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Environnement Publié

Pêche : La Méditerranée pourrait reconstruire ses stocks, selon un rapport de la FAO

Nombre d’espèces de poissons méditerranéens restent surexploitées. Cela dit, la pression a diminué, laissant présager une reconstitution des stocks, selon un récent rapport de la FAO qui estime cependant que beaucoup reste à faire dans ce sens.

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Photo d'illustration. / Ph. DR.

Entre 2014 et 2016, un recul de 10% a été enregistré sur la surexploitation des stocks de poisson en Méditerranée. Ce chiffre passe ainsi de 88% à 78%, laissant percevoir pour la première fois une possibilité de reconstruction de ces stocks. Le dernier rapport de la FAO – Commission générale des pêches pour la Méditerranée (CGPM) rapporte cette bonne nouvelle, mais sans grands emballements. En effet, l’agence onusienne estime que s’il s’agit d’une première, beaucoup d’efforts doivent encore être fournis dans le long terme, pour la durabilité de ces stocks de poisson.

Ce document s’intéresse en effet à la situation en Méditerranée et dans la Mer Noire, où il constate l’importance que le commerce des produits de la pêche représente. Il en ressort que les Etats du pourtour sont essentiellement importateurs des produits de seulement huit Etats de la région, à savoir le Maroc, la Russie, la Turquie, la Tunisie, la Croatie, Malte, l’Albanie et la Grèce. La même source indique que le Monténégro, le Liban et la Syrie dépendent presque entièrement des importations de poisson.

Le rapport montre par ailleurs que la flotte en activité en Méditerranée et en Mer Noire est constituée de près de 86 500 navires, avec une capacité d’embarcations totale estimée à près de 1 380 000 tonnes.

Le Maroc à mi-chemin en Méditerranée où les débarquements restent en baisse

Pour le cas du Maroc en 2017, la CGPM a comptabilisé 2 981 navires opérant en contrat et sans contrat en Méditerranée, soit 3,45% de la flotte totale de la région, avec une capacité de 24 925 tonnes au débarquement. La Commission précise cependant que ces chiffres restent sous-estimés et indique que l’activité maritime liée au commerce poissonnier serait plus importante et difficilement traçable de près, faute de données exhaustives.

Au classement en sous-région, le Maroc reste bien loin de ses autres voisins très présents en mer. Ainsi, «en Méditerranée occidentale, les débarquements au poids sont dominés par l’Algérie (37%), l’Espagne (29%) et l’Italie (19%), qui représentent 85% de tous les débarquements dans la sous-région, suivis du Maroc (10%) et de la France (5%)», font savoir les auteurs du rapport.

Entre 2014 et 2016, les débarquements ont connu une baisse dans l’ensemble des pays de la Méditerranée. Au Maroc, ils ont été estimés à 31 869 en 2014, tandis qu’ils ont baissé à 26 906 en 2015, puis à 23 711 en 2016. La moyenne sur la même durée est ainsi de 27 496 tonnes, soit un taux de baisse de 15,6% sur l’année 2014 à 2015 et de 11,9% sur la période de 2015 à 2016.

Malgré une baisse de cinq points en comparaison avec la période avant 2014, dans la zone du CGPM, le classement de la production des pêches de capture reste dominé par la Turquie avec 321 800 tonnes de 2014 à 2016, soit 26% de l’activité régionale. Elle est suivie de l’Italie avec 185 300 tonnes de production, soit 16%. L’Algérie comptabilise une production de 96 300 tonnes (8%) et la Grèce 65 700 tonnes (5%).

La Tunisie enregistre de son côté 185 300 tonnes, soit une hausse de 7 à 9% dans la production régionale. Quant à la Croatie, son activité est chiffrée à 74 400 tonnes, soit une évolution de 3 à 6%. Avec une production de 78 200 tonnes, les débarquements totaux de l’Espagne ont également diminué représentant désormais 7% au lieu de 8,5% à 7%.

Des efforts à maintenir pour la protection des espèces en Méditerranée

Si cette baisse est de bon augure pour l’équilibre biologique de la Méditerranée, le rapport estime que le taux de surexploitation dans cette zone reste encore très préoccupant. A lui seul, «le merlu européen est pêché près de six fois au-delà de son niveau» de reproduction. Par ailleurs, «les stocks pêchés dans des limites biologiquement durables comprennent principalement des espèces de petits pélagiques (sardines ou anchois) et certains stocks de rougets et de crevettes roses d’eau profonde», soutiennent les rédacteurs.

Pour confirmer véritablement le scénario d’une reconstitution des stocks, ce rapport préconise d’encourager le soutien au secteur de la pêche artisanale «qui emploie la plupart des pêcheurs et provoque le moins de dommages à l’environnement», ainsi que la réduction des «prises accessoires et les rejets», l’introduction de «mesures plus énergiques telles que la réduction significative de la pêche», ou encore «la création de zones de pêche restreinte (zones où les activités de pêche sont réglementées)».

«La durabilité peut être coûteuse à court terme, mais rien n’est plus coûteux que de manquer de poisson», déclare en effet Miguel Bernal, responsable des pêches à la FAO et membre parmi les coordonnateurs du document. Car en plus de la surpêche, cette activité reste menacée «à long terme par les effets de la pollution croissante due aux activités humaines, de la dégradation de l’habitat, de l’introduction d’espèces non indigènes et des effets du changement climatique», conclut la FAO.

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