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Culture   Publié

Migration : La tribu Al Maghariba ou le «pont humain» entre le Maroc et le Soudan

Au sein de la communauté soudanaise, une tribu préserve depuis plusieurs siècles les coutumes, les pratiques et le patrimoine de son pays d’origine. Vers le XVIIIe siècle, des Marocains partis faire le pèlerinage à la Mecque s’étaient installés au Soudan. Ils formeront le cœur de «la tribu d’Al Maghariba».

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La capitale soudanaise Khartoum. / Ph. Robert Caputo - G.I.

Que différentes communautés existent dans la plupart des pays du monde ou que le nombre des membres d’une communauté donnée dans un pays soit important, sont des constats qui ne surprennent plus. Ils peuvent même être en augmentation ou en baisse suite aux périodes et aux flux migratoires. Mais que les citoyens d’un pays élisent comme domicile un autre pays et deviennent une tribu influente et déterminante, reste toutefois surprenant. C’est le cas notamment des Marocains ayant émigré au Soudan à partir du XVIIIème siècle pour s’y installer. Au fil des années, ils ont constitué le cœur d’une tribu, appelée aujourd’hui «Al Maghariba» (tribu des Marocains), en hommage au pays d’origine de ces Soudanais.

Les premiers arrivants ont alors décidé de s’installer dans ce pays d’Afrique orientale après s’être rendus à la Mecque pour le pèlerinage. Ils ont aussi œuvré à enseigner les principes du soufisme, tendance ésotérique et mystique de l'islam répandue au Maroc à l’époque à travers plusieurs tariqas.

«Nos ancêtres marocains sont venus au Soudan pour répandre l'islam. Issus de plusieurs régions du Maroc, surtout Fès», avait confié dans une déclaration à l’agence MAP Kamel Abdel Majed, ancien élu du Conseil national soudanais et membre de la tribu d’Al Maghariba au Soudan.

Al Maghariba, les ambassadeurs du soufisme au Soudan

Contacté par Yabiladi, le journaliste et écrivain soudanais installé au Maroc, Talha Jibril nous rappelle qu’à l’époque, «ces Marocains appelaient même leurs proches pour venir s’installer définitivement au Soudan». «La ville représentant un nombre important de cette tribu est Al Hilaliya, située au centre du Soudan (sud-est de Khartoum, ndlr), nommée en hommage à Banou Hilal», poursuit-il. Et dès le départ, ces Marocains préféraient «Al Maghribi» à leurs noms de famille, avant que ce patronyme ne devienne très répandu au Soudan.

«Selon les statistiques, ils seraient près d’un demi-million de personnes, dont des personnalités connues au Soudan comme Moubarak Al Maghribi, qui était membre du Conseil de la présidence soudanaise au début de l’indépendance, ainsi qu’une ancienne animatrice de la radio soudanaise ayant l’une des plus belles voix : Laila Al Maghribi.»

Talha Jibril

Adeptes du soufisme, ils avaient répandu bon nombre de ces doctrines au Soudan, «de sorte que les deux seuls pays qui se ressemblent dans les doctrines soufies sont le Maroc et le Soudan», précise l’auteur du livre «Le roi et le colonel», citant la Tijaniyya, la Chadhiliya et la Boutchichia. «Des tariqas importées par les Marocains qui s’étaient installés au Soudan», ajoute-t-il.

Au moment de leur installation, ces Marocains «travaillaient dans l'agriculture ou l'armée et se trouvaient dans des zones périphériques de la capitale». Ils s’étaient aussi mariés avec des Soudanais et des Soudanaises avant d’aller s’installer dans de nombreuses régions du pays. Actuellement, «les personnes issues de la tribu d’Al Maghariba sont présentes dans tous les domaines, de la médecine à l'ingénierie en passant par l'éducation», nous déclare-t-il.

Traits, coutumes, accoutrement et plats gardant l’empreinte du Maroc

Talha Jibril nous informe que dans la capitale Khartoum, les Marocains habitent un quartier portant le nom de «Halfayat Al Moulouk» et dit croire que cette appellation fait allusion «aux rois marocains». L’occasion pour lui de noter que «lorsque l'ambassadeur marocain Mohamed Maelainin est arrivé au Soudan, il avait veillé à ce qu’un grand nombre d'étudiants d'origine marocaine soient envoyé dans des universités marocaines». «Une mesure ayant été appréciée par les Soudanais», enchaîne-t-il.

«C’est le plus grand pont humain du monde arabe et islamique entre deux pays. Je ne connais pas de pays où les citoyens - et je ne dis pas diaspora - ont la même affiliation et la même appartenance et atteignent un demi-million. Il est vrai que la migration est vieille et a presque deux siècles mais les traits de ces personnes restent marocains.»

Talha Jibril

Le journaliste et écrivain précise également que ces Soudanais d’origine marocaine préservent jalousement des coutumes et pratiques du Maroc. En plus de la présence de noms de famille comme Slaouis et Marrakchis, ces «Marocains» fêtent Achoura comme au Maroc, même si les Soudanais, d’obédience sunnite, ne célèbrent pas cette commémoration.

A cela s’ajoute l'Aïd Al Adha, une fête «très importante pour eux durant laquelle les familles se rencontrent et échangent des visites comme au Maroc, alors que cette fête religieuse reste un jour ordinaire pour les Soudanais».

Même concernant l’habillement ou les plats, l’empreinte du Maroc reste fortement présente parmi ces Soudanais. «Ils portent des vêtements pas exactement identiques mais très proches des djellabas marocaines, et il existe des plats spéciaux, à base de viande cuite et de poulet, qui restent aussi très proches des plats marocains», témoigne Talha Jibril.

Article modifié le 2019.04.25 à 21h48

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