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Grand Angle

Anzar ou l'histoire d'un rituel de l'une des plus célèbres divinités amazighes

Dans l'ancien Maroc et en Afrique du Nord, les tribus amazighes croyaient en l'existence de plusieurs divinités, dont Anzar, le dieu de la pluie. La légende, qui raconte comment ce dernier est tombé amoureux d'une belle femme devenue sa fiancée, est toujours présente au Maroc à travers certaines célébrations.

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Le rituel de Talghenja. / Ph. Ciegrainmagique
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Comme la Grèce ou encore l’Egypte, le Maroc préislamique avait aussi sa propre mythologie, ses dieux, ses rituels et ses sacrifices. Ces temps qui s’annoncent pluvieux dans plusieurs régions du Maroc et cette période importante pour l’agriculture rappelle le dieu amazigh Anzar, l'une des figures puissantes vénérées par la société amzighe il y a plusieurs siècles. Dans le Maroc moderne, Anzar est synonyme de pluie pour les Amazighs du royaume.

Cependant, les origines de ce mot font référence à un «seigneur», un dieu respecté et craint dans le Maroc préislamique et en Afrique du Nord. «Anzar est un élément bénéfique qui renforce la végétation et assure la croissance du troupeau», indique le spécialiste algérien de linguistique berbère, Salem Chaker et l'historien français Gabriel Camps dans «l'Encyclopédie berbère» (Volume 6, 1989, Peeters Publishers).

Pour les deux experts, Anzar est un signe de fertilité et un facteur important de fécondité et de productivité. Ceci explique l'histoire derrière ce puissant «dieu amazigh».

Anzar et sa belle fiancée

Selon Henri Genevois, un prêtre qui vivait en Algérie et s'intéressait à la mythologie amazighe, l'histoire d'Anzar impliquait une femme, un fleuve et des personnes qui dépendaient beaucoup de la pluie pour survivre. «Selon cette légende, le dieu de la pluie Anzar serait venu épouser une jeune fille d'une beauté merveilleuse. Puis, à cause de leur union, le fleuve a coulé de nouveau et la verdure a recouvert la terre», a écrit Monde Berbère.

La légende raconte qu'Anzar est tombé amoureux d'une femme et voulait qu’elle devienne sa fiancée. «Elle avait l'habitude de se baigner dans une rivière aux reflets argentés. Quand le dieu de la pluie est descendu sur terre et s’est approché d’elle, elle s’est enfuie et Anzar s’est retirée», écrit la même source, traduisant un poème berbère qui évoque le mythe d’Anzar.

Ce rejet d’Anzar l’aurait mis en colère qui aurait fini par affecter les troupeaux, la rivière et les ressources essentielles pour la survie des tribus amazighes. Mais Anzar n’aurait pas perdu espoir de séduire la femme qu'il désirait le plus. Et il s’est montré menaçant.

«Tel l’éclair j’ai fendu l’immensité du ciel, ô Toi, Étoile plus brillante que les autres, donne-moi donc le trésor qui est tien, sinon je te priverai de cette eau.»

La légende d’Anzar citée dans un poème amazigh

Craignant ce que les gens diraient de leur amour, la belle femme a dit à Anzar qu'elle était convaincue qu'ils étaient faits l'un pour l'autre. «À ces mots, le Maître de l’eau tourna brusquement la bague qu’il portait au doigt : la rivière soudain tarit et il disparut», raconte le même poème.

Par désespoir et par peur pour son peuple, la jeune fille se mit à pleurer et à appeler Anzar. Ce dernier apparut soudainement «sous l’aspect d’un éclair immense. Il serra contre lui la jeune fille : la rivière se remit à couler et toute la terre se couvrit de verdure».

Avec cette fin romantique et surnaturelle, l'histoire d'Anzar s'achève, donnant lieu à un ancien rituel. Selon les experts, des tribus ont commencé à sacrifier une vierge au moment de la sécheresse pour invoquer Anzar, demander son aide et appeller à la pluie.

Talghenja, le rituel de la pluie

Le rituel s'appelle «la mariée d'Anzar», «Taghnja» ou «talghenja». Selon Henri Genevois, cette pratique repose sur cinq étapes principales : «Préparer la mariée, l’accompagner aux portes du sanctuaire avec des femmes debout sur le seuil et lui jeter de l’eau, préparer un repas de communion près du sanctuaire, après avoir déshabiller la mariée, faire le tour du sanctuaire (7 fois) en suppliant Anzar, les femmes chantent, les jeunes filles chantent et jouent avec un ballon - ce dernier est censé tomber dans un trou préparé pour le rituel».

Le rituel Anzar a survécu et a pris différentes formes dans le Maroc moderne. Dans différentes régions du royaume, une louche est habillée en épouse et est portée par les femmes lors d'un défilé, chantant pour la pluie et pour Anzar.

«Plusieurs observations ou récits suggèrent que la poupée actuelle n'est qu'un simulacre destiné à remplacer la «véritable fiancée offerte à Anzar», précisent Camps et Chaker. Ils expliquent que les gens «enveloppent la poupée en bois», la louche et les cuillères qui représente la nourriture.

Selon l’expert marocain en linguistique berbère, Lhoucine Ait Bahssine, le terme parle de lui-même. «Talghenja signifie envelopper la cuillère ou la louche dans un morceau de tissu», confie-t-il à Yabiladi.

La pratique en elle-même décrit comment les Amazighs étaient attachés à la nature et comment leurs rituels et leurs croyances n'étaient qu'une explication du comportement de la nature autour d'eux.

«En Afrique du Nord, depuis l'antiquité et avant d'intégrer les trois religions célestes, des phénomènes sociaux et politiques ainsi que des festivités étaient associés aux quatre saisons (hiver, printemps, été et automne)», a écrit Ait Bahssine dans un article paru dans Al Hiwar Al Motamadin.

Pour le chercheur, le rituel Anzar est l’une de ces explications, mises en place pour rétablir l’équilibre et expliquer un phénomène simple, à savoir la sécheresse.

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