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Politique Publié

En 2003 et 2011 des figures juives marocaines appelaient déjà à l’actualisation des institutions israélites

La réorganisation des institutions juives au Maroc est une vielle revendication portée par certaines figures des communautés israélites au royaume, notamment en 2003 et 2011.

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Communauté juive marocaine / DR

En septembre 2003, feu Robert Assaraf plaidait pour une actualisation des institutions juives au Maroc. Il affirmait dans une tribune que le «Conseil des Communautés, né du Dahir du 7 mai 1945, est donc définitivement caduc aujourd'hui. Car le Royaume du Maroc est indépendant (1956) et constitutionnel (1962). Ne doit-on pas revoir les institutions israélites, dépassées depuis plus de quarante ans ? Ne doit-on pas respecter les droits et les devoirs du citoyen juif marocain dans sa vie civile et politique ?».

L’appel du président du «Centre de Recherche sur les Juifs du Maroc» intervenait dans un contexte très particulier. D’abord le pays était encore sous le choc des attentats terroristes du 16 mai 2003 à Casablanca et ensuite il y a eu cette contestation par certains milieux, de l’audience accordée par le roi Mohammed VI, en juillet de la même année à Tanger, au Grand rabbin des Sépharades en Israël, Richon-Le-Tsion. Ce dernier étant un natif de Casablanca en 1949.

Visiblement, l’appel d’Assaraf à l’actualisation des institutions juives n’a pas été entendu par le pouvoir. Huit années plus tard, c’est le Conseil des communautés israélites au Maroc qui a pris le relais, d’autant que l’occasion s’y prêtait.

L’appel à une «mise en harmonie» des instances juives avec la constitution en 2011

En plein Printemps arabe, le roi avait prononcé le 9 mars 2011 un discours consacré à répondre à plusieurs revendications de la rue. Une Commission consultative de la révision de la constitution a immédiatement vu le jour, avec pour mission de recueillir les propositions de toutes les composantes de la société marocaine.

Le 28 avril, le secrétaire général du Conseil adressait une lettre au président de ladite Commission, Abbellatif Mennouni. «Il nous paraît indispensable d’attirer l’attention de la Commission consultative sur les points suivants», écrivait-il. Des demandes qui portent sur une reconnaissance dans le texte constitutionnel de «l’enracinement bimillénaire des juifs au Maroc» et leur «participation à l’identité plurielle de notre pays».

Serge Berdugo a également sollicité une «mise en harmonie» des institutions juives «avec les principes de la constitution». Si le préambule de la loi fondamentale du 1er juillet 2011 a répondu en partie à la première requête du Conseil, l’actualisation des instances juives a été renvoyée à une date ultérieure.

Huit ans plus tard, c’est le roi qui donne ses instructions à l’organisation des élections des Instances représentatives des communautés israélites marocaines. Une initiative à même de renforcer davantage le statut de Mohammed VI en tant que commandeur des croyants de toutes les religions.

Le protectorat français et l’"organisation" de la communauté

La présence française au Maroc a contribué à l’organisation des communautés israélites et la réforme de la justice rabbinique. Le 22 mai 1918, le protectorat promulguait deux dahirs. Le premier mettait en place des tribunaux de première instance dans les villes de Rabat, Casablanca, Fès, Meknès, Marrakech et Essaouira.

Le second instaurait le Haut Tribunal Rabbinique composé de 3 magistrats rabbins et siégeant à Rabat. Cette réforme, les juifs la doive surtout à Yahya Zogouri, un membre influent de leur communauté, considéré à l’époque parmi les conseillers du maréchal Lyautey. Fort de cette proximité, il fut désigné en 1919 à la tête des communautés israélites du Maroc. Un titre qu’il a conservé jusqu’en 1937.

La seconde guerre mondiale allait réduire à peau de chagrin de nombreux acquis. Ainsi le Dahir du 31 octobre 1940 interdisait le recrutement des juifs dans la fonction publique y compris l’enseignement sauf dans les écoles réservées à leur communauté. Un texte suivis par d’autres mesures du même acabit : le 2 juin 1941, recensement des juifs ; le 5 août 1941 l’accès des juifs aux professions libérales est limité et le 19 août 1941 un arrêté ministériel ordonnait aux juifs de réintégrer les Mellahs.

Le débarquement des Américains au Maroc le 8 novembre 1942 avait mis un terme à cette parenthèse noire. Le 31 mars 1943, le protectorat abrogeait ainsi les lois racistes. Deux années plus tard, le Dahir du 7 mai 1945 est promulgué, le jour même de la capitulation de l’armée nazie. Et c’est justement sur la base de ce Dahir que s’effectuera l’opération du renouvellement des comités de communautés israélites, ordonné hier par le roi Mohammed VI.

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