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Société Publié

Près de Marrakech, des familles délogées et des maisons démolies en plein hiver

A une quinzaine de kilomètres au sud-est de Marrakech, des habitants d’un douar proche de la nouvelle ville de Chouiter sont délogés en plein hiver et leurs maisons démolies par les autorités. Un verdict de la justice marocaine est venu confirmer que les terres qu’ils occupent doivent être évacuées.

Temps de lecture: 3'
Une trentaine de familles avec enfants et personnes âgées à Douar Ichou sont devenues sans domicile fixe suite à la démolition de leurs maisons. / Ph. Twitter Ibn Kafka

Au sud-est de la ville de Marrakech et à proximité de la nouvelle ville de Chouiter, la forte sensation de ce froid hivernal se mélange au sentiment d’injustice qu’éprouvent les habitants de Douar Moulay Jaafar.

Appelée également Douar Ichou, cette localité dépendant de la commune rurale d’Al Ouidane est le théâtre d’une large opération de démolition et de relogement depuis le 15 novembre dernier. Objectif ? Préparer le terrain à un grand promoteur immobilier qui viendra construire de nouvelles maisons.

Certaines familles ont accepté d’être relogées dans la nouvelle ville de Chouiter ; d’autres s’y sont opposées et ont vu leurs maisons détruites par les bulldozers de la commune. La démolition a eu lieu le 15 puis le 29 novembre, alors que les autorités communales devront achever ce travail ce vendredi.

L’opération peut sembler ordinaire. Elle a d’ailleurs été entreprise dans plusieurs régions du Maroc. Seulement, les habitants de ce douar doivent être témoins de la démolition de leurs maisons avant de pouvoir négocier avec les représentants des autorités locales et ceux du promoteur immobilier. Ils se voient ainsi contraints de passer des nuits dans la rue et le froid avant de parvenir à une solution, dont les marges de manœuvres restent limitées.

Les habitants crient à l’injustice

Contacté par Yabiladi, l’un des membres de ces familles restant à Douar Ichou dit seulement «demander que l’indemnisation et le relogement soient au moins au même niveau que ceux accordés aux autres habitants». «Nous avons passé la nuit d’hier à transporter nos meubles en dehors de nos maisons, parce que les autorités finiront ce vendredi les démolitions. Nous n’avons nul part où aller, nous resterons donc dans la rue et le froid», s’indigne-t-il. Notre premier interlocuteur précise toutefois que ces terres n’appartiennent pas à ces familles. Il ne s’agit donc pas d’une opération d’expropriation.

«Nos grands-parents y vivent depuis 1920. Ces terres ont par la suite appartenu à des Chorfas alaouites qui ne nous n’ont jamais délogés ou demandé de partir.»

Un habitant de Douar Ichou

Une autre habitante, contactée par Yabiladi, rappelle que «le dernier verdict [les] a sommés de quitter les lieux». «Nous avions mandaté un avocat qui ne nous a pas soutenu. Nous nous sommes constitués en syndicat et en association, mais cela n’a donné aucun résultat. Nous avons même manifesté devant la municipalité», raconte-t-elle.

Cette Marocaine dénonce aussi la disparition des indemnisations. «Ils proposent à mon grand-père, qui a 100 ans, une seule maison alors que moi, mon père, mes frères et mes oncles, qui disposons chacun de nos maisons, nous n’avons rien eu», poursuit-elle.

Des terres offertes par feu le roi Mohammed V

D’une voix émue, un troisième habitant décrit le peu de solutions qu’on propose aux habitants. «C’est injuste. Dieu ne leur pardonnera jamais», s’indigne-t-il.

Un habitant de Douar Ouled Bela, proche de Douar Ichou et qui dépend aussi de la commune rurale d’El Ouidane, apporte quelques précisions. «Les habitants de Douar Jaafar ont été relogés dans un bon emplacement dans la nouvelle ville de Chouiter, alors que les habitants qui restent au sein de Douar Ichou refusent d’être relogés près d’Oued Aghmat, à Chouiter aussi», nous rapporte-t-il. Celui-ci explique que les habitants estiment qu’il s’agit d’une «zone à risque», étant proche d’un oued.

Notre interlocuteur précise aussi que «ces habitants n’ont pas été expropriés mais plutôt obligés de quitter les terres qu’ils occupent et qui ne leur appartiennent pas, en tous cas pas à tous».

«Ces terres ont été offertes par feu le roi Mohammed V à des cousins proches. Certains disent que ces terrains appartiennent à un certain Tahir Chrif. Les nouveaux propriétaires avaient occupé une partie de ces terres, et vendaient d’autres parcelles.»

Un habitant de la région

Notre interlocuteur explique aussi les disparités dans les indemnisations et les zones de relogement par le fait que «certains des habitants de Douar Ichou sont propriétaires des terres qu’ils occupent [alors que] d’autres ne le sont pas». Mais il ne manque pas d’évoquer le timing de ces démolitions qui laissent plusieurs familles sans abri, en plein hiver.

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