Menu

Politique Publié

Abdessamad Belkabir : «Les généraux algériens hostiles au Maroc n’ont pas d’avenir» [Interview]

Mardi, le président algérien Abdelaziz Bouteflika a annoncé sa démission, après plusieurs semaines de manifestations contre sa candidature à un cinquième mandat puis appelant à son départ. L’évolution de la situation va-t-elle affecter les relations avec le Maroc ? Quel impact auront ces changements sur l’Union du Maghreb arabe et le conflit du Sahara ? Les réponses du politologue Abdessamad Belkabir.

Temps de lecture: 3'
Une manifestation en Algérie. / Ph. Gérard Julien - AFP

Quel est l’impact de ce que traverse actuellement l’Algérie sur les pays voisins, notamment le Maroc ?

L’effet n’est pas encore observé, car il y aura encore une évolution des évènements. Rien n’est encore définitif. En Algérie, les réformes menées par Abdelaziz Bouteflika en interne n’apparaissent pas à l’étranger et il y a une ouverture vers ce que nous appelons au Maroc et ailleurs la transition démocratique. Jusqu’à présent, les aspects relatifs à cette dernière semblent être maîtrisés. A l’international, les conditions sont en faveur de l’Algérie, car les Etats-Unis et la Russie tirent profit de ce qui se passe, tout comme la Chine, qui a une forte influence économique et politique sur le pays.

La France est la seule à subir les conséquences négatives des évènements. En effet, le «dernier symbole de Paris en Algérie» est Ramtane Lamamra, perçu comme un lobby des Français. Il est considéré comme persona non grata dans la mémoire populaire et au niveau de l’administration algérienne. Ce lobby est indésirable particulièrement après son implication auprès du Mouvement algérien amazigh. Nous avons vu que lors des manifestations, les Algériens s’unissent tous derrière un même drapeau. De nouveaux équilibres émergent dans le pays.

Ce qui se passe en Algérie est aussi en notre faveur, car tout progrès dans le processus démocratique, mettant en valeur le rôle de la presse, des organisations de la société civile et des partis politique, profite au pays mais aussi à ceux au sein du Maghreb arabe.

Nous savons que la minorité constituée de renseignements militaires à l’origine des problèmes avec le Maroc n’a pas d’avenir dans les structures politiques. De ce fait, le premier acquis sera celui de l’ouverture des frontières terrestres, ce qui signifie beaucoup pour le Maroc, particulièrement pour les petites et moyennes entreprises ou l’activité commerciale, sans oublier l’investissement touristique. La construction de la ville de Saïdia dans l’Oriental avait pour objectif principal d’attirer des touristes Algériens. Avant la fermeture des frontières, près de 20 mille personnes la traversaient quotidiennement du côté algérien.

L’armée algérienne continuer de garder le contrôle sur la situation. Ceci n’aura-t-il pas d’effet sur les relations avec le Maroc à l’avenir ?

Cela n’affectera pas l'éventuel rapprochement entre le Maroc et l’Algérie, car l’équilibre des forces changera. Lorsqu’un organe indépendant sera chargé de superviser les élections et de lever le contrôle sur les partis politiques, les choses changeront et la vie publique s’ouvrira davantage, profitant ainsi aux relations avec le Maroc.

Qu’en est-il de l’Union du Maghreb arabe ?

Il est sûr que ce qui se passe actuellement est de bon augure pour l’édification du Maghreb arabe, car ce sont les jeux d’équilibre qui ont entravé ce processus, surtout que chaque pays a voulu affirmer son monopôle. La Mauritanie, par exemple, a vécu des coups d’Etat militaires successifs alors que ses dirigeants sont tantôt du côté de Rabat, tantôt de celui d’Alger.

En Tunisie, la position des partis politiques est favorable au Maroc, mais reste tributaire de l’Algérie, car cette dernière a son influence. Si elle réduit son emprise sur la Tunisie et la Mauritanie, en laissant de côté ses tensions avec le Maroc, l’UMA n’en sortira que gagnante.

Lors du dernier Sommet arabe à Tunis, il a été clairement constaté que tous les Etat étaient convaincus qu’il fallait apaiser les tensions. En témoigne la coopération entre les ministères de l’Intérieur de tous ces pays ainsi que les appareils sécuritaires arabes, qui entretiennent de bonnes relations dans le cadre de leur anticipation sur la menace terroriste.

La tendance générale va dans ce sens. Les relations maroco-algériennes en font partie et il est certain que plus la situation au Maghreb s’améliorera, plus les équilibres de la région en bénéficieront. Le Maghreb arabe converge également ses positions sur plusieurs questions, par rapport aux Etats du Moyen-Orient, à l'exemple du rejet par la Tunisie, le Maroc, l’Algérie et la Mauritanie du «deal du siècle» concernant la question palestinienne et le processus de paix.

A votre avis, ce contexte actuel affectera-t-il également la question du Sahara ?

Le Front Polisario n’est pas un acteur clé dans l’échiquier. Le plus important est l’Algérie. Les signes négatifs qu’on entrevoit ne sont que superficiels. En marge des manifestations, l’aile extrême de l’armée a doublé de son soutien au Polisario, mais cela ne fait que prouver les craintes de cette partie de militaires quant au sort des séparatistes. Tout progrès réalisé par un pays arabe ou du Maghreb pour une transition démocratique profitera à ses voisins et les décideurs algériens prêteront donc attention à leur erreur.

Je connais des responsables politiques qui en sont conscients depuis bien longtemps, à l’image d’Adbellah Djaballah, chef du Parti islamiste pour la justice et le développement, ou Abbassi Madani, fondateur du Front islamique du salut basé au Qatar.

Je reste optimiste pour la suite. Jusqu’ici, l’évolution des évènements est favorable à une ouverture politique et toute avancée vers la démocratie constitue un progrès dans la résolution du conflit du Sahara.

Article modifié le 2019.04.03 à 19h54

Emission spécial MRE
2m Radio + Yabiladi.com