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Politique Publié

Hirak du Rif : Associations et partis politiques mobilisés pour la marche de dimanche

Alors que l’AMDH a annoncé dimanche sa participation à la marche prévue dimanche prochain en réponse à l’appel lancé par les familles des détenus, l’Assemblée mondiale amazighe a exprimé son soutien. Si Annahj addimocrati et la Fédération de gauche démocratique ont déjà confirmé leur présence, Al Adl Wal Ihsane n’a pas encore tranché.

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La manifestation monstre organisée à Rabat en juin 2017 en solidarité avec les détenus du Hirak. / Ph. DR

En signe de protestation contre la confirmation, par la cour d’appel de Casablanca, des peines prononcées en première instance contre les détenus du Hirak du Rif, une marche nationale sera organisée dimanche 21 avril à Rabat à partir de 11 heures. Une mobilisation à l’appel de l’Association des familles des détenus et de ces derniers eux-mêmes.

Dimanche, l’Association marocaine des droits de l’Homme (AMDH) a confirmé sa présence à cette marche, appelant ses militantes et ses militants à la mobilisation. Objectif ? «Imposer la libération de tous les détenus politiques et d’opinions et exiger la levée de l’approche sécuritaire des luttes du peuple marocain», indique l’ONG dans un communiqué.

Pour sa part, l’Assemblée mondiale amazighe, qui évoque de «durs jugements vengeurs» confirmant «les lourdes peines prononcées en première instance à l’encontre des détenus de la contestation populaire rifaine», a déclaré son soutien à ladite marche prévue dimanche. «Nous exprimons notre solidarité totale avec tous les détenus et leurs proches ainsi qu’avec toutes les populations rifaines, insistons sur la légitimité de leurs revendications et le caractère pacifique et civilisationnel de leurs manifestations, et soutenons la manifestation convoquée par les proches des détenus du Hirak du Rif pour le dimanche 21 avril», indique-t-elle dans un communiqué parvenu ce lundi à Yabiladi.

Du côté des partis politiques, le parti Annahj Addimocrati (Voie démocratique) a répondu présent. «Hier, suite à une réunion du secrétariat national, nous avons décidé de prendre part à cette marche», nous confie ce lundi son secrétaire général, Mustapha Brahma. Selon lui, un appel a été adressé aux militants du parti pour participer à ce rendez-vous pour «appeler à la libération des détenus du Hirak du Rif et de ceux de Jerada, et tous les détenus politiques».

«L’Etat joue avec le feu»

N’écartant pas d’autres formes de protestation prochainement, Mustapha Brahma précise que la marche de cette semaine est destinée à «insister sur la demande de libérer les détenus politiques, car les verdicts ont été vengeurs et lourds et la justice a été instrumentalisée».

«Ces personnes ont mené un Hirak populaire pacifique pour demander des revendications sociales et économiques mais l’Etat marocain est déterminé à punir les leaders de ce mouvement et passer un message selon lequel toute protestation populaire aura le même sort. L’Etat joue avec le feu, dans un contexte où la protestation populaire reprend dans certains pays n’ayant pas vécu le printemps arabe, comme le Soudan et l’Algérie.»

Mustapha Brahma

Il enchaîne, en critiquant le transfert annoncé il y a quelques jours par la Délégation générale de l’administration pénitentiaires et à la réinsertion (DGAPR) des détenus de Casablanca dans des prisons au nord du Maroc. Evoquant «une longue histoire de l’Etat vis-à-vis des détenus politiques», il rappelle que les autorités marocaines «avaient déjà divisé des détenus du groupe Ila Al Amam en 1976 avant de les regrouper par la suite». «Ce n’est pas pour approcher ces détenus de leur famille mais plutôt pour les éparpiller sur des prisons et porter atteinte à leur résistance», dénonce-t-il.

Un avis qu’il partage aussi avec Nabila Mounib, coordinatrice nationale de la Fédération de la gauche démocratique (FGD). Contactée par notre rédaction, la secrétaire générale du Parti socialiste unifié (PSU), membre de la FGD, estime que «cela entre dans le cadre de la stratégie de l’Etat, avec d’abord des jugements lourds pour propager la peur et la répression avant d’appliquer le dicton "diviser pour mieux régner"». «L’objectif est d’empêcher surtout les familles de se réunir puisque chacune ira chercher son proche dans une prison misérable qui, au lieu d’être des centres pour la réinsertion et la réhabilitation, sont malheureusement des antres de la torture et des violations graves des droits humains», ajoute-t-elle.

Une marche pour dénoncer «des jugements préparés» et «la double injustice»

Quant à la marche du dimanche, Nabila Mounib confirme la participation de la fédération à la marche. «Nous communiquerons cette semaine sur notre soutien à cette manifestation», nous informe-t-elle. «L’évolution des événements impose qu’il y ait d’autres formes de protestation», poursuit la secrétaire général du PSU, rappelant la décision prise par la FGD de «soutenir jusqu’à la libération définitive des détenus». Il n’y a pas eu de changement dans la position de l’Etat quant à ce dossier.

«Le fait que les verdicts de la première instance soient confirmés en appel signifie que ces jugements ont été préparés avant même qu’ils ne soient prononcés. C’est injuste (…) Il s’agit d’un retour en force de l’approche sécuritaire répressive et d’un procès politique auxquels il faut mettre fin dans notre pays.»

Nabila Mounib

La coordinatrice nationale de la FDG pointe aussi du doigt une «double injustice». «Lorsqu’à la base, tu souffres de conditions économiques et sociales difficiles et que l’Etat vient t’emprisonner parce que tu demandes tes droits primaires et primordiaux, aucun Etat ne doit permettre cette situation qui confirme que nous vivons dans une démocratie de façade en l’absence de l’Etat du droit et l’indépendance de la justice», fustige-t-elle. «Tout le peuple marocain doit exprimer son soutien inconditionnel et sa solidarité avec les détenus», conclut la coordinatrice nationale de la Fédération de la gauche démocratique.

Pour sa part, Al Adl Wal Ihsane n’a pas encore tranché concernant sa participation à cette marche. «Les choses sont encore floues et nous n’avons pas encore pris la décision de prendre part ou pas à ladite manifestation», nous confie une source au sein du cercle politique de la Jamaâ.

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