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Sciences Publié

De l’ADN nord-africain découvert dans des squelettes de la péninsule ibérique

Si l’histoire n’a cessé de mettre en évidence la présence croissante, au fil des siècles, des Nord-Africains en péninsule ibérique, depuis l’antiquité, deux nouvelles études en rapportent la preuve, grâce à des analyses ADN effectuées sur des squelettes découvertes dans cette région de l’Europe.

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Image d'illustration. / DR

On le savait déjà, grâce aux livres d’histoires. Les sept siècles de présence des musulmans en péninsule ibérique ont été précédés par des incursions des Amazighs de l’Afrique du Nord en provenance notamment du Maroc. Un fait historique qui vient de se confirmer grâce à une étude et un article scientifique, respectivement publiés dans les revues Current Biology et Science, la semaine dernière.

Pendant des milliers d'années, la péninsule ibérique (l'Espagne et le Portugal) a été un carrefour. Mais, en plus des archives historiques et des fouilles archéologiques dans la région, les chercheurs ont désormais un nouveau regard sur le passé de l’Ibérie grâce à l’ADN préservé dans les anciens squelettes découverts dans cette région de l’Europe. Archéologues et généticiens se sont alors intéressés au matériel génétique couvrant non seulement l'histoire écrite de la péninsule ibérique, mais aussi sa préhistoire.

«Nous voulions établir un pont entre les populations anciennes et les populations modernes», a déclaré Iñigo Olalde, généticien à la faculté de médecine de Harvard et auteur principal de l’article de la revue Science, cité par Le New York Times.   

Une présence nord-africaine datant d’au moins 4 400 ans

Avec un total de 419 génomes humains antiques obtenus par différents laboratoires, l’Ibérie offre un riche trésor. Ainsi, les deux études démontrent comment le profil génétique de la péninsule a changé de manière marquée en réponse à des événements majeurs de l'histoire, tels que la conquête romaine. Ces chercheurs ont surtout découvert des preuves de migrations jusqu'alors inconnues.

Si l’équipe d’Iñigo Olalde ont analysé l'ADN de quatre autres chasseurs-cueilleurs, une autre équipe distincte, basée à l'Institut Max Planck pour la science de l'histoire humaine, a extrait l'ADN de 10 autres avant de rendre publique son étude, publiée dans Current Biology. Les deux équipes ont obtenu le même résultat : «les chasseurs-cueilleurs ibériques possédaient un mélange remarquable de gènes».

Les changements de l’ADN se seraient poursuivis dans cette zone géographique. Ainsi, un squelette provenant d'une tombe complexe située dans le centre de l'Espagne et datant d'environ 4 400 ans appartenait à un homme dont l'ascendance était 100% nord-africaine. «C'est fou», a déclaré David Reich, un généticien de la faculté de médecine de Harvard et co-auteur de l'article sur Science. «Nous avons revérifié parce que c'était tellement bizarre». L’autre résultat frappant est l’analyse du squelette d'une femme, âgé de 3 500 ans, qui a montré qu'elle avait un grand-parent nord-africain.

L'ascendance nord-africaine s'est accrue sous les Romains

«Ces découvertes suggèrent que des personnes originaires d'Afrique s'établirent dans la péninsule ibérique plus de 3 000 ans avant l'ascension de l'empire romain», indique New York Times. 

L'âge du bronze dans la péninsule ibérique a été suivi par l'âge du fer il y a environ 2 800 ans. Dans des squelettes de cette période, le Dr Olalde et ses collègues ont trouvé des indices d’arrivées supplémentaires. Des migrations en provenance de l’Europe du Nord et du Centre mais aussi de l’Afrique du Nord. «Les scientifiques ont trouvé une quantité croissante d’ascendance nord-africaine dans des squelettes de l’âge du fer. Cela peut s’expliquer par le commerce autour de la Méditerranée, qui a amené les Nord-Africains dans des villes ibériques, où ils se sont installés», poursuit-on de même source.

L'ascendance nord-africaine s'est même accrue dans la péninsule ibérique après la prise de contrôle par les Romains. Après l’arrivée des musulmans en Andalousie, une ascendance croissante d'Afrique du Nord et d'Afrique subsaharienne est relevée dans l’ADN des squelettes musulmans.

En février, Clare Bycroft du Centre de génétique humaine Wellcome Trust de l'Université d'Oxford et ses collègues ont publié une étude sur l'ADN de 1 413 personnes en Espagne, dans la revue Nature Communications. Ils ont pu identifier des fragments d’ADN nord-africain chez des personnes de toute l’Espagne. «Les chercheurs ont alors estimé que les ancêtres nord-africains des sujets vivaient il y a environ 800 ans», en Andalousie.

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