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Politique Publié

Hirak : «Il faut une solution politique et non pas juridique» [Interview]

Enseignant-chercheur et écrivain, Hassan Aourid défend l’idée que le dossier du Hirak du Rif doit trouver une réponse politique. Sa réaction intervient après la confirmation en appel, le 5 avril, du verdict rendu par le tribunal de Casablanca, condamnant une quarantaine de militants, dont Nasser Zefzafi, à des peines d’1 à 20 ans de réclusion.

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Hassan Aourid, professeur et écrivain / Ph. DR.

Dans une tribune publiée sur Al-Quds al-Arabi, vous expliquez qu’il y a eu l’espoir d’un dénouement favorable à la remise en liberté des détenus, jusqu’au verdict qui a confirmé les peines de première instance. La porte de l’espoir est fermée aujourd’hui ?

Je ne le pense pas. Dans tous les cas de figure, le jugement en appel devait faire montre d’inventivité et d’imagination, bien entendu dans le respect de l’indépendance de la justice. Dans le cas d’espèce, ceci a fait défaut, mais je pense qu’il faut garder espoir. Certes, on ne peut s’attendre à ce qu’il y ait une percée en cassation, qui n’aborde que la procédure mais pas le jugement. Autrement dit, la seule issue possible reste la grâce royale.

Des militants du Hirak ayant appelé à une reddition des comptes via l’ouverture des dossiers sur les chantiers après le séisme de 2004 ou encore le musée du Rif sont désormais en prison. Pensez-vous, en tant qu’historien, que des démarches pour la réparation des défauts de gestion de ces projets aboutiront ?

Dans ma tribune, je n’ai fait que citer un député [Nabil Andaloussi, ndlr], car ce qui m’interpelle le plus dans ses propos est sa proposition préconisant une solution politique. Je rejoints son avis dans le fait que le problème du Rif est complexe et que l’approche sécuritaire ne fait pas partie de cette issue favorable où il faut être à l’écoute du mécontentement des jeunes de la région et aller au bout des processus de la reddition des comptes.

Ma réaction n’est pas celle de l’historien, mais du citoyen marocain que je suis et qui espère un dénouement heureux. Il est fondamental que nous soyons au diapason de ce qui a été écrit en début du règne, à savoir la réconciliation, notamment avec le Rif, le discours des droits de l’Homme, la création de l’Instance équité et réconciliation (IER) qui est un véritable capital.

Par ailleurs, nous passons par une phase tourmentée ; le monde change et nous ne pouvons pas nous permettre d’avancer avec une nation ébréchée. Le traitement présent des questions du Rif contribue malheureusement à ébrécher ce sentiment d’appartenance à la nation. J’agis dans le cas d’espèce en tant que Marocain, et non comme historien.

Etes-vous de l’avis selon lequel un processus de réconciliation inspiré de celui de l’IER s’imposera pour réhabiliter les détenus ?

Nous ne pouvons pas prévoir l’avenir, mais il est fondamental de faire une lecture de ce qu’a été l’IER. Est-ce un cérémonial ou un esprit ? Je pense que dans le cas du Rif, nous sommes dans ce que j’appelle l’entêtement ; je n’ai pas compris l’IER comme un simple cérémonial mais pour rester fidèle à son esprit, il est fondamental de se réconcilier avec une partie de soi-même, avec une partie de notre histoire. Pour cela, je partage donc l’idée qu’il faut une solution politique et non pas juridique.

Justement le dossier du Hirak du Rif revêt, pour beaucoup, une dimension politique. Pensez-vous qu’il cristallise, dans son essence, la problématique d’une justice territoriale qui doit encore être consacrée ?

Dans l’esprit des activistes, oui. Dans l’esprit aussi des défenseurs des droits de l’Homme. On ne peut démentir cette idée que par une réconciliation. Sans cela, nous sommes quelque part dans l’impasse d’une situation qui pèse sur les gouvernants et les gouvernés. Elle pèse incontestablement sur les détenus, sur leurs familles, mais aussi sur tous les citoyens marocains.

Que pensez-vous du transfert des détenus de Casablanca vers d’autres prisons dans le nord, avant d'avoir eu la possibilité de se pourvoir en cassation ?

Je ne peux que regretter cette décision qui ne contribue pas à l’apaisement mais bien au contraire, elle consacre un durcissement et une intensification des rapports de force. Ceci étant, je garde espoir.

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