Menu

Société Publié

Espagne : L’arrivée clandestine de migrants marocains en forte hausse

Un constat qui n’est pas sans rappeler une récente enquête selon laquelle 4 Marocains sur 10 affirment être prêts à quitter leur pays si une opportunité venait à se présenter.

Temps de lecture: 2'
La Garde civile avec un groupe de 11 immigrés arrivés au port de Carthagène en novembre 2017. / Ph. Pedro Martínez

L’arrivée clandestine de migrants marocains en Espagne, par la Méditerranée, a été multipliée par plus de six en 2017 par rapport à l’année précédente, totalisant ainsi 4 704 passages frontaliers, d’après les données de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex), citées par El País. Un chiffre record qui a déjà été largement battu au cours des dix premiers mois de cette année, avec 7 120 entrées irrégulières de Marocains.

Khalid Zerouali, Wali, directeur de l’immigration et de la surveillance des frontières au ministère de l’Intérieur, avait indiqué en octobre dernier au quotidien espagnol que le Maroc avait intercepté 70 000 «candidats à l’immigration clandestine», dont «entre 12 000 et 13 000» étaient marocains.

«La volonté de quitter le Maroc motivée par des raisons économiques a toujours existé»

«La croissance du pays ne parvient pas à absorber la main-d’œuvre des jeunes qui arrivent sur le marché du travail», confie à El País un économiste européen sous couvert d’anonymat. Le chômage était de 9,6% en 2008 et plafonne désormais à 10%. Parmi les jeunes de 15 à 24 ans, il est passé de 18,3% en 2008 à 27,5% aujourd’hui. Un taux qui atteint 45% dans les grandes villes.

Autant de chiffres qui trahissent un constat alarmant : le Maroc est en train de voir son capital se réduire comme peau de chagrin. D’après une enquête réalisée par le groupe Sunergia pour l’Economiste, 4 Marocains sur 10 affirment être prêts à quitter leur pays si une opportunité venait à se présenter.

L’idée fait son chemin particulièrement du côté des jeunes âgés de 15 à 24 ans, dont 59% «cherche à partir». Ils sont suivis de la tranche d’âge des 35-44 ans (42%) et des 25-34 ans (40%). En revanche, les sexagénaires (65 ans et plus) sont les moins tentés par une expérience à l’étranger : seulement 10% souhaite partir.

De plus, l’enquête, menée entre le 10 et le 15 octobre sur un échantillon de 1 000 personnes, rompt également avec une idée préconçue : ce sont bien les femmes, à raison de 5 sur 10, et non les hommes (31%), qui ont le plus envie de quitter le pays. «Ce pourcentage rompt avec le cliché selon lequel ce serait l’homme qui part et la femme qui reste», souligne Jean Zaganiaris, sociologue et enseignant chercheur à l’Ecole de gouvernement et d’économie de (EGE) de Rabat et à l’université Mohammed VI Polytechnique.

La volonté de quitter le Maroc motivée par des raisons économiques a toujours existé, observe l’historien, sociologue et économiste Mohammed Ennaji. «Mais aujourd’hui, c’est comme si les jeunes se heurtaient à un mur. Ils n’ont plus d’espoir et disent vouloir fuir cet enfer», explique-t-il à El País.

Mohammed Ennaji fait référence aux manifestations qui ont eu lieu en septembre dernier à Tétouan après la mort de Hayat Belkacem, une jeune femme de 19 ans tuée par la Marine royale alors qu’elle tentait d’émigrer en Espagne par voie maritime.

Soyez le premier à donner votre avis...
Emission spécial MRE
2m Radio + Yabiladi.com