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Culture Publié

Diaspo #80 : Fouad Zrhari, un horloger marocain de renommée internationale

Né en France, près de la frontière avec la Suisse, Fouad Zrhari s’est destiné à la ferronnerie artistique, jusqu’au jour où un déclic l’a fait bifurquer vers l’horlogerie. Epopée d’un artisan de la précision qui a fait sa place dans un milieu peu accessible.

Temps de lecture: 4'
Fouad Zrhari, horloger marocain né en France / Ph. DR.

Né en France de parents marocains, vivant avec une sœur aînée et un petit frère, Fouad Zrhari a su tracer sa trajectoire dans le monde très sélectif de l’horlogerie internationale, jusqu’à être considéré par la presse suisse comme «le premier horloger marocain de l’histoire». Pourtant, il n’a pas été destiné à cet univers.

Son père originaire de Kelaat-M’Gouna a été ouvrier dans l’industrie automobile et sa mère, issue de Khouribga, a veillé à l’éducation des enfants à la maison. «J’ai grandi dans la sobriété de mes géniteurs, mais en évoluant dans la ferronnerie d’art après mon BAC en Alsace, je suis devenu un grand amoureux des pièces uniques qui symbolisent un certain luxe et un raffinement singulier», nous confie-t-il.

Dans la ferronnerie d’art, Fouad Zrhari a ressenti peu d’émerveillement, lui qui a aspiré à évoluer dans un domaine où «on fait les choses par amour et non pas pour l’argent ou pour la gloire». Aujourd’hui et après de longues années de travail dans l’ombre, son enseigne d’horlogerie «Group Khalis» a pignon sur rue dans la ville mulhousienne d’Illzach. «C’est cet esprit travailleur que j’insuffle désormais à mes stagiaires et aux jeunes que j’accueille dans mon enseigne ; je suis quelqu’un qui rêve beaucoup et qui se lève le matin en s’accrochant à ses rêves, en se donnant les moyens d’y arriver», explique-t-il à Yabiladi.

De la ferronnerie d’art à l’horlogerie de luxe

Son amour pour l’horlogerie, Fouad Zrhari l’a développé au début des années 2000. «C’était plus exactement en 2002, précise l’artiste. Un soir dans les rues de Zurich, j’étais dans une promenade avec un ami, lorsque j’ai vu des vitrines de montres, avec de grandes enseignes ; j’étais fasciné par le mécanisme des articles exposés, la précision millimétrée, la manière avec laquelle les diamants étaient posés». Jusque-là, l’horloger est un parfait inconnu dans ce marché, mais il réalise que c’est «exactement» dans ce domaine qu’il veut évoluer.

Il intègre alors un centre de formation pour parfaire son savoir-faire. «J’ai réussi le test et plus tard, j’ai été recruté dans cette même enseigne à Zurich, où j’ai vu les montres qui m’ont donné envie de faire le travail que j’exerce aujourd’hui», nous déclare-t-il avec fierté. Sur place, Fouad se met rapidement dans le bain. Il fait ses armes aux côtés des grands artisans de l’horlogerie suisse, sert des clients de renom venus passer commande : «des footballeurs, d’anciens ministres russes, des princes du Golfe, des hommes d’affaires turques…»

Fouad Zrhari fait le tour d’autres manufactures prestigieuses jusqu’à intégrer la prestigieuse entreprise Rolex. Vers 2013, il commence à fabriquer ses premières montres dans la discrétion totale, «sans rien dire à personne», puis développe l’idée de faire «une montre marocaine» en lui donnant une forte identité de marque. «J’ai incorporé des chiffres hindis à l’intérieur, avec une forme particulière, et j’ai donné à ce modèle le nom d’«Elaqsa», symbolisant la partie extrême des trois régions du Grand Maghreb, bien que certaines y voient plutôt un rappel à la Mosquée d’Al-Aqsa», souligne-t-il.

Fouad Zrhari à l’œuvre dans son atelier / Ph. DR.Fouad Zrhari à l’œuvre dans son atelier / Ph. DR.

Une révélation dans l’horlogerie internationale

La marque de Fouad Zrhari est révélée au public, alors qu’il est présenté par le magazine suisse spécialisé Montres comme «le premier horloger marocain de l’histoire». Depuis, il reçoit de nombreux appels de clients parmi des personnalités publiques. «Cela m’a encore plus encouragé pour façonner l’identité d’une marque internationale d’horlogerie marocaine», indique l’artisan.

«J’ai conçu donc une version de modèles appelés ‘Slim’, puis une notre nommée ‘R-Bâti’, évoquant la capitale du Maroc tout en faisant un clin d’œil au ‘roi bâtisseur’. Ma marque a attiré des stars comme French Montana, Red-One, Douzi, entre autres, en plus de personnalités arabes ou turques.»

Fouad Zrhari, horloger

Celui qui dit avoir «évolué doucement mais sûrement en gardant en mémoire d’où [il vient]» confie à Yabiladi être en train de «confectionner un troisième modèle qui sera vendu en ligne, adressé à un éventail plus large de clients désirant des montres de valeur, sans qu’elles ne soient nécessairement des pièces uniques».

Si Fouad Zrhari s’est fait une place parmi les artisans privilégiés du secteur, il rappelle avoir eu l’idée initiale de lancer sa marque depuis le Maroc, pour lui donner un véritable cachet. «Le projet était de mettre en place une petite manufacture dans le pays, pour faire une fabrication internationale qui soit 100% marocaine et crééer de l’emploi dans mon pays, mais je n’ai pas eu assez de soutien et d’accompagnement de la part des banques nationales ou des acteurs qui pouvaient parrainer l’initiative», regrette-il. «C’était une grande prise de risque que je ne pouvais pas me permettre sans garanties suffisantes ; au lieu de cela, j’ai gardé une identité marocaine dans la fabrication, même si le processus de fabrication se fait ailleurs», nous explique Fouad.

En effet, ce dernier n’est jamais loin du Maroc. Il «collabore avec Rachid Benchekroun, confectionneur d’écrins en cuir, qui [lui] permet de travailler avec des produits marocains» que l’horloger importe depuis le royaume. Ainsi, il nous explique que la maroquinerie servant à confectionner ses montrer’s «vient du Maroc, qui reste très présent dans la boutique conçue comme une partie du pays d’origine».

Plus qu’une enseigne désormais internationale, cet univers personnalisé est voulu pas le maître des lieux comme un espace mettant en avant le savoir-faire artistique de ses connaissances qui ne bénéficient pas de la même visibilité que lui en Europe. «C’est pour cette raison qu’en personnalisant ma boutique, j’expose des pièces de créateurs marocains, à l’image de tableaux, notamment ceux offerts par la peintre Souamaya Drissi Alami», ajoute-t-il

Dans ses projets, Fouad Zrhari souhaite s’ouvrir davantage au public, pour ne plus rester que dans «une sphère privilégiée». Ainsi, il ambitionne de concevoir «des montres plus accessibles en diversifiant les gammes et les composantes intérieures». Un travail qu’il fait parallèlement à plusieurs actions caritatives, à travers lesquelles il appuie financièrement des actions sociales et d’utilité publique.

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