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Environnement Publié

Glyphosate : Un scandale sanitaire dont le Maroc n’est pas à l’abri

La semaine dernière, le tribunal administratif de Lyon a annulé l’autorisation de commercialiser le désherbant Roundup Pro 360 qui contient du glyphosate. Cette décision confirme les inquiétudes sur cette substance cancérigène qui menace les agriculteurs comme les consommateurs, y compris au Maroc.

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Le Roundup est surtout utilisé comme un herbicide dans les champs d'agrumes, de pommiers, de fèves et de vignerons / Ph. DR.

Le glyphosate, cette composante chimique présente dans les produits Roundup de Monsanto, entre autres, est connue pour être un herbicide puissant. Elle représente surtout un danger pour la santé de ceux qui la manipulent quotidiennement dans les champs. En mars 2015, elle a été classée cancérigène par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

La semaine dernière, le tribunal administratif de Lyon a reconnu un plagiat dans un rapport censé être indépendant, présenté à l’Union européenne concernant la toxicité de l’herbicide. L’étude, élaborée par l’Agence allemande d’évaluation des risques (BfR), s’avère un copier-coller à 50,1% d’une note de Monsanto sur l’évaluation du dossier de demande de renouvellement du glyphosate déposé par 23 groupes industriels. Ainsi, selon l’agence Belga, des parties importantes de l’évaluation des risques liés au glyphosate n’ont pas été écrites par des scientifiques du BfR, mais par le groupe de travail européen sur le glyphosate (GTF), coalition d’entreprises chimiques à l’origine même de la demande d’autorisation.

Cette décision de justice se base également sur les études du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) sur le glyphosate, laissant les juges déduire que le Roundup 360 «peut être considéré comme une substance dont le potentiel cancérogène pour l’être humain est supposé». A la suite de ces révélations, l’Agence de l’environnement française (ANSES) a annoncé l’interdiction avec effet immédiat de l’utilisation du Roundup 360.

Jeudi dernier, une enquête de l’émission Envoyé spécial sur France 2 a relayé le témoignage du jardinier américain Dewayne Johnson, le premier à avoir traduit en justice Monsanto en la tenant responsable de son cancer de la peau, qu’il attribue à l’utilisation quotidienne de Roundup Pro 360. Si des produits Roundup ont été retirés du marché depuis, d’autres continuent à être commercialisés, menaçant directement la santé des agriculteurs à travers le monde, mais aussi les consommateurs des fruits traités au glyphosate (principalement les agrumes, les pommes et les vignes).

Au Maroc, «c’est un sujet tabou»

Alors que le débat est relancé en Europe et en Amérique, notamment au Canada, le produit est encore à portée de main au Maroc. Faïçal Ouchen, secrétaire général du Syndicat national des paysans (SNP), confie à Yabiladi que la Fédération nationale du secteur de l’agriculture (FNSA) à laquelle le syndicat est affilié a averti à plusieurs reprises le ministère de tutelle sur les dangers du Roundup et notamment du glyphosate. Ces alertes sont restées sans suites, selon le militant, qui déplore que «le sujet reste très tabou au sein des institutions, où des experts subissent beaucoup de pressions pour ne pas aborder les risques sanitaires réels du glyphosate».

«Nous faisons un lien direct entre son utilisation et l’augmentation de cas de cancers dans le monde rural, notamment chez les travailleurs de champs», assure le syndicaliste qui dit n’avoir «entendu parler de cas fréquents de cancers dans les campagnes que dans les vingt dernières années, soit depuis l’utilisation massive du glyphosate». Pour Faïçal Ouchen, la situation est alarmante, «à tel point que le nombre de cancéreux dans ces régions dépasserait les chiffres dans les zones urbaines». Il nous indique également que «les cancers les plus identifiés chez les agriculteurs marocains sont liés à l’appareil respiratoire et à la peau, alors que d’autres agriculteurs ont perdu la vue partiellement ou entièrement à cause de ce produit».

«Avant de recourir au Roundup, les agriculteurs ont utilisé des procédés naturels pour protéger leurs champs, mais lorsque nous nous sommes dirigés vers une agriculture unique et principalement destinée à l’exportation, les professionnels ont été contraints d’introduire plus de pesticides, sans être assez formés sur les précautions à prendre», ajoute-t-il, assurant que les produits contenant du glyphosate sont en vente aléatoirement en grandes surfaces ou dans les souks populaires.

Les services concernés jettent la responsabilité sur les agriculteurs

Autre aspect inquiétant de l’utilisation du glyphosate et des produits le contenant, «certains grands agriculteurs visent la production et ils ne respectent pas le temps nécessaire avant ou après la cueillette pour que la concentration de ces substances baisse. Ils proposent leurs produits au marché local immédiatement», alerte Faïçal Ouchen. Aussi, l’article 15 de la loi 13.83 relative au contrôle des produits alimentaires par l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) exclut les fruits et les légumes crus ou fermentés vendus sur le marché, comme le fait remarquer le militant, ce qui ne permet pas de garantir que ce sont des produits sûrs.

Contacté par Yabiladi, Mohamed Akchati, chef de la division des intrants chimiques à l’ONSSA, tient les agriculteurs entièrement responsables des dépassements du glyphosate dans les fruits. Il défend que la substance «n’est pas interdite au niveau international» et que «la décision de l’UE est plutôt relative au RoundupPro 360», ajoutant qu’au Maroc, «l’ONSSA a interdit en 2018 les produit combinant le glyphosate au POE-Tallowamine, mais le glyphosate en lui-même reste utilisé dans plusieurs autres pays et ces produits-là sont homologués».

Ainsi, le responsable tient surtout à la nécessité de «respecter les délais avant la récolte lorsqu’on utilise un pesticide», rappelant les «indications des différents stades d’application pour un emploi correct». Si la loi 13.83 exclut les fruits et les légumes du marché local du contrôle, Akchati soutient que conformément à la loi sur la sécurité sanitaire des produits alimentaires, l’expertise sur ces marchandises permet le «prélèvement d’échantillons pour mesurer les résidus de pesticides», toujours est-il que cet usage n'est pas systématique.

Pour lui, les cas de dépassements nécessitant un retrait de la vente «signifient que les doses de traitement ont été déjà dépassées sur la parcelle», ce qui le ramène de nouveau à tenir les agriculteurs responsables du manque d’informations ne les mettant pas assez en garde, alors que les études indépendantes sur l'impact sanitaire de cette substance au Maroc sont quasiment inexistantes. «L’Office national du conseil agricole prend le relais sur la sensibilisation des agriculteurs aux bons usages de ces produits-là et aux précautions à respecter conformément aux notices après homologation», ajoute Mohamed Akchati. A la question de savoir si le Roundup Pro 360 ou le Roundup 360 sont toujours disponibles sur le marché national, le spécialiste botte en touche, répondant plutôt que «le Roundup est un herbicide total qui est utilisé entre deux rangées sans toucher la culture».

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