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Sciences Publié

Diaspo #86 : Youssef Belmabkhout, le pétrochimiste qui prône la recherche scientifique

Lauréat du prix «Young African Researchers» de 2018, ingénieur pétrochimiste de formation et spécialiste dans les procédés de séparation de matériaux, Youssef Belmabkhout est spécialisé depuis 2002 dans la recherche scientifique. Le Maroco-canadien est aussi l’un des défenseurs de cette recherche et le rôle de l’élément humain pour la transition vers une «économie de connaissance».

Temps de lecture: 3'
Le chercheur maroco-canadien Youssef Belmabkhout. / Ph. DR

Il est ingénieur pétrochimiste de formation et spécialisé dans les procédés de séparation de matériaux. Mais il a décidé depuis 17 ans de se consacrer à la recherche scientifique. Youssef Belmabkhout est l’un des ambassadeurs du Maroc dans ce monde.

Spécialiste dans tout ce qui est en rapport avec l’efficacité énergétique et le développement de matériaux tout en rendant les procédés propres et moins énergivores, le Maroco-canadien a vu son travail primé en novembre dernier, lorsqu’il a décroché le «Young African Researchers Award : Water, Energy and Environmental Sciences». Un prix qui lui est «venu du ciel», comme il le déclare à Yabiladi.

De Khouribga à Djeddah en passant par la Russie, le Canada et la Belgique

Youssef Belmabkhout est né le 10 janvier 1974 à Rabat. Loin de la capitale du royaume, il grandit à Khouribga où son père travaillait en tant que militaire. Son baccalauréat décroché dans la capitale du phosphate, il part à l’université à Casablanca avant d’immigrer en Russie où il réside pendant six ans. Son diplôme décroché, le Marocain est de retour dans son pays natal pour y travailler. Mais après deux ans et constatant que cette expérience n’avait pas eu le résultat escompté, l’ingénieur pétrochimiste opte pour une thèse de doctorat à l’étranger. «J’étais un peu chanceux d’avoir une bourse d’étude en Belgique. J’ai donc fait ma thèse en sciences appliquées pendant quatre ans avant de devenir diplômé en 2005», nous déclare-t-il.

Après un an et demi passé à l’Institut français du pétrole, Youssef Belmabkhout s’installe au Canada pour des raisons familiales. Il travaille alors à l’université d’Ottawa pendant quatre ans mais aussi au Conseil national de recherches, le principal organisme de recherche et développement du Canada.

En 2010 et grâce à son travail accompli jusque-là, le Maroco-canadien est contacté par l’Université des sciences et technologies du roi Abdallah (King Abdullah University of Science and Technology, KAUST), construite un an auparavant. «On m’a proposé d’y travailler en tant que Senior Research Scientist pour faire la recherche scientifique».

«Je suis actuellement en transition. J’intégrerai peut-être une autre université, au Canada, en Arabie saoudite ou même au Maroc puisque je suis en négociation avec une université marocaine pour un poste de professeur titulaire.»

Youssef Belmabkhout

Le chercheur maroco-canadien Youssef Belmabkhout. / Ph. DRLe chercheur maroco-canadien Youssef Belmabkhout. / Ph. DR

Le Maroc, la fuite des cerveaux et la recherche scientifique

Etant un exemple de la fuite des cerveaux qui inquiètr de plus en plus le monde universitaire marocain, notre interlocuteur assure avoir «toujours été à la disponibilité de l’université marocaine, notamment pour aider et consulter». «La première chose que j’ai faite, une fois mon premier diplôme en poche en 1999, c’est de revenir au Maroc. J’ai essayé d’y travailler, mais je n’ai pas trouvé ma chance», regrette-t-il.

Pour lui, au Maroc, «on ne donne pas la chance aux gens et aux jeunes». «Je suis un exemple de perte. Sans me jeter des fleurs, il y a des milliers d’exemples de Marocains comme moi ; des gens ambitieux à qui on n’a pas donné de chance au Maroc et donc qui sont partis ailleurs», nous déclare-t-il. «Pour revenir au Maroc, ce n’est pas une question de salaire mais de conditions de travail et de moyens pour pouvoir changer les choses», ajoute-t-il.

Regrettant par ailleurs le manque d’académies de recherche scientifiques en Afrique, Youssef Belmabkhout nous déclare que «la recherche, c’est tout». «Tant que l’Afrique ne s’intéresse pas à la recherche, elle sera toujours à mon avis sous-développée», enchaîne-t-il.

«La recherche scientifique, c’est aussi les ressources humaines nécessaires pour la mener à bien et on a au Maroc un potentiel immense, malgré la fuite des cerveaux. Les moyens peuvent donc jouer un rôle mais ce n’est pas tout.»

Youssef Belmabkhout

Pour le chercheur maroco-canadien, «tant qu’il n’y a pas de créativité et de recherche scientifique, un pays ne peut pas se transformer en une économie basée sur la connaissance».

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