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Politique Publié

A l’image du Parti Islam, une formation politique veut instaurer la charia au Canada

Le Parti islamique d’Ontatio vient de voir le jour et compte se présenter aux prochaines échéances électorales, avec un programme politique résolument salafiste, puisqu’il prône un «retour» du Canada à sa religion d’origine : l’islam et la foi unique en dieu et en la loi divine.

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Le drapeau franco-ontarien flotte sur l'édifice de l'Assemblée législative du Québec / Ph. Radio-Canada

«Retour» à la parole divine comme seul et unique référentiel législatif, reconnaissance du message prophétique pour «compléter» cette foi, instauration de l’islam comme la religion d’origine d’Ontario et du Canada, criminalisation de l’apostasie… Ce ne sont pas là les fondamentaux d’une formation religieuse, mais bien d’un parti politique né en Amérique du Nord. Depuis quelques jours, l’annonce de la création d’un «Parti islamique d’Ontario» défraye en effet la chronique, quelques médias rapportant même que ce dernier participerait aux prochaines échéances électorales.

Le parti interpelle notamment par son référentiel, longuement détaillé sur son site Internet. On y apprend que si «la Charte canadienne des droits et libertés commence par ‘‘le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit’’», la formation, elle, «croit en la ‘‘suprématie de Dieu’’» en tant qu’«exigence constitutionnelle». Un principe qui mettrait alors «toutes les lois fédérales» en adéquations avec «l’obéissance et la volonté divine». Pour les partisans, ce «Guide fixe les principes et les fondamentaux des pratiques de la vie privée à la vie publique : politique, social, éducation, économie, santé, environnement et justice».

Les frontières entre politique et prosélytisme s’effacent

Dans une démarche apparentée au prosélytisme plus qu’au discours politique, les militants du parti soulignent plus loin que «d’Adam à Mohammed, Dieu a envoyé 124 000 messagers et prophètes de différentes époques, nations et tribus, dotés d’un DEEN (système de vie) qu’est l’Islam». Selon eux, ce dernier «exige de se soumettre à Dieu pour atteindre la paix», comme cela a été «enseigné par tous les messagers et prophètes à toutes les nations».

Le parti défend également le Coran comme étant le premier et le dernier support «qui fournit des orientations complètes à toute l’humanité dans tous les domaines de la vie, y compris la politique et la gouvernance sous la conviction de la suprématie de Dieu». S’alignant sur une lecture qui reprend la vision la plus rigoriste de l’islam, le parti considère ainsi que «ce Livre est dépourvu de toute erreur ou d’intervention humaine», contrairement aux autres, qui «sont soit modifiés, déformés, soit disponibles dans différentes versions qui ont perdu leur forme, leur propos et leur langue d’origine».

Polémique autour d’un parti non-démocratique

Richard Martineau, chroniqueur et animateur québécois, a commenté ce jeudi la création du parti sur Le Journal de Montréal. «S’il voit le jour (le nom a été enregistré, mais le parti n’a pas encore été officiellement fondé), le Parti islamique de l’Ontario deviendra le premier parti politique officiellement religieux au Canada», note-t-il. Le présentateur d’émissions radio et télévisées se demande «pourquoi un pays démocratique permettrait à une formation politique de faire la promotion de valeurs antidémocratiques ?».

«C’est bien beau, défendre la liberté de culte, mais nos chartes des droits et libertés ne sont pas des pactes de suicide, à ce que je sache... Qu’est-ce qu’on attend pour dire haut et fort qu’au Canada, on ne mêle pas politique et religion ?», lance encore Richard Martineau, avant de finir sur une note d’espoir : «Je suis sûr que si ce parti voit le jour, les musulmans modérés vont le dénoncer sur la place publique, en disant qu’il ne les représente pas.»

Quelques heures après l’annonce de la naissance du parti, Now Toronto rapporte que Tarek Fatah, journaliste au Toronto Sun, a souligné que le fondateur du Parti islamique d’Ontario, Jawed Anwar, avait qualifié Fatah «d’islamophobe et d’ennemi déclaré de l’islam», ce qui le ramène à être un «apostat» et autoriserait les appels au meurtre à son égard.

La création de cette formation se voulant politique relance le débat sur l’autorisation de partis au référentiel religieux au sein de sociétés laïques. En 2018, c’est en Belgique que la polémique a évolué, lorsque le Parti Islam, créé en 2012, a inclus dans son programme électoral l’instauration de la non-mixité, a exprimé sa réticence sur l’égalité femmes-hommes et a estimé que la constitution belge était adéquate avec le Coran «à 80%». Ces propos avaient provoqué l’ire de plusieurs élus belges, dont certains ont appelé à l’interdiction d’un parti s’accommodant à un discours salafiste.

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