d’inégalités. «Les dépenses de santé représentent 5,7% des dépenses totales, contre 15% dans les pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques, ndlr)», note-t-elle. Et n’échappe pas non plus à la privatisation : la loi votée en 2015 par le Parlement pour libéraliser le secteur, «dont une mesure prévoit d’ouvrir le capital des cliniques privées», rappelle Oxfam, a fait de la santé non pas «un droit fondamental, mais [un] marché à développer».

Lutter efficacement contre l’évasion fiscale

Parmi les recommandations qu’elle formule, l’ONG suggère notamment de «produire des données statistiques mises à jour régulièrement et disponibles publiquement sur la disparité des revenus et la concentration de la richesse (au-delà de la consommation) ; prendre des mesures urgentes et concrètes pour corriger les disparités régionales, les inégalités de genre et améliorer la gouvernance à tous les niveaux ; lancer un plan de formalisation de l’activité économique, en mettant en avant de manière plus marquée les avantages : sécurité sociale, conservation et transferts des droits à la retraite en changeant d’emploi, mesures de simplification fiscale ou d’accès au crédit entre autres».

Sur le front de la fiscalité, Oxfam préconise d’«améliorer le système de remboursement de la TVA en simplifiant d’avantage la procédure, la rendre transparente et réduire la durée de traitement des dossiers des contribuables contre tout abus ou fraude», et encore de «renforcer les dispositions anti-évasion fiscale, les mécanismes de contrôle et une liste de paradis fiscaux ambitieuse et objective, accompagnée de sanctions».

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