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Culture   Publié

Said Naciri : «Le ministre de la Culture doit rencontrer une star comme moi, 4 fois par mois»

Pour annoncer son projet de diffuser ses vidéos sur YouTube face au boycott dont il dit être victime de la part des responsables de télévisions marocaines, Said Naciri mélange les pinceaux. Du politologue critiquant les cahiers des charges et le gouvernement Benkirane, il se transforme en humoriste, religieux pour tantôt critiquer ou dénoncer, tantôt tenter de convaincre.

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L'acteur et réalisateur marocain Said Naciri. / Ph. Mohamed El Majdouby - Yabiladi

Faisant l’objet, selon ses dires, d’un boycott présumé de la part des responsables des télévisions marocaines, Said Naciri compte désormais diffuser ses œuvres sur YouTube. «Avec d’autres acteurs et réalisateurs, j’ai toujours eu de la peine pour les productions nationales sur la télévision marocaine», nous confie-t-il ce mardi.

Mais alors que cette situation, tout à fait nouvelle, vient à peine de surgir, l’acteur marocain anticipe quant à la réaction de ses détracteurs, affirmant qu’il «laissait aux gens le droit de juger eux-mêmes cette situation et comparer entre les anciennes et les nouvelles productions».

Naciri veut «combattre» avec ses œuvres

Il critique au passage les cahiers de charge imposés aux chaînes marocaines par Mustapha El Khalfi, ex-ministre de la Communication. «Lorsqu’ils ont été instaurés par monsieur El Khalfi, ce dernier n’avait pas pensé à plusieurs choses. Il a laissé d’autres gens se servir de cet outil pour réprimer un certain nombre d’entreprises, de producteurs et de réalisateurs», dénonce-t-il.

Said Naciri dit «vouloir combattre ces personnes par [ses] travaux». Pour s’expliquer, il enfile sa tenue de religieux pour rappeler une histoire de Hassan et El Houcine, petits-fils du Prophète Mohammed ayant «demandé à un homme de leur montrer les ablutions au lieu de lui dire direct qu’il les fait de manière erronée». «Mon objectif est de créer la chaîne de Said Naciri qui s’appellera par la suite la Chaine des Oulad Chaab (les fils du peuple) où chacun aura le droit de s’y exprimer», nous lance-t-il avec emphase.

«L’objectif est aussi de présenter des œuvres de très bonne qualité. Je présentais chaque année des œuvres pour Ramadan mais ils (les responsables des télé marocaines, ndlr) me trouvaient toujours une excuse pour ne pas le diffuser. Des fois, ils ne me répondaient même pas.»

Said Naciri

Naciri, le politologue et l’humoriste

Enfilant ensuite sa casquette de politologue, il affirme que «toute question de lutte et de mobilisation est causée par quelque chose». L’occasion de rappeler, un brin philosophe, que «la révolution en Egypte est née suite à la répression et les intifadas sont nées à cause de l’injustice», avant de regretter qu'un groupe d’acteurs, de maisons de productions et de réalisateurs, sont touchés par l’injustice.

Il affirme au passage avoir «mis la clé sous la porte» et fermé son bureau, faute de moyens. Le réalisateur cite aussi la situation de certains acteurs marocains qui «n’ont plus de quoi vivre» et «d’autres qui n’ont pas travaillé depuis 6 ou 7 ans à cause de responsables à la télévision marocaine qui ne veulent plus d’eux». Des fonctionnaires à la télé qui «s’ingèrent dans le choix d’émissions et de programmes et contrôlent la télé». Naciri va même jusqu’à accuser les chaînes du pôle public de «tuer tout sentiment national» chez les Marocains.

Enfin, avec sa casquette d’humoriste, il s’interroge sur les objectifs de huit chaînes nationales «avec un directeur général qui est en poste depuis 20 ans» ? «Moi j’ai changé ma télévision une dizaine de fois !» entre temps, ironise-t-il.

«J’ai fait mon sitcom "Ana O khoya O mrato" (Moi, mon frère et sa femme) à 700 000 dirhams. Je ne gagnais que 500 dirhams par épisode. Avec ce budget, nous avons une série dont les Marocains parlent jusqu’à aujourd’hui (...) Je n’ai jamais dépassé 3 millions de dirhams de budget alors qu'actuellement, les boites de production demandent 10 millions de dirhams.»

Said Naciri

«La star» tire sur le ministère de la Culture et Fayçal Laâraïchi

Poursuivant son auto-congratulation, le réalisateur marocain affirme que «toutes les stars d’aujourd’hui ont été [dévouvertes]» par ses soins. Il cite notamment Aziz Dadas, Hicham Bahloul, Mustapha Atrassi tout comme…J amal Debbouze, «himself». Il finira par se comparer à l’acteur égyptien Adil Imam. 

Le Narcisse casablancais continue sa longue plaidoirie en s’autoproclamant «premier homme à avoir critiqué l’ancien gouvernement sur le plan culturel lui reprochant d'avoir négligé ce secteur».

«Moi, l’ancien ministre de la Culture, je ne l’ai vu qu’une seule fois à la radio. Mais si vous avez une star comme Said Naciri, il faut la rencontrer quatre fois par mois, pour lui demander comment gérer les choses publiques et ses conseils.»

Said Naciri

Pour finir en beauté, le comique s’interroge sur ceux qui gèrent la télévision aujourd’hui : «disposent-ils d’un bon niveau culturel, hormis leur niveau académique ?» «Je défis Fayçal Laâraïchi de s’asseoir avec moi et de me parler des écrivains marocains. Je peux vous assurer qu’il ne les connait même pas», finit-il par lâcher. Dire que ce naufrage de la culture au Maroc a débuté avec les nouveaux cahiers des charges !

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