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Santé Publié

Chronique du Dr Lahna : Le bonheur du don

En médecine, et qui plus est en obstétrique, on ne doit nullement octroyer des soins selon le porte-monnaie des gens.

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L'hôpital Cheikh Khalifa Ibn Zaid - Photo d'illustration / DR

- Veux-tu faire une bonne action ?, m’a interpellé Dr El Harti alors qu’il était en pleine conversation téléphonique.
- Oui, ai-je répondu, en esquissant un sourire complice.
- Voilà un coursier sans assurance ni beaucoup de moyens et qui ne sait plus où donner de la tête avec son épouse enceinte.
Tu peux le prendre au téléphone, il t’expliquera.
- Salam, qu’est-ce qui vous arrive ?
- Salam docteur, je suis avec mon épouse qui a des contractions aux portes du CHU où on nous a demandé de revenir à notre centre de santé de Bouskoura, qui nous avait envoyé ici. Ma femme a mal et on ne sait pas quoi faire. On s’est renseigné dans
les cliniques et les prix sont au-delà de mes capacités, surtout lorsque ça se transforme en césarienne.
- Ne vous en faites pas. Venez à la clinique de la ville verte, je verrai avec des donateurs au cas où vous auriez besoin de césarienne.

- Tu sais Dr El Harti, j’étais justement en train de penser à une idée de constitution de caisse pour répondre aux urgences obstétricales. On sauvera ainsi des vies et on évitera à toute la population déshéritée de cette zone de souffrir des transports, que ça soit vers leur hôpital de référence de Dar Bouazza où il n’y a pas de garde médicale, ou vers le CHU lui-même, saturé par les transferts de tous les hôpitaux périphériques de Casablanca.

Une heure plus tard, le couple est arrivé. Je découvre une femme qui se tord de contractions propres au début du travail, avec un passé de césarienne lors de son premier accouchement. J’ai proposé à la sage-femme de tenter les voies naturelles en faisant une analgésie péridurale à la dame. En médecine, et qui plus est en obstétrique, on ne doit nullement octroyer des soins selon le porte-monnaie des gens.

Ces attitudes, hélas trop fréquentes, sont responsables de beaucoup de problèmes, que ce soit chez les mamans ou leurs nouveau-nés. Une fois que la poche des eaux de Zahra a été rompue par la sage-femme, elle a aperçu un liquide teinté, signe de souffrance fœtale, avec des douleurs importantes au niveau de la cicatrice malgré
la péridurale, ce qui pouvait faire craindre une rupture de l’ancienne cicatrice de césarienne. Elle me rappelle et je décide, après réexamen, de réaliser une césarienne en urgence. L’utérus allait effectivement se rompre, ce qui aurait pu être dramatique pour Zahra et son fœtus, mais le destin en a voulu autrement.

On a pu mettre au monde un garçon en bonne santé et sans souffrance. La cicatrice a été réparée sans mal et l’utérus a été sauvé. A la porte de la salle de naissance, le père s’est précipité pour me remercier en m’embrassant et en voulant me prendre dans ses bras.

- Alors, comment allez-vous appeler ce garçon ? Il va bien d’ailleurs !
- Je ne sais pas, votre prénom ?
- Mon prénom, c’est Zouhaïr, trop proche de celui de votre épouse Zahra.
- Je trouve que c’est pas mal, c’est peut-être une façon de lui rappeler le nom de celui qui l’a aidé à venir au monde.
- Vous verrez avec votre épouse quand elle sera remise de ses émotions. En tout cas, elle va bien aussi.

En quittant la clinique, j’ai roulé en ayant un beau sentiment que ne peuvent connaître que ceux qui savent donner et partager. Moi, je donne ce que j’ai de plus précieux : mon savoir-faire, et certainement mon amour pour mon semblable. Si vous souhaitez vous joindre à nous, je n’en serai que plus heureux. Puisqu’ensemble, on peut adoucir la douleur, sécher une larme, offrir.

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